LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

EDWARD S. CURTIS | DOROTHEA LANGE | ANSEL ADAMS

Trois regards sur les États-Unis d'Amérique de 1900 à 1945

Du 2 au 31 août

La Cure à Aumessas


Le documentaire photographique révélateur de la culture amérindienne menacée et de la vie quotidienne de la Grande Dépression aux camps d’internement californiens. Trois des plus grands portraitistes de l’histoire moderne des États-Unis illustrèrent la période charnière 1900-1945.

Edward S. Curtis captura la culture des peuples natifs et leur résistance pour sa sauvegarde. Celui qu’ils nommèrent l’Attrapeur d’Ombres eut le temps de saisir sur plus de 50 000 images la beauté d’un monde à jamais disparu.

Le portrait d’une Migrant Mother entra lui aussi dans l’éternité. C’est le plus célèbre de Dorothea Lange et le plus connu du programme de la Farm Security Administration (FSA). Cette image, prise avec 5 autres clichés en février 1936, représentant Florence Owens Thompson et ses enfants, est devenue le symbole de la Grande Dépression aux États-Unis. Elle participa à infléchir l’opinion publique et promouvoir le New Deal du président Franklin Roosevelt. En 2003, le magazine Life a listé la photo Migrant Mother parmi les 100 photographies qui ont changé le monde.

Les camps d’internement après la débâcle de Pearl Harbour ont rassemblé à partir de 1942 quelques 110 000 ressortissants américains d’origine japonaise. L’année suivante, Ansel Adams documenta le plus célèbre des camps, Manzanar, au nord de Los Angeles. Celui qui deviendra l’un des photographes américains les plus réputés y saisit la vie quotidienne des prisonniers sur plus de 200 portraits à la chambre 4x5. Les quelques paysages qui émanent de ce travail préfigurent son œuvre future.


Vernissage : samedi 2 août à 18h

Projection-rencontre Cédric Gerbehaye : vendredi 29 août à 18h 

Entrée libre du vendredi au mardi de 15h à 19h, fermé mercredi et jeudi 


ImageSingulières

Association CéTàVOIR

Contact 06 85 20 41 66

info@imagesingulieres.com


La Cure

7 rue Tra l’église, Aumessas

Pierre Soulages. La rencontre.

Jusqu’au 4 janvier 2026

Musée Fabre à Montpellier

Cette rétrospective célèbre les 20 ans de l’exceptionnelle donation de 20 toiles par Pierre Soulages et son épouse Colette. Le peintre de l’outrenoir s’étant un jour égaré avec une outrancière peinture blanche, il s’en fallut de peu que le public ne l’ignore. Colette l’avait surpris ce matin-là, dans un geste de folie, à broyer du blanc. Elle parvint peu après à l’empêcher de détruire ce qui allait devenir le mouton noir de son œuvre caractéristique — Il ne travailla qu’une matinée au blanc — des dernières décennies de sa production. Sont donc rassemblées quelques 120 œuvres, ses 2 derniers noirs et ce fameux blanc inédit. Le titre de l’exposition, La Rencontre, s'explique du fait que ses tableaux voisinent et dialoguent avec ses prédécesseurs Rembrandt, Zurbaran, Le Lorrain, Courbet, Cézanne, Mondrian… ses contemporains Hartung, Zao WouKi, Michaux… et son amie Pierrette Bloch.


Horaires d’été : du mardi au dimanche 10h-18h
Tarif 12 €, réduit 9 €

Visites guidées du mardi au samedi à 15h, les dimanches à 11h15

Tarif 15€, réduit 10,50€ (durée 1h30)

Visites familles tous les mercredis, vendredis et samedis

Tarif 7€

Tarif entrée musée 9 €

Billetterie

Quelques œuvres de l’exposition

Contact 04 67 14 83 00


Musée Fabre

39 rue Bonne Nouvelle, Montpellier

Festival de Prades Pablo Casals

Jusqu’au 8 août 

Abbaye St-Michel de Cuxa à Prades


Si les créateurs illustres ont pour tombeau la terre entière, c’est à Prades, petite ville de la Catalogne française au pied du Canigou et désormais l’une des capitales de la musique de chambre, que plane l’âme de Pablo Casals, le plus grand violoncelliste de tous les temps. Fidèle à l’esprit de son créateur, le Festival de Prades propose, à côté des grands chefs-d’œuvre de la musique de chambre, la découverte de répertoires moins connus, classiques ou contemporains. Il accueille chaque année des solistes mondialement reconnus. Sans doute l’un des plus anciens festivals existants, il est l’un des plus novateurs dans la recherche de répertoires et de nouveaux talents.

Écrin du Festival Pablo Casals, l’abbaye de Cuxa tire son origine de l’abbaye de Saint-André d’Eixalada, située plus haut dans la vallée de la Têt, et fondée vers 840. À l’automne 878, une crue terrible détruisit le monastère (situé tout près du lit de la rivière, à l’emplacement de sources chaudes déjà connues dans l’Antiquité), et contraignit les moines à se réfugier ailleurs. La communauté se transféra à Cuxa, où se trouvait une église dédiée à saint Germain.


Le programme du festival

Contact 04 68 96 33 07
contact@prades-festival-casals.com


Abbaye St-Michel de Cuxa

33 rue de l’Hospic, Prades

281e édition des Fêtes de la Saint-Louis

Du 21 au 26 août

Cadre royal à Sète


Pas moins de 10 invités d’honneur pour cette 281e édition de la Saint-Louis. Moultes hommages donc mais aussi chapelets de défilés, joutes à n’en plus jeter, processions d’animations en tous genres… Le tout bien arrosé. C’est toute l'histoire de l’île singulière qui sera à l’honneur pendant 6 jours. Ce raout aoutien plus festif que jamais existe depuis la création du port de Sète, le 29 juillet 1666, qui accueillit ce jour-là son premier tournoi de joutes languedociennes. Les 10 invités d’honneur ont tous remporté au moins un Grand prix de la Saint-Louis ces 50 dernières années. Ils ont chacun incarné des qualités du jouteur qui perpétuent la tradition.

Robert Bancilhon dit Titouille (1974, 75)
André Lubrano dit le Pharaon (1978, 87)
Christian Caselli dit le Docker (1989)
Jacques Noguet dit le King (1994, 2004)
Mickaël Arnau dit Michke (2006)
Olivier Soula dit le Volcan (1998, 2010)
Aurélien Evangélisti dit le Patron (2001, 02, 05, 06, 08, 11, 12)
Sébastien Abellan dit le Papillon de nuit (2003, 19)
Benjamin Arnau (2022)
Simon Caselli dit SmoothDiouf (2017, 23)


Le programme complet

À l’ouverture des Fêtes de la Saint-Louis 2025, Le Grand Livre des Joutes sera offert aux Présidents des sociétés sétoises de joutes lors d’une cérémonie municipale.

Objets de mémoires, Exposition citoyenne

Jusqu’au 20 février 2026

Camp de Rivesaltes à Salses-le-Château


Conçue pour les dix ans du Mémorial du camp de Rivesaltes, l’exposition Objets de mémoires est une immersion dans le monde d’objets, d’images, de témoignages et de récits qui sont aujourd’hui les traces qu’il nous faut suivre pour pénétrer l’histoire du camp. Sorti de terre en 2015, au beau milieu de l’ancien camp de transit et d’internement, le Mémorial remplit haut la main son devoir de transmission à travers une programmation qui fait la part belle à la création contemporaine. La plasticienne Nicole Bergé et 10 citoyens volontaires se partagent la construction de cette double exposition mettant en scène images, objets, témoignages et récits en lien avec la mémoire du site. Présente dès l’origine du projet de Mémorial, l'artiste plasticienne arpente depuis 25 ans ces étendues désolées ramassant sous ses pas les déchets rejetés par l’Histoire du camp qu’elle trie et met en scène dans des installations d’une grande force d’évocation. La seconde partie de l’exposition est le fruit d’un travail collectif et participatif. Dix citoyens volontaires ont sélectionné dans les collections une quarantaine d’objets et les ont mis en scène.


Programmation du Mémorial

Contact 04 68 08 39 70

info@memorialcamprivesaltes.fr


Mémorial du Camp de Rivesaltes

Avenue Christian Bourquin, Salses-le-Château

Rodin Bourdelle, corps à corps
Jusqu’au 19 octobre

Musée Ingres Bourdelle, Montauban


Une confrontation fertile pour l’ainé des sculpteurs, le maître et devancier, autant que pour le benjamin, l’apprenti. Tour à tour les plus célèbres de leur temps, ils attendaient ce corps à corps, retrouvailles qui n’avaient jamais été organisées. Plus de 170 œuvres (sculptures, dessins, peintures, photographies et archives) revisitent les étapes de leur relation faite d’abord de l’admiration du jeune Antoine Bourdelle (1861-1929) à l’égard du magister Auguste Rodin (1840-1917), de 21 ans son aîné. Rodin soutient Bourdelle qui lui taille la pierre, 15 années à dégrossir ses marbres. Sur Rodin, Bourdelle écrit à pleines mains. De Bourdelle, Rodin vante l’ouvrage et claquemure l’histoire de la sculpture du XIXe siècle, laissant à son postulant le soin de l’ouvrir vers l’avenir. Chez l’un comme l’autre, refus du naturalisme et de la vraisemblance, retour aux sources de l’antique et de la matière première, expressionnisme du modelé, esthétique du fragment. Et une volonté commune d’épure qui ouvre la voie à une abstraction qui piétinait d’impatience.


Plein tarif 10€, tarif réduit 5€

Billetterie

Ouvert tous les jours sauf le lundi

Du mardi au dimanche 10 h-19h

Jeudi 10h-21h

Contact 05 63 22 12 91

museeingresbourdelle@ville-montauban.fr


Musée Ingres Bourdelle

19 rue de l'hôtel de ville, Montauban

Musiques sacrées, musiques du monde

Jusqu’au 31 août

Abbaye de Sylvanès


Une 48e édition dédiée aux grands œuvres chorales sacrées d’Occident. Le Festival de musiques sacrées - musiques du monde, invite le public à un voyage musical, un aller-retour vers la paix et l’espérance. L’excursion convie des musiciens de Mongolie, d’Inde, du Tibet, des Balkans, d’Ukraine, d’Italie… Et se déroule dans l'église abbatiale ou en extérieur, dans l’ancienne aire du cloître d’une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1136. Haut lieu de culture et de spiritualité, son nom d’origine serait Salvanes selon Frédéric Mistral.


Vendredi 1er août : Salvatjonas, musiques occitanes

Samedi 2 août : La Voix du Tibet, chants sacrés traditionnels

Dimanche 3 août : Les Jardins de Lumière avec Les Itinérantes, création du festival

Dimanche 10 août : Duplessy & The Violins of the World


Plus d’infos sur Sylvanès, Centre culturel de rencontre

Contact 05 65 98 20 20

Billetterie


Abbaye de Sylvanès

Proposer cette rencontre à bord de l’Amadeus ne pouvait être plus idoine à l’auteur, son Concours de pêche ayant pour décor le quai de la République, à un jet de ligne où est amarré l’ancien morutier. Loris Chavanette, historien, dédie ce conte humaniste mêlant l’humour au tragique à son ami Toto Neige, à l’origine de ce roman, ainsi qu’à tous ces clochards célestes sans lesquels il manquerait quelque chose au monde.

Manouch’Muzik Festival

Du 14 au 17 août

Mazères


2025 marquera l’anniversaire des 10 ans du Manouch’Muzik Festival organisé par l’association Les Amis du Swing. Voyage au cœur des musiques nomades, jazz manouche, rumba catalane, musique des Balkans… Jusqu’au flamenco avec Tomatito, l’un des maîtres du style andalou. Pas moins de 52 concerts sont programmés, dont 47 accessibles gratuitement aux festivaliers. En clôture, le festival offrira une Gypsies battle de jazz manouche : feu d’artifice sonore d’improvisations et de virtuosité, où guitares et violons se défieront sur scène dans un final en apothéose. Le festival Off sera lui aussi très attendu durant ces 4 jours.


Infos pratiques

Billetterie


Chalet Pasteur, Mazères

Alechinsky sur papier

Jusqu’au 4 janvier 2026

Musée Pierre-André Benoit à Alès


Dernier survivant du mouvement CoBrA, Pierre Alechinsky, né en 1927 à Bruxelles, se voit obligé, enfant gaucher, à écrire de la main droite. La gauche, les éducateurs la lui laissent pour les travaux de moindre importance, le dessin. Usage de l’encre et du pinceau chinois, graphisme proche de la calligraphie, fascination pour le papier, réemploi de documents d’archives, jalonneront 8 décennies de création artistique. Après la dissolution du groupe CoBrA, dont il perpétue la spontanéité, le rejet de l’abstraction et du réalisme socialiste — CoBrA, c’est mon école, a-t-il pu dire — Pierre Alechinsky s'installe à Paris, où il côtoie les surréalistes. 

Le peintre a entretenu avec l'imprimeur et éditeur Pierre-André Benoit une fructueuse collaboration qui a donné lieu à 22 éditions de livres d'artiste. En 1965, il crée son œuvre la plus célèbre Central Park, avec laquelle il inaugure la peinture à remarques marginales, inspirée des comic books, où l’image centrale est encadrée d’une série de vignettes destinées à en compléter le sens. « L’exposition est composée de presque 200 œuvres de sa collection personnelle, énonce Carole Hyza, directrice des musées d’Alès agglomération et conservatrice en cheffe du patrimoine. Il s’agit d’une carte blanche, c’est donc Pierre Alechinsky lui-même qui a sélectionné les œuvres, qui les a regroupées et qui a imaginé la scénographie ».


Ouvert du mardi au dimanche 10h-13h et 14h-18h

Contact 04 66 86 98 69

museepab@alesagglo.fr


Musée bibliothèque Pierre-André Benoit

52 montée des Lauriers, Alès

Les soirées folles
Jeudis 7 et 21 août

Mardi 9 septembre

Château Laurens à Agde


Gatsby le Magnifique vous invite à son feu d’artifice au Château Laurens, un verre à la main, un concert et si le cœur vous en dit, un charleston. À défaut de la côte de Long Island, c’est sur les berges intimistes et poétiques du fleuve Hérault que vous êtes conviés pour un voyage dans les années 20… 1920. Au coucher du soleil, une dégustation et une rencontre avec des amoureux du vin précèderont une soirée rythmée aux trépidations des Années folles avec l’orchestre Belle Isle Swing et ses danseurs. Un pur moment de bonheur à savourer, sans Jay Gatsby toutefois, qui suivra vos dandinements depuis sa fenêtre.


Réservation obligatoire

Plein tarif : 60€ par personne

Le tarif inclus : la visite guidée, un verre de vin au choix, une assiette de tapas de produits locaux et un concert dansant.

Non inclus : les consommations supplémentaires

inclus visite guidée, 1 verre de vin, 1 assiette de tapas, un concert dansant


Visites du mardi au dimanche 9h-18h30
Billetterie

Contact 09 71 00 53 00 du mardi au dimanche 10h-13h et 14h-17h

info.chateaulaurens@ville-agde.fr


Château Laurens

Domaine de Belle Isle

Avenue Raymond Pitet, Agde

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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Ce bulletin culturel est publié par Audasud

8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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