LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

ANDRÉ CERVERA.  CARAMBOLAGES

Du 29 mars au 7 juin

Musée Paul Valéry à Sète


À Sète, quand le Musée Paul Valéry annonce Carambolages, on comprend qu’il ne s’agira pas d’une aimable promenade dominicale. Avec André Cervera, l’expressionnisme a le goût du sel, du punk et des souvenirs d’enfance qui traînent encore du côté des grues du port. L’exposition, découpée en trois actes — fictions sétoises, territoires imaginaires, peintures d’histoire — ressemble à un film dont le scénario aurait été écrit par un gamin du quai devenu citoyen du monde. On y croise des masques mal attachés, des monstres marins, des fantômes familiaux et des figures sacrées revenues d’Inde, d’Afrique ou de Chine avec visa chamanique. Chez Cervera, tout se percute : la série B flirte avec les Anciens, le grotesque serre la main au sacré, et le quotidien dérape juste assez pour devenir poésie. Héritier indocile de la Figuration libre, il enterre ses toiles, peint les yeux bandés, convoque les morts sans jamais oublier de célébrer les vivants. La mort rôde, certes, mais l’appétit de vivre fait plus de bruit. Résultat : quarante œuvres récentes comme autant de collisions heureuses, où Sète devient un théâtre cosmique. Un carambolage, oui, mais savamment orchestré, et furieusement humain (illustration événement phare : Le Pont de la victoire 2024, acrylique et technique mixte sur toile de lin © ADAGP, Paris, 2026 © Pierre Schwartz)


Du mardi au dimanche 10h-18h

Dimanche 29 mars à 15h : Rencontre discussion entre André Cervera et le critique d’art Olivier Kaeppelin.

Lire le portrait d’André Cervera par Laurent Cachard dans le Tome 2 (2024) de ses Figures Singulières, 25 portraits de Sétois d’aujourd’hui à feuilleter/commander ici.

Télécharger le dossier de presse de l'exposition


Musée Paul Valéry

148 rue Desnoyer, Sète

Festival Les Belles Ondes

L’Art nouveau en musique

2-4-6-8 mars

Château Laurens à Agde


Au Château Laurens, le printemps ne bourgeonne pas, il vibre. Du 2 au 8 mars, le festival Les Belles Ondes transforme le salon de musique en laboratoire temporel : ici, le nouveau et l’ancien cessent de se chamailler, comme l’avait si bien résumé Claude Régy en citant Theodor W. Adorno — le moderne a souvent des rides assumées. L’ensemble L’Instant Donné navigue entre héritages et secousses esthétiques, convoquant Igor Stravinsky dans une Histoire du soldat joyeusement rocambolesque, puis la Vienne fin de siècle qui dynamita la tonalité. Point d’orgue engagé : L’art secret des compositrices, où Cécile Chaminade et Rita Strohl sortent enfin de l’ombre. En écho, l’exposition Ravel, Boléro célèbre Maurice Ravel et son obsession orchestrale. Bref, sous les dorures Art nouveau, la musique prouve qu’elle a toujours quelques longueurs d’avance sur le calendrier. (Photo © Jérôme Bosc)


Contact 09 71 00 53 00 

chateaulaurens-agde.fr

Billetterie


Château Laurens

Domaine de Belle-Isle

Avenue Raymond Pitet

L’école des beaux-arts de Montpellier

Une histoire singulière

Jusqu’au 3 mai

Musée Fabre et MO.CO. à Montpellier


À Montpellier, on ne plaisante pas avec l’école des beaux-arts : le MO.CO. et le Musée Fabre lui offrent un hommage à trois temps, façon fresque XXL. L’idée ? Mélanger les générations, provoquer des tête-à-tête improbables et rappeler que la modernité locale a de solides racines. Au MO.CO., on croise les jeunes années de Claude Viallat, les expérimentations Supports-Surfaces et une armée d’artistes d’hier et d’aujourd’hui, du groupe ABC aux héritiers turbulents. Au musée Fabre, les collections dialoguent sans complexe avec le présent : Pierre Soulages n’est plus seul, il converse avec installations, vidéos et sphères planétaires.

Résultat : 105 artistes, des chocs esthétiques, quelques absents, forcément, et une certitude réjouissante — à Montpellier, le patrimoine n’est pas un mausolée mais un terrain de jeu.


Musée Fabre 

Contact 04 6714 83 00 / museefabre.fr

Du mardi au dimanche 11h-18h

MO.CO. 

Contact 04 99 58 28 00 / moco.art

Tarif réduit au MO.CO. et au musée Fabre sur présentation du billet d’entrée de l’autre établissement.


Musée Fabre 

39 boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier

MO.CO. 

13 rue de la République, Montpellier

Festival Flamenco

Du 13 au 21 mars

Théâtre municipal à Béziers


À Béziers, mars se vit talon levé : le Festival Flamenco 2026 embrase théâtres et chapelles avec une affiche haute couture. En tête, Mercedes de Cordoba, intensité pure, le cante d’Alberto Garcia, et le retour aux sources d’Helena Cueto. Clou du spectacle : Espacio Creativo, où Alfonso Losa et Paula Comitre transforment la scène en brasier intérieur — Prix de la Critique à Jerez à l’appui. Mais le festival déborde : jazz manouche, récitals à la chapelle, défilé de robes, ateliers parents-enfants et même bal sévillan. Ici, le flamenco ne se regarde pas, il se partage — entre rage et joie, tradition et vertige contemporain. Un petit bout d’Andalousie posé sur les rives de l’Orb, avec option frissons.


Contact 04 67 36 82 82

ville-beziers.fr

Billetterie

Pass Flamenco : 3 spectacles 60€


Théâtre Municipal

Allées Paul Riquet, Béziers

Exposition Arthur Yang

Jusqu’au 29 mars

La Galerie Électrique à Montpellier


À Montpellier, la Galerie Électrique branche les hautes tensions : première réunion d’ensembles majeurs d’Arthur Yang dans une scénographie aussi cohérente qu’alertée. Né en Chine populaire, grandi à Erévan, formé à Moscou, affûté à Paris, Yang pratique le grand écart fertile : figuration/abstraction, surface/espace, peinture/photo. Moment fort : les portraits où la toile quitte le châssis pour s’inscrire sur le corps, puis revient en photographie — mise en abyme charnelle et manifeste sur l’image. On croise La langue cachée des oiseaux (symboles éclatants) et La Ville blanche (Ukraine, chaos et dignité), des bronzes, des séries à la loupe : rien d’ornemental, tout dialogue. Plutôt qu’une rétrospective, une lecture rigoureuse d’un parcours engagé. L’art ici ne commente pas le monde : il s’y mesure, frontalement.


Ouvert du mercredi au dimanche 14h-18h

Contact : 07 61 40 26 29 

franck@lagalerieelectrique.fr

www.lagalerieelectrique.fr


La Galerie Électrique

Place Christophe Colomb, Montpellier

Disco, Vivian Suter
Jusqu’au 29 mars

Carré d’Art à Nîmes


Au Carré d’Art, à Nîmes, Disco de Vivian Suter transforme le musée en jungle euphorique. Plus de 400 toiles envahissent murs, sols et plafonds : ici, on ne visite pas une expo, on s’y aventure — comme en forêt tropicale, sans boussole mais avec ravissement. Entre les lignes épurées de l’architecture de Norman Foster, la peinture déborde, prolifère, respire. Pas de cartels, pas de chronologie : la promenade est libre, sensorielle, presque enfantine. Inspirées du Guatemala où vit l’artiste, les œuvres mêlent abstraction et végétation hallucinée, pigments charnels et traces de pluie séchées à même la toile. Résultat : une immersion totale, joyeusement indisciplinée, où l’intellect dépose les armes et où la couleur gagne par KO lumineux. Une expo qui se danse plus qu’elle ne se commente.


Ouvert du mardi au samedi 10h-18h

Dimanche 10h-18h30

Contact 04 66 76 35 70


Carré d’Art

16 place de la Maison Carrée, Nîmes

Exquise autopsie

Jusqu’au 15 mars

Chapelle du Quartier Haut à Sète


À Sète, la Chapelle du Quartier Haut se fait corps. Avec Exquise Autopsie, Pauline Pagès-Lloberas et Sarah Guiraudon orchestrent une dissection à deux voix — sans scalpel, mais avec poésie. Le visiteur traverse l’architecture comme un organisme monumental : des pieds au cerveau, du viscéral à la pensée, façon cadavre exquis. Les sculptures-fontaines de Pagès-Lloberas, héritières de gargouilles et d’amphores, font circuler fluides et mémoires. En écho, Guiraudon — fondatrice du mouvement Dépressionniste — explore la psyché, ses fêlures et ses ombres, mêlant peinture, encre et mots. Ici, pas d’autopsie clinique : une exploration sensible du corps comme archive vivante, lieu de métamorphose et chambre d’écho entre visible et invisible. Une exposition qui palpite.


Ouvert 10h-18h (fermé le mardi)

Contact 04 99 02 87 62

sete.fr


Chapelle du Quartier Haut

2-10 rue Borne, Sète

Extrême hôtel

Expo Raymond Depardon

Jusqu’au 12 avril

Pavillon Populaire à Montpellier


Un titre d’exposition se référant à un hôtel d’Addis-Abeba en Éthiopie, où le photographe a séjourné à plusieurs reprises lors de ses photo-périples solitaires. Déterminante parmi les reportages de Raymond Depardon (né en 1942), la fameuse série Glasgow (photo) réalisée en 1980 pour le Sunday Times sera montrée en une projection restituant le climat de cette commande. Autre exclusivité, Extrême Hôtel exposera pour la première fois une série capturée à la chambre photographique, du Texas au Nouveau Mexique au printemps 2019. Ces clichés de grandes plaines désertiques et petites villes américaines désolées mettront en lumière le regard unique et humaniste du photographe voyageur.

Une carte blanche et une période, 1978-2019, mise en lumière par une centaine de clichés. Villes animées, territoire en crise, mais aussi travail intime et contemplatif, nous dévoilent une partie encore méconnue de son travail en couleur. Une série en couleur issues d’une récente donation au musée Fabre, dans un écrin entièrement rénové.


Entrée libre. Dernière entrée 15 minutes avant la fermeture.

Visites guidées hebdomadaires :

Vendredi 16h, samedi et dimanche 11h et 16h

Visites familles : mercredi et dimanche 11h et 15h

Réservation obligatoire pour toutes les visites de groupes (guidées ou non) 

visites@montpellier.fr


Pavillon Populaire
Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier

La Supers Expo

Jusqu’au 21 mars

Espace Louis Feuillade à Lunel


À Lunel, l’Espace Louis Feuillade remet la bande dessinée à l’honneur avec La Supers Expo. Une centaine de planches et dessins originaux invitent petits et grands à entrer dans l’univers foisonnant de David Cathelin — alias Dawid, passionné de bulles depuis l’enfance. Au cœur du parcours, la série Supers (scénario Frédéric Maupomé, éditions La Gouttière), qui l’a révélé au jeune public. Mais l’exposition dévoile aussi des originaux des Cheveux d’Édith, de la série muette Les Mômes, ainsi que des créations plus personnelles. Un rendez-vous culturel devenu incontournable, où se mesure toute l’étendue d’un trait sensible, narratif et généreux.


Ouvert du mardi au samedi 19h-12h et 14h-18h

Mercredi 12 mars à 14h : visites guidées et ateliers pédagogiques sont proposés en partenariat avec la Maison Rousseau

Contact 04 67 87 83 00

lunel.com


Espace Louis Feuillade

48 boulevard Lafayette, Lunel

Récital poésie & musique
Jeudi 19 mars à 18h

Librairie Kailash à Sète


Un récital poétique et musical sera proposé à l’occasion de la publication du tome III de la trilogie de Pierre Ech-Ardour édité par les Éditions Levant, le jeudi 19 mars à 18 heures à la Librairie Kailash de Sète. Les poèmes seront lus par Claire Marin, poétesse, conteuse et calligraphe, les intermèdes musicaux interprétés par Artyom Gerghamyan, talentueux accordéoniste. Le rendez-vous sera suivi de dédicaces et du verre de l’amitié. Dans le cadre du Printemps des Poètes, Pierre Ech-Ardour est invité à la Baleine rouge de Sète pour présenter et lire sa poésie le 1er mars à 15h30.


Réservation souhaitée 06 01 12 41 89


Librairie Kailash

3 rue de Longuyon, Sète

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
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