LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

QUATRE CONCERTS GITANS

HOMMAGE À MANITAS

Mercredi 1er, jeudi 2, samedi 4 octobre

Parvis des Halles, rue Alsace-Lorraine, place Léon Blum, Conservatoire


Baptiser le Conservatoire à Rayonnement Intercommunal (CRI) du nom d’un guitariste gitan, fut-il un virtuose de notoriété mondiale, c’était un geste… olé-olé. Mais l’inscription sur cette façade fut surtout le prolongement d’un cri du cœur bien légitime de nombreux flamencophiles alentours. Car Ricardo Baliardo, dit Manitas de Plata, a poussé son premier cri non loin de cet ancien entrepôt Dubonnet sur ce quai des Moulins, dans une des caravanes des gens du voyage. Un geste fort pour un lieu traditionnellement associé à un compositeur ou un musicien du répertoire classique, que n’a pas manqué de noter Jean-Christophe Causse, à l’origine de cet hommage. Cet ancien organisateur de spectacles, ami de la famille Baliardo, est aussi l’auteur de Niño raconte : La saga de la famille Baliardo (2023). Pour cette première édition en partenariat avec l’association M28, les grandes musiques gitanes seront offertes au public : le flamenco, le jazz manouche, la rumba catalane et quelques pincées de bossa nova.


Programme musical de l’Hommage à Manitas :

Mercredi 1er octobre, parvis des Halles à 12h : ouverture festive avec Rey Baliardo et ses complices

Jeudi 2 octobre, rue Alsace-Lorraine à 18h : jazz manouche et flamenco fusion avec Steeve Laffont, Dominique Di Piazza et Rudy Rabuffetti

Jeudi 2 octobre, place Léon Blum à 20h : grande soirée gitane avec Gypsy Baliardo, héritier direct du mythe

Samedi 4 octobre, Conservatoire à 20h : Juan Carmona et son orchestre symphonique présentent la Sinfonia Flamenca (Réservation obligatoire)


Conservatoire Manitas de Plata

Quai des Moulins, Sète

Raphaël Ségura

Jusqu’au 25 octobre

Galerie des Flâneurs à Montpellier

Au printemps dernier, l’architecte Garcia Diaz ouvrait deux galeries dans le centre-ville, très proches l’une de l’autre. Après quelques travaux, elles ont rouvert en septembre pour être mises à disposition des artistes gratuitement. La galerie des flâneurs invite en octobre le peintre montpelliérain Raphaël Ségura pour une sorte de mini-rétrospective puisque l’on y retrouvera tant ses peintures que ses dessins, ses livres d’artistes ou ses photographies. Deux séries retiennent l’attention : celle intitulée des Rendez-vous et celle des Poupées. Parmi les livres d’artistes, James Sacré ou Jean Joubert méritent d’être relevés.


Galeries des Flâneurs

9 rue des Balances et 16 rue Roucher, Montpellier

Land Speed Record de Armand lestard

Jusqu’au 18 octobre

La Pop Galerie à Sète


Né en 1965 à Longwy et installé à Montreuil, Armand Lestard s’inspire de son enfance ouvrière et détourne des matériaux industriels – bitume, fer, savon, graisse – pour inventer un langage artistique singulier. Ses sculptures-machines et installations performatives jouent de la tension entre mécanique et poésie, lourdeur et légèreté. Son travail traverse aussi le dessin, la peinture, le modelage et le son, avec des dispositifs tels que l’alphabet vermicelle ou les tambours amplifiés. À travers eux, il met en scène mémoire ouvrière, engagement social et recherche plastique, revendiquant une esthétique low-tech en opposition au triomphe du high-tech.


La Pop Galerie

16 quai du Pavois d’Or, Sète

Fête de la coquille Saint-Jacques

Samedi 4 et dimanche 5 octobre

Criée aux poissons de Sète


Le parking de la Criée vous ouvre ses grilles pour fêter la coquille Saint-Jacques le temps d’un week-end. Un véritable temple sera dressé, dédié aux saveurs maritimes, entre traditions bretonnes et patrimoine culinaire méridional. Au cœur des festivités, la coquille Saint-Jacques de la baie de St-Brieuc, plus grande que sa cousine méditerranéenne, mais tout autant savoureuse, à découvrir en noix entière. On l’appelle aussi peigne de Jacob ou peigne de Jacques. Ce dernier se réfère aux cendres de l’apôtre Jacques ramenées jusqu’à Compostelle, au nord-ouest de l’Espagne dans une coquille Saint-Jacques. La forme de la valve devenue symbole du pèlerinage est remarquable d’élégance, les côtes rayonnantes formant un orbe quasi parfait. Au point de servir d’écrin à La naissance de Vénus, célèbre tableau de la Renaissance italienne peint par Sandro Botticelli. De nombreuses spécialités sétoises vous attendent. concerts, fanfares et déambulations musicales viendront animer la criée tout au long du week-end, dans une ambiance chaleureuse et familiale.


De 10h à 22h

Contact 06 13 02 20 71 

lescopainsdabord7@gmail.com


Criée aux poissons

14 quai Maximin Licciardi, Sète

Trésors marins de Pascal Légitimus

Jusqu’au 8 novembre

Galerie Maïlyn Bruniquel à Sète


Ils se prélassent sur une roche volcanique de l’île Maurice ou une plage mexicaine. Pascal Légitimus les met en scène et en lumière, sublimant la richesse de formes, bigarrées ou parfaites, selon le caprice de la Nature. Il s’y adonne depuis quelques années mais sa collection s’est faite depuis son plus jeune âge. Les œuvres exposées s’accompagnent de titres et de courts textes évocateurs : Pied dans l’eau. On a tous marché sur le sable en laissant nos empreintes. Ce coquillage a choisi de laisser la sienne sur mon pied c’est un partage éphémère que mes yeux n’oublieront pas. Où qu’il aille, entre son métier de comédien et de réalisateur, une dizaine de coquillages l’accompagne. Tino Di Martino l’avait invité en juin 2023, et depuis, a perlé une légitime attraction pour notre île singulière, qu’il trouve charmante et bigarrée, à l’image de ses coquilles.


Contact galeriemailynbruniquel.fr

Le site de l’artiste-photographe


Galerie Maïlyn Bruniquel 

1 quai Adolphe Merle, Sète

L’alphabet incertain de Jean-Marc Saulnier
Jusqu’au 16 octobre

Galerie Borromée à Montpellier


Ardéchois devenu sétois, Jean-Marc Saulnier perturbe nos repères visuels en présentant l’autre côté de la surface peinte attendue. Il procède par découpage, géométrique ou souple, et accorde au vide une place prépondérante. La surface en papier ou carton, est couverte de signes et de couleurs, les deux matériaux de base du vocable peint. Des signes abstraits, ou comme le dit l’artiste, un alphabet. Saulnier pratique également une sculpture rudimentaire, que l’on peut mettre en relation avec les expériences menées naguère par le Land Art. Collectes de débris et tessons qu’il rassemble en un récipient multicolore et hétérogène, auxquelles le travail manuel donne un semblant d’unité. Cet art de recycler les restes parle aussi du temps ramassé dans un modeste volume. On découvre l’acte de résistance face à l’hégémonie numérique et aux nouvelles technologies. La production de Saulnier nous ramène à l’essentiel, à nos racines.


Plus d’infos : galerieborromeo.wixsite.com


Galerie Borromée

968 avenue Xavier de Ricard, Montpellier

Un monde sans Murat de Laurent Cachard

Samedi 11 octobre à 11h

Le Plateau à Sète


Présenté au Plateau de Rebecca et Sarah, Un monde sans Murat est une somme d’articles extraits de son blog LCDT, chroniques de scène d’un chanteur récemment disparu, qu’il a vu en live tout au long de sa carrière. Elle comprend un entretien fictif avec l’artiste, en direct de l’Au-delà, et quatre nouvelles inédites. Laurent Cachard vit et travaille à Sète. Romancier, dramaturge, parolier, portraitiste et diariste, il mène une œuvre tendue vers la musique : après Paco et la guitare flamenca, Girafe lymphatique et son Clair de lune, Contrebrassensiste, une pièce de théâtre sur Pierre Nicolas, un roman sur la première pianiste de Barbara et en parallèle du récit-récital qu’il présente avec la violoncelliste Clara Védèche, il sort en 2024 les Noz d’émeraude, radioscopie du groupe lyonnais le Voyage de Noz.


Le blog de Laurent Cachard

Découvrir Un monde sans Murat aux éditions L’An Demain


Bar Le Plateau

2 rue des Trois Journées, Sète

Retrouvez le bivalve aux 200 yeux dans BÊTES DE SÈTE en vente au stand Audasud / L’An Demain pendant la Fête de la coquille St-Jacques et sur le site audasud.fr

Désormais, vous ne regarderez plus la coquille Saint-Jacques comme avant ! Une étude récente révèle une grande complexité de l’organe visuel du mollusque, sans doute l’un des plus sophistiqués dans la nature… La suite dans BÊTES DE SÈTE.

Café littéraire : rencontre avec Denis Wethoff

Mercredi 15 octobre à 18h

Médiathèque F. Mitterrand à Sète


Dans le cadre de son Café littéraire, Tino Di Martino reçoit le photographe Denis Wethoff, pour sa biographie Sagan et fils publiée aux éditions Stock. Sa mère, décédée en 2004, laisse une dette fiscale de plus d’un million d’euros et une œuvre, composée d’une trentaine de romans et d’une dizaine de pièces de théâtre, sur le point d’être purement et simplement liquidée. Denis Westhoff, son fils unique, décide, en 2006, d’accepter cette succession empoisonnée, hors norme. Un vrai parcours du combattant qui le conduit à repasser sur les traces de ce charmant petit monstre, né sur la scène littéraire et médiatique en 1954 par la grâce de son premier roman, Bonjour tristesse. Cette biographie n’a pas pour ambition de dire la vérité sur Sagan, mais une vérité. Celle d’un fils qui ose enfin dire, avec bonheur et liberté, ce qu’il a vécu auprès d’une mère pas tout à fait comme les autres.


Entrée libre

Dédicace et vente du livre sur place (22 €)


Médiathèque F. Mitterrand

Boulevard Danielle Casanova, Sète

Le Sacre du printemps 

Adams • Liszt • Stravinsky

Vendredi 10 octobre à 19h

Le Corum à Montpellier


Voici, sous la direction énergique de Roderick Cox, un programme explosif mêlant rythmes effrénés, prouesses pianistiques et forces telluriques ! Le concert s’élance avec John Adams dans un tourbillon typique de la minimal music où pulsations électrisantes et couleurs orchestrales vous propulsent à toute vitesse. Une œuvre-éclair, virtuose et jubilatoire, pour ouvrir la saison en trombe ! Puis, place à la poésie et à la bravoure de Franz Liszt  : entre fulgurances diaboliques et cantabile envoûtant, le Concerto pour piano n°1 révèle toute l’étendue du génie lisztien, magnifié par le toucher à la fois scintillant et perlé de l’immense Bertrand Chamayou. Enfin, les harmonies brutales et la force primitive du Sacre du printemps de Igor Stravinsky, nous procurent toujours un choc inévitable. Préparez-vous à une expérience orchestrale puissante, virtuose et inoubliable !


Autour du spectacle

Prélude au concert à 19h, salle Sully 3 / Le Corum

Au Programme

John Adams (né en 1947) : Short Ride in a Fast Machine

Franz Liszt (1811 – 1886) : Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi bémol majeur S.124

Igor Stravinsky (1882 – 1971) : Le Sacre du printemps


Durée : ±1h30 avec entracte
Tarifs : de 26€ à 47€

Réserver


Opéra Berlioz | Le Corum

440 esplanade Charles de Gaulle, Montpellier

Vignobles en scène

Les Journées Vignobles & Découvertes
Du 16 au 19 octobre

Carré d'Art Louis JeanJean à Mèze


Pour le troisième week-end d’octobre, les vignobles de France s’animent et promettent aux visiteurs des expériences uniques gustatives, immersives ou créatives et un banquet insolite en ouverture, jeudi à 19h. Depuis plus de dix ans, Le Fascinant Week-End a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable de l’œnotourisme en France. Rebaptisé Vignobles en scène et porté par la Fédération Nationale Vignobles & Découvertes, il propose une expérience immersive et accessible à tous, au cœur des terroirs viticoles. Que l’on soit amateur de vin ou simple curieux, la manifestation invite chacun à (re)découvrir les vignobles autrement. Des dégustations gourmandes et sensorielles : un atelier écaillage, un atelier Noilly Prat, un jeu au casino des Vins. Enfin, un menu exclusif et audacieux avec trois chefs en cuisine : Ben Bogart (Domaine Tarbouriech à Marseillan), Nicolas Gros (Flores’sens à Florensac) et Magali Jego (La Marine Halles & Manger à Sète).


Réserver en ligne


Carré d'Art Louis JeanJean

21 rue Sadi Carnot, Mèze

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
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