LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE DÉCEMBRE

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Extrême hôtel

Raymond Depardon

Du 2 décembre 2025 au 12 avril 2026

Pavillon Populaire à Montpellier


Un titre d’exposition se référant à un hôtel d’Addis-Abeba en Éthiopie, où le photographe a séjourné à plusieurs reprises lors de ses photo-périples solitaires. Déterminante parmi les reportages de Raymond Depardon (né en 1942), la fameuse série Glasgow réalisée en 1980 pour le Sunday Times sera montrée en une projection restituant le climat de cette commande. Autre exclusivité, Extrême Hôtel exposera pour la première fois une série capturée à la chambre photographique, du Texas au Nouveau Mexique au printemps 2019. Ces clichés de grandes plaines désertiques et petites villes américaines désolées mettront en lumière le regard unique et humaniste du photographe voyageur.

Une carte blanche et une période, 1978-2019, mise en lumière par une centaine de clichés. Villes animées, territoire en crise, mais aussi travail intime et contemplatif, nous dévoilent une partie encore méconnue de son travail en couleur. Une série en couleur issues d’une récente donation au musée Fabre, dans un écrin entièrement rénové.


Entrée libre. Dernière entrée 15 minutes avant la fermeture.

Visites guidées hebdomadaires :

Vendredi 16h, samedi et dimanche 11h et 16h

Visites familles : mercredi et dimanche 11h et 15h

Réservation obligatoire pour toutes les visites de groupes (guidées ou non) 

visites@montpellier.fr


Pavillon Populaire
Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier

Avec la lagune

Rencontres dessinées par Aurélie Carmet

Jusqu’au 7 décembre à 20h30

Carré d’art Louis Jeanjean à Mèze

On s’acharne à la qualifier d’étang, mais c’est bien la lagune de Thau, un milieu aquatique unique, qu’Aurélie Carmet a fait sienne. L’artiste a fait de ses crayons et pinceaux des outils instantanés et instructifs, ouvrant sur le dialogue. Je m’accroche à la pédagogie, c’est à ça que je crois, je me dis qu’il faut expliquer les choses pour casser les barrières et faire des ponts entre les gens. Le dessin est médiateur, assure-t-elle. Écoutant celles et ceux qui y vivent afin de collecter la matière première de son travail, et partager l’extraordinaire diversité de ce territoire particulier par une poésie sur papier aquarelle. Sa technique donne lieu à des croquis vitement décochés, un horizon, un geste, une silhouette. Sans l’aide d’appareil photo, juste un carnet.


Du jeudi au dimanche, 10h-12h30 et 15h-17h


Carré d’art Louis Jeanjean

21 rue Sadi Carnot, Mèze

Exposition Néo Pop Art

Vincent Sabatier

Jusqu’au 3 janvier

Médiathèque Théodore Monod à Juvignac


Artiste et designer reconnu par les collectionneurs du monde entier, Vincent Sabatier encapsule son Néo-Pop Art dans un baume aussi transparent qu’inattendu. Ses objets agglomèrent la sérigraphie, la résine d’inclusion et la fibre de verre par un procédé original d’amalgame qu’il a fait breveter sans attendre. Ses œuvres, riches en effets de matière et de lumière, revisitent les icônes collectives par une approche audacieuse et récréative. Des éléments issus de la culture populaire, notamment à travers ses roboclusions, des compositions où des figurines et objets iconiques sont résinés. En attendant l’ultime démonstration de sa manière, quand l’artiste se fera lui-même encapsuler…

 

Mardi, mercredi, samedi 10h-12h30 et 14h- 18h

Vendredi 14h-18h

Contact 04 67 10 40 30
mediatheque@juvignac.fr


Le site de l’artiste

Le site Vincent VerSus Sabatier néo pop


Médiathèque Théodore Monod
2 rue du Poumpidou, Juvignac

Exposition Henri Comby

Jusqu’au 31 décembre

Musée d’Art Brut à Montpellier


Artiste inclassable, Henri Comby (1928-2004) change de médium après un imprévu qui l’incite à tout bousculer. Dans les années 50, l’arrivée de l’aluminium et des machines-outils lui ouvre un terrain d’expérimentations enthousiasmant : carapaces, tabernacles hérissés, tuyauteries follement prêtes à se défendre… ou à charger ! Plus tard, il crée des barques et des chars où la guerre se mêle à la poésie du voyage, donnant naissance à des embarcations d’aventure, funéraires ou conquérantes. Et puis viennent ses cahiers, où il note et dessine les absurdités du monde comme un comptable de l’inouï. Quant aux têtes, de pierre, de bois ou de laiton, elles hurlent son angoisse, écho tenace de la charcuterie familiale de son enfance.


Ouvert du mercredi au dimanche 10h-13h et 14h-18h

Contact 04 67 79 62 22


Musée d’Art Brut

1 rue Beau Séjour, Montpellier

Buxbaumia

Photographies de Cédric Gerbehaye

Jusqu’au 13 décembre

Château d’Assas, Le Vigan


Buxbaumia, petite mousse rare des zones froides, inspire l’exposition de Cédric Gerbehaye, premier artiste accueilli par imageSingulières dans son nouveau refuge cévenol d’Aumessas. De 2024 à 2025, le photographe a arpenté ces paysages, mêlant immensité et infiniment petit, convaincu que l’attention au détail éclaire le monde. Le château d’Assas au Vigan présente cette exposition coproduite avec le Département du Gard. Gerbehaye, connu pour son regard humaniste, révèle un territoire vivant, habité, où se croisent enracinement, renouveau, sous-bois et rencontres. La buxbaumia, fragile et discrète, devient le symbole de ce vivant précieux à protéger.


Du lundi au vendredi : 9h30-12h et 13h30-17h
Eentrée libre
Réservation : Chantal Maucouvert
06 79 05 07 65

chantal.maucouvert@gard.fr


Le photographe sur Instagram


Château d’Assas

1 route de Saint-Vincent, Assas

Don’t disturb

Photographies & Graphismes : Une inversion des rôles

Exposition de Jean-François Demont
Jusqu’au 6 décembre

Galerie Le vent se lève à Sète


Dont disturb imagine des animaux sauvages excédés par les touristes, décidant d’inverser les rôles. Une délégation débarque à Sète, semant stupeur et sourires : les photos de Jean-François Demont en gardent la trace, mêlant poésie, humour et doux chaos. En écho, une collection d’affichettes venues du monde entier rappelle notre désir universel de tranquillité et interroge, avec malice, notre rapport au vivant. L’artiste raconte qu’enfant, une panne de voiture a déclenché sa passion : en attendant la dépanneuse, il photographie le château de La Rochefoucauld… et ne lâchera plus jamais un appareil. De La Défense aux espaces naturels, de la Papouasie à Sète, son regard s’affine, nourri par un stage de photographie contemplative et une curiosité intacte.


Ouverture de la galerie sur rendez-vous ou quand il y a de la lumière.

Contact 06 07 21 16 77

7leventseleve@gmail.com 


Galerie Le vent se lève

51 quai de Bosc, Sète

Construire

Sylvain Corentin, Charles Malherbe

Jusqu’au 31 décembre

Musée Maison des Consuls, Les Matelles


La Maison des Consuls accueille deux artistes qui jouent avec le volume et la sculpture. Sylvain Corentin crée des œuvres instinctives, blanches, parfois monumentales, où l’improvisation fait loi : un monde intérieur qui s’étire en formes et en dessins narratifs. Charles Malherbe, lui, scrute nos fragilités contemporaines — effondrement, résilience, énergie — à travers des sculptures miniatures d’une précision réjouissante. Bois, métal, pierre ou plastique : il assemble ces matériaux pour bâtir des refuges minuscules, des fragments d’architectures oubliées, presque des stations d’observation venues d’anciennes civilisations. Ensemble, ils nous invitent à rêver, à questionner l’avenir et à voyager dans un imaginaire fait de traces, de volumes et d’élans créateurs.


Ouvert du mercredi au dimanche 14h-17h

Contact 04 99 63 25 46

maisondesconsuls@ccgpsl.fr


Musée Maison des Consuls

Rue des Consuls, Les Matelles

Gaulois, mais Romains !

Jusqu’au 4 janvier 2026

Musée de la romanité à Nîmes


Culminant les 12 travaux d’Hercule, celui d’en finir avec le stéréotype du Gaulois, rustique barbare couvert de peaux de bêtes, a la dent dure et de beaux jours devant lui. Le musée de la Romanité s’est donc donné pour mission de bousculer nos fourbes imaginaires. Et de nous démontrer comment, durant près de trois siècles, les habitants de la Gaule conquise par Rome en ont digéré la culture. Avant cela, les Gaulois possédaient déjà un assortiment de divinités assez complet et une kyrielle de druides chargés de la cueillette du gui sacré. Jules César s’employa donc à établir un peu d’ordre dans les mœurs et la tenue des livres de ses voisins, de les mettre à sa caliga, l’ancêtre de la botte. Mais, après sa mort, les empereurs qui prirent son fonds s’arrangèrent si bien que la conquête de l’Imperator leur échappa peu à peu. Entre temps, le musée de la Romanité n’a jamais si bien porté son nom, n’en déplaise aux gauloiseries ambiantes. Une immersion fascinante dans l’histoire et l’art de vivre gallo-romain. 


Ouvert tous les jours d’avril à octobre : 10h-19h

Dernière entrée une heure avant la fermeture


Billetterie

Plus d’infos museedelaromanite.fr


Musée de la Romanité

16 boulevard des Arènes, Nîmes

Jean-Pierre Blanche

Jusqu’au 31 décembre

Presqu’île de Maguelone


Du Sahel algérois à l’arrière-pays languedocien et provençal, Jean-Pierre Blanche (1927-2022) n’a eu de cesse de brosser l’essence et l’essentiel du panorama méridional. Ce peintre pas banal, récemment disparu, demeure l’un des grands portraitistes de la Grande Bleue et ses abords. Comme chez cet autre peintre du sud, Cézanne, les paysages de Blanche sont farouches, rustiques, méthodiques. Vierges de toute présence humaine, ses toiles sont peuplées de corpulentes arborescences, qui vont jusqu’à envahir la surface et cadenasser le regard. Elles sont minérales, balayant l’anecdote comme le ferait une rossée de mistral. Un voyage initiatique dans la presqu’île de Maguelone, pour une balade artistique dans le parc de la Cathédrale, en résonance avec l’œil poétique du peintre.


Le site consacré à Jean-Pierre Blanche


Presqu’île de Maguelone

Maguelone

Agnès Varda. Je suis curieuse. Point
Jusqu’au 4 janvier

Musée Soulages à Rodez


Rodez célèbre l’année de la mer à sa manière, à un petit jet de missile de la Grande bleue. Une explosion de poésie dans l’antre du Grand noir, de souvenirs épars… la plage, les cabanes, les pêcheurs… disséminés façon intime en plus de 100 images et objets. « Je suis curieuse. Point. Je trouve tout très intéressant. La vraie vie. La fausse vie… », nous dit Agnès Varda. Voilà le décor planté dans un sable émouvant. Sa richesse d’inventions sans pareille nous entraîne dans une déambulation à travers ses âges, jusqu’à sa rencontre à Sète avec les Soulages immortalisée lors du tournage des Plages d’Agnès. Sept ans après son clap de fin, Agnès Varda aurait eu 97 ans ce vendredi 30 mai. Au lieu de la voir sucrer les fraises, elle a préféré qu’on la suive, arpenter les rivages de ses souvenirs—il y a de pires dilemmes—avant de la retrouver en septembre, à la Pointe-Courte. Cette exposition co-produite avec Ciné-Tamaris et la fille d’Agnès, Rosalie Varda, se prolonge par un sublime catalogue, Les rêveries d’Agnès, à parcourir sur le sable entre deux baignades estivales et une programmation filmographique dans les cinémas de Rodez.

Photo : La petite mer immense, 2003. Tirage argentique d’après fichier numérique © Succession Varda


Horaires :

Septembre à juin : mardi à vendredi 10h-13h et 14h-18h / samedi et dimanche 10h-18h


Billetterie

Contact 05 65 73 82 60

Plus d’informations musee-soulages-rodez.fr


Musée Soulages

Jardin du Foirail, avenue Victor Hugo, Rodez

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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