LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Autour du génocide des Tutsi au Rwanda (7 avril-17 juillet 1994)

Exposition, lecture théâtralisée, rencontre, projection

Du 27 mai au 27 juin à la Médiathèque F. Mitterrand à Sète


Dans le cadre des commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda, la médiathèque F. Mitterrand organise une exposition du 27 mai au 27 juin et un temps fort du 27 au 30 mai, en partenariat avec le lycée Paul Valéry de Sète.


Exposition de planches originales de BD

Du 27 mai (17h) au 27 juin

Une mise en images imaginée par les élèves de terminale du lycée Paul Valéry du témoignage de Yvonne Mukantaganda, survivante du génocide, dans le cadre des cours d'Histoire-Géopraphie. Ces planches ont été éditées sous forme de récit graphique publié par les éditions Audasud sous le titre Parce que je suis née Tutsi. Tout public, entrée libre.

Vernissage de l'exposition, mercredi 27 mai à 17h


Lecture théâtralisée

Mercredi 27 mai 18h-19h

La comédienne Agnès Sajaloli propose une lecture théâtralisée de plusieurs extraits de la trilogie de Jean Hatzfeld, Récits des marais rwandais : Dans le nu de la vie, Une saison de machettes, La stratégie des antilopes, parue en 2014 aux Éditions du Seuil, Collection Fiction & Cie. Tout public, entrée libre.


Rencontre Bibliothèques vivantes

Vendredi 29 mai 17h-19h

Rencontre-témoignage avec Yvonne Mukantaganda, rescapée du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, et l’association Ibuka France. Tout public, entrée libre.


Projection-Rencontre

Samedi 30 mai 17h-19h

Projection du film documentaire Médiatrice, Revivre au Rwanda de Bernard Mangiante, suivie d’une rencontre avec le réalisateur. Ce documentaire, produit par le CFRT et Zadig production, a obtenu le Prix spécial Jacques Hamel qui récompense un travail journalistique mettant en lumière les initiatives en faveur de la paix. Tout public, entrée libre.


Médiathèque F. Mitterrand

Boulevard Danielle Casanova, Sète

Exposition Sylvain Wlad

Du 17 au 24 juin

Église Saint-Hippolyte à Loupian


Il y a des gens qui prennent des photos. Et puis il y a ceux qui regardent vraiment les autres. Depuis l’âge de 12 ans, Sylvain Wlad appartient à cette seconde famille, plus rare, celle des chasseurs d’émotions discrètes et des collectionneurs de regards fugaces. Chez lui, l’appareil photo n’est jamais une barrière. C’est presque l’inverse : un prétexte à la rencontre. On imagine facilement le silence avant le déclic, les hésitations qui tombent, les visages qui se détendent peu à peu. Ses portraits ne cherchent ni l’effet spectaculaire ni la pose parfaite. Ils préfèrent les vérités simples : une lumière qui glisse sur un front, une main un peu nerveuse, un sourire qui arrive en retard. Chaque cliché semble dire qu’un visage est déjà une histoire entière, inutile d’en rajouter. Cette exposition ressemble ainsi moins à une galerie qu’à une promenade humaine. On y passe de regard en regard comme on feuillette un carnet de rencontres. Et dans une époque pressée de tout classer en quelques secondes, ces photographies rappellent doucement qu’il faut parfois ralentir pour vraiment voir quelqu’un.


Tous les jours 10h-12h et 18h-19h30

Vernissage le Vendredi 17 Juin à 18h30


Église Saint-Hippolyte

5 rue Anatole France, Loupian

More Candles, More Troubles

Exposition Baptiste Eybert

Jusqu’au 24 juillet

Espace Le Kiasma à Castelnau-le-Lez


Baptiste Eybert pratique les coutures, les accrocs, les tissus fatigués et les vêtements oubliés. Dans ses mains, une manche usée peut devenir un paysage mental, un vieux drap une apparition, un morceau de tissu une mémoire qui refuse de disparaître. Ses collages textiles ressemblent à des rêves qu’on aurait recousus au réveil. On y croise des silhouettes incomplètes, des fragments flottants, des formes qui hésitent entre le corps et le fantôme. Le surréalisme n’est jamais loin, mais un surréalisme domestique, presque intime, né d’objets qui ont déjà vécu une autre vie avant d’entrer dans l’atelier. Chez ce fripeur, recycler n’a rien d’un simple geste écologique. C’est une manière de sauver des traces, de transformer les restes du quotidien en archéologie sensible. Chaque couture semble relier plusieurs temps à la fois : celui du vêtement porté autrefois, celui du geste artistique, et celui du regardeur qui tente de recomposer l’histoire. Ses nouvelles sculptures prolongent cette étrange poésie des vestiges. On dirait des fossiles élégants, des parures venues d’une civilisation rêvée, des reliques contemporaines échappées d’un futur ancien. Avec More Candles, More Troubles, première exposition monographique de Baptiste Eybert, le MO.CO. Montpellier Contemporain et Kiasma ouvrent une porte vers un monde où les matières usées continuent discrètement de rêver.


Entrée Libre
Du mardi au vendredi 14h-18h, samedi 9h-12h30 (hors vacances scolaires).
Contact 04 67 14 19 06 


Espace Le Kiasma

1 Rue de la Crouzette, Castelnau-le-Lez

Un autre regard sur Sète

Exposition photographique Michel Brel

Samedi 6 et dimanche 7 juin

Foyer de la Pointe Courte à Sète


Le Pointu Michel Brel photographie Sète comme d’autres parlent d’un amour ancien : avec fidélité, malice et une légère obsession. Il faut dire qu’il vient de la Pointe-Courte, ce bout du monde sétois où le vent connaît les noms des habitants et où les filets de pêche semblent encore raconter des histoires. Il y a gardé un regard tourné vers l’eau et la lumière. Mais Michel Brel ne se contente pas de marcher dans Sète : il la survole. Ses photographies aériennes offrent à l’Île singulière des airs de maquette vivante, coincée entre ciel et mer, entre géométrie des quais et désordre poétique des toits. Mises en parallèle les images anciennes semblent ralentir le temps. Les ombres s’allongent, les rues retrouvent quelque chose du vieux cinéma méditerranéen. Entre nostalgie légère et mémoire populaire, Michel Brel compose un dialogue permanent entre la ville d’hier et celle d’aujourd’hui. Son exposition ressemble finalement à une promenade menée par un amoureux incurable de Sète. Un guide affectueux, un peu rêveur, qui nous rappelle qu’ici chaque quartier possède son accent, chaque canal son humeur et chaque vue aérienne un parfum d’évasion.


Entrée libre

10h-12h et 13h-19h


Espace de l’amitié Louis Roustan,

Traverse des Pêcheurs de la Pointe-Courte, Sète

Feuilletez et commander La véritable histoire de la Tiella de Gaète Feuilleter et commander La cuisine sétoise de Jean Brunelin

Le design selon Pierre Paulin (1927-2009)

Du 27 juin au 1er novembre

Musée Fabre à Montpellier


Il suffit parfois d’un fauteuil pour raconter une époque. Avec Pierre Paulin, les sièges ressemblent à des sculptures futuristes tombées dans le salon des Trente Glorieuses. Ses célèbres Mushroom, Ribbon ou Tongue Chair ont beau dater des années 60, elles semblent encore sorties d’un film de science-fiction optimiste où l’on imaginait que le futur serait souple, coloré et confortable. Le Musée Fabre consacre aujourd’hui sa première grande exposition au design avec un parcours aussi élégant que ludique. On y découvre un Pierre Paulin inventeur de formes, mais aussi observateur attentif des nouvelles façons de vivre, de s’asseoir, de recevoir et même de rêver. Le fumoir de l’Élysée, exceptionnellement présenté hors de Paris, dialogue avec des installations immersives et un étonnant Vidéo Barnum imaginé comme une expérience sensorielle avant l’heure. Entre pop culture, modernité présidentielle et utopies domestiques, l’exposition rappelle qu’un bon designer ne dessine pas seulement des meubles : il dessine aussi nos habitudes, nos gestes et parfois même notre idée du bonheur.


Ouvert du mardi au dimanche 11h-18h

Plein tarif 12€

Pass métro et tarif réduit 9€
Billetterie

Contact 04 67 14 83 00
musee.fabre@montpellier.fr


Musée Fabre

Boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier

Zaha Hadid & Gerhard Richter
Jusqu’au 31 mars 2027

La Tour LUMA à Arles


À LUMA Arles, une exposition nous rappelle que Zaha Hadid ne construisait pas seulement des bâtiments spectaculaires. Elle dessinait des futurs possibles, à coups de courbes audacieuses et de peintures presque en apesanteur. Carnets, esquisses, archives et vidéos dévoilent une créatrice qui pensait l’architecture comme un terrain de jeu expérimental, bien avant que les ordinateurs ne suivent ses idées. Entre art contemporain et science-fiction élégante, le parcours ressemble à une traversée mentale où les villes flottent, les perspectives basculent et les murs refusent obstinément de rester sages. 

Avec Gerhard Richter, un paysage, un portrait de famille ou un souvenir de vacances peuvent soudain recevoir une coulée de peinture, un voile gris, une trace imprévisible qui brouille tout. Et c’est précisément là que commence le trouble. Dans ses célèbres Overpainted Photographs, Richter transforme des images ordinaires en objets incertains, quelque part entre peinture et photographie, mémoire et effacement. On croit reconnaître une scène, puis la couleur surgit, glisse, cache ou révèle autre chose. L’exposition montre combien Richter aime déranger notre regard avec douceur. Ses œuvres ressemblent à nos souvenirs : fragmentaires, mouvants, parfois flous, mais étrangement persistants.


Réservez

La Tour, Galerie des Archives Vivantes, Niveau -2

La Tour, Galerie du Cerisier, Niveau -2

Ouvert du mercredi au lundi 10h-18h
Fermé les mardis


LUMA Arles

Parc des Ateliers,
35 avenue Victor Hugo, Arles

Les Estivales de Fabrègues

Du 2 au 30 juin

Place de la Mairie à Fabrègues


À Fabrègues, le mois de juin commence à sentir doucement l’été, les coquillages et les concerts en plein air. Chaque mardi soir, la place de la mairie se transforme en grande tablée conviviale où l’on vient autant pour grignoter que pour refaire le monde entre voisins, amis et inconnus devenus compagnons d’apéritif. Les Estivales mélangent avec bonheur les saveurs d’ici et d’ailleurs : encornets en persillade, fougasses, fromages fermiers, cuisine végétale, hamburgers ou douceurs sucrées. Le tout accompagné de vins et bières héraultais qui rappellent que, dans le sud, la convivialité est un sport local. Ajoutez un groupe de musique différent chaque semaine, quelques tables apportées de la maison, des enfants qui courent entre les stands et un ciel de juin qui tarde à s’éteindre… et vous obtenez l’une des plus agréables façons d’entrer dans l’été.


Animations de 19h à 23h :

Mardi 2 juin : Sweet Melody

Mardi 9 juin : Octane

Mardi 16 juin : La Kémia de la palmeraie

Mardi 23 juin : K-Hello

Mardi 30 juin : Soirée surprise !


Place de la Mairie

Rue de la Mairie, Fabrègues

Sorolla, Maître de la lumière

Jusqu’au 13 septembre

Hôtel d’Assézat à Toulouse


Entrer dans l’exposition consacrée à Joaquín Sorolla, c’est un peu comme ouvrir soudain les volets en plein été méditerranéen. À la Collection Bemberg, la lumière éclabousse les toiles, les robes blanches flottent au vent, les enfants jouent au bord de l’eau et les jardins semblent respirer sous le soleil espagnol. Surnommé le peintre de la lumière, Sorolla avait ce talent rare : rendre la chaleur visible. Chez lui, l’ombre n’est jamais triste et même les scènes les plus simples prennent des airs de vacances éternelles. Portraits de famille, plages baignées de soleil, silhouettes saisies dans un éclat fugitif… tout semble vivant, presque en mouvement. Le décor ajoute encore au charme. Installée dans le somptueux Hôtel d'Assézat, joyau Renaissance imaginé par Nicolas Bachelier en 1555-1557, l’exposition crée un dialogue élégant entre la pierre toulousaine et la Méditerranée de Sorolla.


Du mardi au dimanche 10h-18h

Billetterie


Fondation Bemberg

Hôtel d’Assézat

Place d’Assezat, Toulouse

Jiang Qiong Er

Le souffle du temps

À partir du 19 mai

Narbo Via à Narbonne


Le musée Narbo Via souffle ses cinq bougies avec panache et un joli sens de la fête. Pour l’occasion, l’Antiquité sort de sa réserve et invite l’art contemporain à la danse. Résultat : un anniversaire où statues romaines et créatures mythiques imaginées par Jiang Qiong Er cohabitent avec grâce et curiosité. On déambule entre passé et présent, guidé par un parcours artistique plein de symboles et de poésie. Et soudain, surprise : la danse s’en mêle. Avec le chorégraphe Sylvain Groud, le musée devient scène vivante, les visiteurs spectateurs… et parfois danseurs. Clou du spectacle : un bal participatif où chacun peut entrer dans le mouvement. Ici, on ne se contente pas de regarder l’histoire, on la vit. Une célébration joyeuse, où patrimoine et création s’accordent pour souffler un vent résolument vivant.


Bal participatif gratuit : mardi 19 mai 19h-22h

Ouvert du mardi au dimanche 10h-18h

Contact : 04 68 90 28 90


Narbo Via

2 avenue André Mècle, Narbonne

Carte blanche à Ernest Pignon-Ernest

Jusqu’au 15 novembre

Musée Ziem à Martigues


Depuis plus de soixante ans, Ernest Pignon-Ernest transforme les murs en pages de mémoire. Pas besoin de musée à ciel fermé pour lui : les rues, les façades décrépites, les ruelles populaires ou les murs d’usines lui suffisent largement. Ses silhouettes grandeur nature apparaissent comme des fantômes bienveillants venus réveiller les consciences, rappeler une lutte, un poème ou une blessure collective. Au Musée Ziem, cette grande rétrospective retrace un parcours où l’art et l’engagement avancent toujours main dans la main. Des premiers collages contre la force nucléaire sur le plateau d’Albion jusqu’à Haïti, Soweto ou le Proche-Orient, Ernest Pignon-Ernest n’a cessé de faire dialoguer le dessin avec l’histoire humaine. L’exposition possède aussi une saveur particulière à Martigues, où subsistent encore les traces de ses interventions des années 1980. Entre archives inédites, photographies, sérigraphies et témoignages d’habitants, le visiteur découvre un artiste qui travaille autant avec le papier qu’avec la mémoire collective. Chez lui, l’éphémère laisse décidément de très longues traces.


Ouvert du mercredi au dimanche 14h-18h

Contact 04 42 41 39 60

musee@ville-martigues.fr


Musée Ziem

9 boulevard du 14 juillet, Martigues

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 25 août 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
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