LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JANVIER

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Lectrice, lecteur, réjouissons-nous !

Votre Bulletin Culturel franchit allègrement le cap de quatre années de publication. Ailleurs, tout aussi hardiment, on dépouille notre patrimoine. Pour retrouver sa quiétude, le Louvre se voit notifier le doublement de ses cordons rouges, le triplement de ses rondes d’arquebusiers, l’excavation de ses anciennes douves… Mais Noël nous rappelle inlassablement cet événement constant et capital : le début d'une nouvelle vie. De nombreux projets d’édition sont apparus en 2025, portés par L’An Demain et Audasud qui clôture l’année avec la Dernière Cène de Leonardo da Vinci et ses ultimes secrets révélés. 2026 s’annonce tout aussi prolifique, poussée par une obsession de donner à voir, à lire… à partager ! D’ici là, bien du bonheur chez vous, et que la nouvelle année vous soit capiteuse.

Jean-Renaud Cuaz

GUIMET+ MONTPELLIER

Jusqu’au 1er novembre 2026

Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran - Musée Fabre


Bienvenue à Guimet+ Montpellier ! Le musée Fabre entrouvre une fenêtre, et c’est tout un continent qui s’invite à Montpellier. À l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, l’exposition inaugurale du dispositif Guimet+ déploie une trentaine de pièces majeures qui racontent la Chine sur le temps long : bronzes archaïques à la gravité souveraine, jades finement sculptés, porcelaines impériales Ming et Qing, impeccables de retenue. Le parcours, pensé comme une expérience sensorielle plus que comme un cours magistral, explore de grandes constantes universelles — le prestige, le sacré, la beauté, la transgression — et laisse au visiteur le soin de tisser ses propres correspondances. Le cadre, élégant hôtel particulier de la fin du XIXᵉ siècle, joue les passeurs discrets entre les époques et les géographies.

Cette première étape d’un partenariat national de quatre ans avec le musée Guimet promet une cartographie culturelle élargie, du monde chinois au Japon, à l’Inde et à l’Himalaya. En filigrane, l’hommage rendu à l’artiste montpelliéraine Colette Richarme, née dans l’Empire du Milieu, rappelle que les voyages les plus lointains commencent parfois à domicile, dans le regard attentif posé sur l’autre. Photo : Laozi assis, période dynastie Ming (1368-1644), bronze doré © Grand Palais RMN/Thierry Ollivier


Du mardi au dimanche 14h-18h

Contact 04 67 14 83 00

Billetterie


Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran

 6 rue Montpelliéret, Montpellier

Julien Barriol :  Overwrite

Jusqu’au 31 janvier

Sothebys Realty à Montpellier


Avec Overwrite, Julien Barriol fait du recouvrement un geste de mémoire. Ses œuvres fonctionnent comme des palimpsestes visuels où chaque couche, sans effacer la précédente, en conserve la trace. Inspiré à la fois par le code informatique et les écritures anciennes, l’artiste invente un système de signes graphiques proche d’un langage muet. Fragments d’œuvres publiques, surfaces poncées, superposées ou sculptées, triptyque monumental et totem de bois composent une archéologie de la matière et de la ville. Présentée par Montpellier Sotheby’s International Realty dans le cadre des 3 Art Days – Fall Edition, l’exposition transforme, le temps de trois jours, l’agence en galerie éphémère. Un rendez-vous où mémoire, matière et sobriété se superposent sans jamais se biffer.


Entrée 9h30-12h30 et 14h-18h sur rendez-vous

Exposition curatée par @matt.faurie.icymi 

Le site de l’artiste


Sotheby’s International Realty

3 rue Foch, Montpellier

Falstaff

Du 7 au 13 janvier

Opéra Orchestre National à Montpellier


Ultime chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi, Falstaff voit le jour en 1893 à la Scala de Milan, nourri de l’esprit irrévérencieux de Shakespeare et d’une morale limpide : le monde entier est une farce. Comédie lyrique en trois actes, l’opéra enchaîne intrigues, quiproquos et déguisements dans une satire joyeusement cruelle des travers humains, et d’une masculinité aussi risible que toxique. À Montpellier, la mise en scène alerte de David Hermann souligne le burlesque sans sacrifier la finesse. Dans la fosse, l’Orchestre et le Chœur national Montpellier, dirigés par un Michael Schønwandt ouvertement familier de l’œuvre, déploient une énergie jubilatoire. Une distribution solide complète cette invitation à commencer l’année en riant, intelligemment. Photo : Falstaff © Marc Ginot


Plus d’infos : opera-orchestre-montpellier.fr
Contact
04 67 60 19 99

Billetterie


Opéra Orchestre National

11 boulevard Victor Hugo, Montpellier

À Vincent : un conte d’hiver

Jusqu’au 21 avril

Fondation Van Gogh à Arles

Nouveau directeur de la Fondation Van Gogh d’Arles, Jean de Loisy inaugure son mandat par une exposition placée sous le signe de la correspondance, thème idéal pour dialoguer avec l’œuvre de Vincent van Gogh, grand épistolier tourmenté. Autour de deux toiles majeures, dont les Tournesols fanés, lettres manuscrites et éditions historiques rappellent combien l’écriture fut, pour le peintre, lien vital et moteur de création. L’exposition réunit plus de vingt artistes contemporains, vivants ou historiques, dont les œuvres fonctionnent comme autant de lettres plastiques adressées à Van Gogh. Portrait, paysage, solitude ou amitié structurent ce chœur polyphonique, où se croisent Anselm Kiefer, Rineke Dijkstra, Wolfgang Tillmans ou Simone Fattal. Une manière fidèle d’honorer le vœu de Van Gogh, un anneau dans la chaîne des artistes.

Mardi à dimanche 10h-18h

Visites commentées à 11h les jours ouverts (gratuit, sans réservation)
Durée 45 min / Limité à dix personnes
Selon l’activité, certaines visites peuvent être annulées
Information
04 88 65 82 93

Billetterie

Fondation Vincent Van Gogh

35 rue du Docteur Fanton, Arles

Les Frères Cloutier

Jusqu’au 15 janvier

Cabinet Occitanie Art Expertise à Lunel


Le Cabinet Occitanie art Expertise consacre une exposition aux frères Cloutier, figures majeures et singulières de la céramique du XXᵉ siècle. Présentée à Lunel, la sélection réunit un ensemble rare de pièces issues directement du fonds familial, confiées par Arnaud Cloutier, offrant une occasion précieuse d’approcher l’œuvre dans sa plus stricte provenance. Jean et Robert Cloutier ont développé un univers reconnaissable entre tous : formes anthropomorphes, bestiaire fantastique, objets totémiques et ce fameux émail rouge devenu leur signature. Installés à Marsillargues à la fin des années 1970, ils ont inscrit une part essentielle de leur création en Occitanie. Vases sculpturaux, œuvres de maturité et pièces décoratives composent un parcours resserré, fidèle à l’intensité et à la cohérence de leur démarche.


Mardi, mercredi, jeudi 10h-19h

Vendredi 10h-18h30

Contact 04 67 17 19 40


Cabinet Occitanie Art Expertise

26 place de la République, Lunel

Clara Castagné
Jusqu’au 18 janvier

Chapelle du Quartier Haut à Sète


Clara Castagné ne lit pas l’avenir dans les cartes, elle les habite. Peignant et dessinant sur d’anciens atlas scolaires, elle détourne ces supports familiers de leur fonction première pour en révéler le pouvoir imaginaire. Frontières et tracés deviennent coiffes, silhouettes ou attributs, donnant naissance à des figures féminines hiératiques, parfois dédoublées, qui semblent surgir d’une mémoire collective. Le contraste d’échelle frappe : visages et corps à taille humaine dialoguent avec une cartographie réduite à l’essentiel, presque enfantine. Chaque carte impose son récit — marin, pirate, famille ou allégorie — et guide le motif. Clara Castagné privilégie le dessin, laissant les couleurs du support affleurer. De ces surfaces anciennes émergent des figures à la fois mythologiques et contemporaines, discrètement réconciliatrices.


Ouvert 10h-18h tous les jours sauf mardi

Contact 04 99 02 87 62


Chapelle du Quartier Haut

2-10 rue Borne, Sète

Jazz à Bayssan

Adrien Moignard : Gipsy 4tet

Baptiste Herbin Trio : Django !

Vendredi 30 janvier à 20h

Théâtre Michel Galabru à Béziers

La soirée s’ouvre sur Adrien Moignard Gipsy 4tet, projet ancré dans la grande tradition du jazz manouche. Guitariste phare de sa génération, Moignard, accompagné de Benji Winterstein, Julien Cattiaux et Fabricio Nicolas-Garcia, mêle standards revisités, compositions originales et arrangements contemporains avec virtuosité et raffinement. Suit Baptiste Herbin, saxophone alto, qui propose une réinterprétation audacieuse de Django Reinhardt, sans guitare ni piano, soutenu par Sylvain Romano à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie. Nommé aux Victoires du Jazz et lauréat du Prix de l’Académie Charles Cros, Herbin livre un hommage vibrant, salué par la critique, où liberté et virtuosité se conjuguent pour réinventer l’univers du maître du swing manouche.

Réservation obligatoire

Contact 04 67 28 37 32

Domaine de Bayssan

Route de Vendres, Béziers

David Klo : Le Bal des Paradoxes

Jusqu’au 20 janvier

Galerie Up Side Town à Montpellier

La galerie Up Side Town à Montpellier présente Le Bal des Paradoxes de David Klo, réunissant près de cinquante œuvres jusqu’au 20 janvier. Entre photographie, collage, peinture et matière numérique, l’artiste explore la fragilité de nos équilibres quotidiens. Ni tout à fait documentaire ni entièrement fictionnel, son travail s’appuie sur plus de trente ans d’archives visuelles et sonores, instaurant une tension entre vrai et presque vrai. L’exposition s’articule en six ensembles — paysages, villes et visages, corps et désirs, vertiges, eau et ciel — où routes, mers et figures anonymes deviennent autant d’espaces mentaux. Formats variés et fragments poétiques composent une chronique sensible où doute, chaos et émotion deviennent langage, révélant un univers suspendu entre équilibre et vertige.

Ouvert mardi, mercredi, vendredi, samedi 11h30-19h

Plus d’infos

Contact 04 49 07 84 13

Galerie Up Side Town

4 rue Fournarie, Montpellier

Vivian Suler et Felipe Romero Beltran

Jusqu’au 29 mars

Carré d’Art à Nîmes


Deux expositions sud-américaines se répondent à Carré d’art. D’un côté, Viviane Suter déploie une profusion de toiles et collages, suspendus, empilés ou étalés au sol, célébrant la nature guatémaltèque et la matière vivante. Formes abstraites, parfois récurrentes, s’entrelacent dans un paradis visuel où générosité et hybridité s’imposent, incluant des œuvres tardives de sa mère Elisabeth Wild. De l’autre, Felipe Romero Beltran documente la vie des migrants au Rio Bravo. Photos et vidéos captent corps, lieux et gestes du quotidien, mêlant sobriété et rigueur classique. Entre présence et absence, permanence et passage, ces deux générations offrent deux visions contrastées : l’une immersive et colorée, l’autre réaliste et brûlante, mais toutes deux profondément humaines.


Ouvert du mardi au dimanche

Contact 04 66 76 35 70


Carré d’Art

16 Place de la Maison Carrée, Nîmes

Japon. Histoire de caractères
Jusqu’au 4 janvier

Musée Champollion à Figeac


Sous les voûtes du musée Champollion, Japon, histoire de caractères transforme l’écriture en voyage. Quatre artistes explorent la métamorphose du signe en art : Masaki Saito ressuscite le Tenkoku, chaque sceau devenant sculpture de sens ; Yoko Amiel incarne la pensée dans le souffle du sôsho cursif ; Unokichi Tachibana fait renaître l’exubérance graphique de l’époque d’Edo ; Taro Fukushika projette l’écriture dans la rue et la couleur, transformant le geste en émotion immédiate. Entre tradition et invention, le musée de Figeac tisse un lien sensible entre main, mémoire et esprit, célébrant la beauté du geste et la danse silencieuse qui relie la pensée à la main.


Ouvert tous les jours 14h-17h30 sauf le lundi

Contact 05 65 50 31 08

accueil1musee@ville-figeac.fr

musée-champollion.fr


Musée Champollion

Place Champollion, Figeac

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
Copyright © 2026 Audasud
Tous droits réservés
Vous recevez cet emailing car vous êtes abonné via notre site Internet

Ce bulletin culturel est publié par Audasud

8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

Vous souhaitez changer la façon dont vous recevez cet emailing ?
Vous pouvez 
mettre à jour vos préférences ou vous désabonner

par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
PLUS DE NOTES