LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

VOIX VIVES

LA POÉSIE CHEMIN DE PAIX

Du 18 au 26 juillet

Lieux de quiétude à Sète


Pas moins de 70 voix vives du pourtour méditerranéen convergeront vers la palmeraie du Château d’eau et son archipel d’oasis à travers la ville. Voix consacrées, voix émergentes, elles crient toutes l’espoir de paix, la sérénité et les utopies… Installée à l’entrée du village du Festival, la Place du Livre réunit revues de poésie, libraires et éditeurs dont L’An Demain et sa nouvelle collection L’An Demain poésie. De nombreuses animations sont programmées quotidiennement sur le marché : lectures, rencontres, débats, dédicaces…


Ne manquez pas jeudi 24 juillet Autour de la poésie d’Hubert HaddadCatherine Blanche, comédienne et Roula Safa, mezzo-soprano avec ses instruments, proposent un spectacle lyrique et poétique sur l'enfance, la transmission par le livre et la disparition de l'être cher, autour de la poésie d’Hubert Haddad. Un poète et romancier ébouriffant que le festival des Automn’Halles accueillera samedi 27 septembre.


Programme sur sete.voixvivesmediterranee.com

Contact 04 67 78 29 18

Hassan Massoudy

Le chorégraphe des lettres

Du 5 juillet au 2 novembre

Musée Champollion à Figeac

« Son art d’une profonde et sobre beauté devient comme un chant d’éternité qui ne nous quitte plus » écrivait Andrée Chedid à propos de Hassan Massoudy. Calligraphe irakien qui osera un temps la peinture figurative, Hassan quitte en 1969 son pays natal en pleine tourmente — marasme endémique de cette région du Globe — pour s’installer à Paris. Son art émaillé de vigoureuses ligatures entre Orient et Occident n’hésite pas à combiner les expressions artistiques. Chez lui, calligraphie et chorégraphie font bon ménage.


Musée et exposition 7 €
Gratuit pour les moins de 18 ans

Contact 05 65 50 31 08


Musée Champollion - Les Écritures du Monde

Place Champollion, Figeac

Requiem de Verdi

Jeudi 3 juillet à 21h

Abbaye de Valmagne à Villeveyrac


À l’origine une messe pour solistes, la Messe da requiem de Giuseppe Verdi, plus communément nommée Requiem de Verdi, reste une valeur sûre du répertoire sacré. Créée le 22 mai 1874 en l’église San Marco de Milan, elle vient de fêter ses 150 ans ! L’abbaye de Valmagne n’aura pas à pousser les murs pour accueillir 140 interprètes, l’ensemble vocal et instrumental de Montpellier et la Chorale de Sète. Une distribution correspondant à celle d’un orchestre d’opéra de cent exécutants—similaire à celle de Don Carlos—avec quatre solistes et un chœur pour une durée gouleyante d’une heure trente minutes.

France Dariz soprano, Lise Ravot mezzo soprano, Patrick Garayt ténor, Jiwon Song baryton

Franck Fontcouberte direction musicale


Renseignements et réservations : 04 67 78 47 32

info@valmagne.com

Tarif prévente : 23 € / le jour du concert : 27 €


Abbaye Sainte-Marie de Valmagne

Villeveyrac

Yuka Matsui

Le Saint-Clair prend la mer

Du 3 au 31 juillet

Musée de la Mer à Sète


Le musée de la mer de Sète présente les dernières œuvres de Yuka Matsui issues de la série Les trente-six vues du mont Saint-Clair. Cet ultime volet intitulé Le Saint-Clair prend la mer présente des créations mêlant matériaux contemporains et traditionnels (papier washi de Kyoto, encre de Chine, bois de shôji). L’artiste japonaise a représenté le mont Saint-Clair sous différents aspects, avec un minimalisme réellement zen oscillant entre le noir et le blanc. Parfois s’y ajoutent des contrastes de couleurs profondes. Après une précédente exposition personnelle à Sète, Yuka Matsui sera en résidence d’artiste au Madlab de Marseillan une partie du mois de juillet. Au bord de l'étang de Thau ou au musée de la Mer, elle rencontrera le public lors de signatures de ses sérigraphies et animera en français des ateliers calligraphiques. 


Vernissage : jeudi 3 juillet à 18h

Site de l’artiste : yukakomatsui.com

Entrée libre et gratuite

Ouvert tous les jours sauf mardi 10h-18h


Musée de la Mer

1 rue Jean Vilar, Sète

JR Adventice

Jusqu’au 7 décembre

Carré Sainte-Anne à Montpellier


L’artiste-plasticien JR a trainé ses initiales d’abord dans les graffitis avant de se faire remarquer par ses collages photographiques en noir et blanc et par sa silhouette godardienne seulement noir. Ses installations monumentales à haute valeur symbolique se résument en un mot-valise tendance, le glocal, fusion de global et local. Pour la réouverture du Carré Sainte-Anne après 4 ans de rénovation par deux cents ouvriers spécialisés, un deux-cent-unième a proposé un dernier coup de mains, en y plantant au cœur de la nef un arbre monumental. Sa frondaison, faite d’empreintes de mains des visiteurs qui souhaitent participer, s’annonce luxuriante—10 000 feuilles à ce jour—au fil des mois à venir. Pour cela, deux photocopieuses cracheront vos paluches jusqu’à plus faim. Dans cinq mois, on ne verra normalement presque plus l’arbre sous le feuillage prédit JR.


Ouvert tous les jours sauf le lundi 10h-13h et 14h-18h

Contact : 04 67 60 82 11


Carré Sainte-Anne

2 rue Philippy, Montpellier

Saravá

Fernande
Jusqu’au 29 juillet

Salle Tarbouriech à Sète


Saravá, de son vrai nom Charlotte Régnier, a puisé sa signature d’artiste dans l’imaginaire carnavalesque du Brésil où elle a vécu avant de poser son baluchon en île singulière. À Rio, le mot Saravá exprime l’enthousiasme et l’énergie des cariocas, que l’on retrouve, avec une pointe d’ironie, dans les créations de l’artiste. Peintes sur des feuilles scotchées sans façon sur le mur ou suspendues par des pinces à linge à des fils sillonnant la salle, vous en pincerez pour cet art et sa scénographie débridés. Un hommage à sa manière impudique et polissonne au festival Quand je pense à Fernande, aux concubines et aux amantes, que l’auteur de Vénus callipyge aurait bigrement paraphé.


Entrée libre aux heures d’ouverture du Théâtre de la Mer

Contact 04 99 04 76 00


Théâtre de la Mer – Salle Tarbouriech

Promenade Maréchal Leclerc, Sète

Cézanne au Jas de Bouffan

Jusqu’au 12 octobre

Musée Granet à Aix-en-Provence


Vous l’avez vu dans des dizaines de toiles de Paul Cézanne sans le savoir ou pas : le Jas de Bouffan. Une massive maison de campagne plantée à quelques foulées de mule d’Aix-en-Provence. Le père de l’artiste l’avait achetée en 1859. Le peintre y a vécu et peint pendant 40 ans. Et si elle n’apparait pas dans de nombreuses autres toiles, c’est qu’elles furent peintes depuis cette bâtisse. D’autres fois, elle accueillait des amis pour des portraits, son parc donnant lieu à des vues imaginaires, des bouquets bucoliques de baigneurs nus. L’exposition rassemble 100 peintures, dessins et aquarelles qui témoignent de la relation particulière que l’artiste entretenait avec sa maison familiale et ses environs. Vous pouvez également visiter le Jas de Bouffan récemment rénové et le dernier atelier du peintre, Les Lauves, où il a travaillé de 1901 jusqu’à sa mort en 1906, et voir ce que Cézanne voyait.


Contact 04 42 52 88 32


Musée Granet

Place Saint-Jean de Malte, Aix-en-Provence

Un hommage solennel et convivial organisé par l’Amicale des Pêcheurs Sète-Môle. Du transfert de la statue de Saint-Pierre à la Grande messe en l’église Saint-Joseph. Des gerbes dispersées en mer aux gerbes déposées à la croix des Missions. Du tournoi de joutes sur chariots au pavoisement de la flottille de Pêche… Découvrez le programme de la St-Pierre du jeudi 3 au dimanche 6 juillet 2025.

Arles 2025 : Images indociles

Du 7 juillet au 5 octobre

Divers lieux à Arles


Des œuvres qui résistent, interrogent et détrônent les récits dominants. Les Rencontres d’Arles 2025 placent les images indociles au cœur de cette 56e édition. Une édition vibrante et engagée, où l’image s’affirme, plus que jamais, comme un espace de prise de conscience et de réinvention. Letizia Battaglia est célébrée à travers une rétrospective saisissante de ses années de combat contre la mafia. Batia Suter détourne les codes de l’image imprimée, tandis que l’accrochage Yves Saint Laurent et la photographie expose la relation unique qu’entretenait le couturier avec ses photographes. Avec Retratistas do Morro, le fonds de 250 000 négatifs des photographes João Mendes et Afonso Pimenta dévoile le quotidien de la communauté de Serra à Belo Horizonte, la plus grande et ancienne favela brésilienne. Les territoires et leurs mutations revisitent avec US Route 1 le projet inachevé de Berenice Abbott. Anna Fox et Karen Knorr poursuivent cette exploration de la route mythique reliant le Maine à la Floride, révélant les mutations profondes des États-Unis accentuées par les récents bouleversements politiques.


Contact 04 00 06 76 06

rencontres-arles.com

Duplessis (1725-1802)

L’art de peindre la vie

Jusqu’au 28 septembre

L’Inguimbertine à Carpentras (84)


Pour le tricentenaire de sa naissance à Carpentras, la cité nichée au cœur de la Provence offre une rétrospective-hommage dans un lieu d’exception : L’Inguimbertine à l’Hôtel-Dieu. Un des portraitistes les plus remarquables du XVIIIe siècle, Joseph-Siffred Duplessis reste pourtant injustement méconnu, même si une gravure de son portrait de Benjamin Franklin orne les billets de cent dollars américains. Ce portrait était le préféré de celui qui fut l’un des pères fondateurs des États-Unis et qui refusa dès lors de poser pour d’autres artistes. La Révolution française met un terme à sa carrière de peintre. Il revient en 1793 dans sa ville natale où il participe à l'inventaire des objets d’art dans le district de Carpentras. Duplessis est nommé conservateur des galeries du château de Versailles en 1796 où meurt le 1er avril 1802. L’exposition réunit, parmi les 200 tableaux qu’il a peints, une soixantaine d’œuvres provenant de collections prestigieuses du Metropolitan Museum of Art de New York, le Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City, le Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa, le Château de Versailles et le Musée du Louvre.


Ouvert tous les jours sauf le lundi 10h-18h

Tarif normal : 12€

Tarif réduit : 8€

Le site de L’Inguimbertine

Billetterie


L’Inguimbertine à l’Hôtel-Dieu

180 place Aristide Briand, Carpentras

Jî Drü 
Vendredi 4 juillet à 20h

Abbaye de Valmagne à Villeveyrac


La musique de Jî Drü est une invitation au voyage imaginaire. Le son de la flûte du leader du groupe et les voix envoûtantes de celui-ci, de Sandra Nkaké (Voix de l’année et Victoire du jazz 2024), de Mathieu Penot (percussions), Pierre François Blanchard (basse) et de Jî Drü lui-même (flûte) mènent au désir d’une danse transcendantale. Leur prochain album en préparation Poems for dance est composé de mélodies sensibles telle une poésie oscillant entre les musiques traditionnelles et un jazz futuriste. Une soirée magique dans un cadre d’exception.


Always on your mind sur YouTube

Infos et réservations Jazz à Sète

Billetterie 


Abbaye Sainte-Marie de Valmagne

Villeveyrac

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
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