LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

400 ANS DE LA MARINE NATIONALE

Escale à Sète du 31 mars au 6 avril


Quatre siècles après sa fondation par Richelieu, la Marine nationale continue d’incarner la puissance maritime de la France. Dans le port de Sète, les grands récits de la marine de guerre croiseront les histoires plus modestes mais tout aussi essentielles des marins, pêcheurs et migrants. Les anciens gréements vont s’afflanquer avec les bâtiments modernes. L’Italie, invitée d’honneur de cette édition, donnera à cette rencontre une dimension intime. Les pêcheurs venus de Campanie, de Calabre ou des Pouilles, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ont irrigué l’identité sétoise, façonné le port et ses traditions. En réunissant la France et l’Italie autour de leurs traditions navales, Sète rappelle une évidence : les grandes histoires nationales s’écrivent aussi dans les ports, au contact des autres, là où les frontières deviennent des passerelles.


Les deux navires de la Marine nationale présents à Escale à Sète :

La Loire (70m), BSAM (Bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain) amarré quai du Maroc à partir du jeudi 2 avril (14h), sert de soutien des forces, sauvegarde des personnes et des biens et soutien des moyens maritimes.

L’Étoile (37,5m), goélette à hunier, servit de voilier-école avec son sister ship la Belle poule en 1940, symbole de la France libre.

Village 400 ans de la Marine nationale : à 18h30 inauguration au son du Bagad de Lann-Bihoué suivi d’un grand concert à 21h30


Billetterie Escale à Sète

Télécharger l’application Escale à Sète 2026 :

Sur Google Play

Dans l’App Store

Rencontre et dédicace de Cosmo Di Russo

La véritable histoire de la Tiella de Gaète

Jeudi 2 avril à 17h

À bord du chalutier Louis Nocca à Sète


L’auteur Cosmo Di Russo, avec son regard et son expérience d’historien amoureux de sa ville de Gaète, nous livre avec passion un récit autour de la Tiella qui traverse les siècles, de la Rome antique à nos jours. À travers ses recherches, et suite aux riches échanges qu’il a partagé avec quelques descendants des premiers Italiens de Sète, l’auteur replace l’histoire de la tielle pendant cette période et nous livre quelques unes des recettes les plus emblématiques de cette tourte magique. 


La véritable histoire de la Tiella de Gaète

Son origine et ses recettes par Cosmo Di Russo

20 € | ISBN : 9-782487-131545

Format : 21 x 21 cm | 84 pages

Date de parution : mars 2026

Feuilleter et commander le livre ici

Contact 06 10 69 21 36


Chalutier Louis Nocca

Quai Général Durand, Sète

Rencontre et dédicace de Pasqualino Frigau

La Dernière Cène de Leonardo Da Vinci

Lundi 6 avril à 18h

Chez Melo à Sète


Musicien averti, le musicologue, compositeur et auteur Pasqualino Frigau perçoit, dans la Dernière Cène des accords secrets, une harmonie… musicale. Dans ses pages, l’œuvre ne se fait pas seulement admirer, elle se fait entendre et nous joue sa partition. Rien n’y est fortuit : les plis de la nappe, le plan de table, celui des apôtres. Des QR-codes vous feront entendre ce que Léonard de Vinci a caché dans la composition de sa peinture. L’auteur, dans son livre, rend un hommage au peintre, inventeur, penseur et compositeur espiègle d’une musique que seul l’œil devine. Elle traversera son œuvre peinte, tapie dans le sourire de la Joconde ou le silence vibrant de la Dernière Cène.


La Dernière Cène de Leonardo Da Vinci

Ultimes secrets révélés

Préface de Paul Saint Bris

20 € | ISBN : 9-782487-131415

Format : 30 x 21 cm | 84 pages

Date de parution : février 2026

Feuilleter et commander le livre ici

Contact 09 51 70 32 35


Restaurant Chez Melo

26 rue Alsace-Lorraine, Sète

Festival du dessin

Viva l’Italia

Du 18 avril au 17 mai

Arles


Avec Viva l’Italia ! le Festival du Dessin d’Arles 2026 promet un joyeux voyage au cœur du génie graphique italien. Exit l’image un peu figée de la Renaissance : ici, on plonge dans un XXᵉ siècle foisonnant, audacieux, parfois déroutant, mais toujours inspiré. Grâce à la Collezione Ramo, le dessin italien se dévoile dans toute sa vitalité, des futuristes aux artistes de l’Arte povera, en passant par les univers métaphysiques de Giorgio de Chirico.

Le parcours fait dialoguer les époques et les disciplines : les célèbres gravures de Giovanni Battista Piranesi côtoient les traits de cinéastes comme Federico Fellini ou d’écrivains tels que Dino Buzzati. La bande dessinée n’est pas en reste avec Guido Crepax, tandis que des artistes contemporains comme Lorenzo Mattotti ou Chiara Gaggiotti prolongent cette effervescence.

Mais le festival ne s’arrête pas à cette exposition phare : une quarantaine de propositions monographiques essaimeront dans Arles, transformant la ville en carnet de croquis à ciel ouvert. Des figures historiques aux artistes plus confidentiels, chacun trouvera de quoi aiguiser son regard. Ajoutez à cela des focus sensibles — notamment autour de Ceija Stojka — et une incursion dans la collection de Marin Karmitz, et vous obtenez un festival à la fois érudit et accessible. En somme, Viva l’Italia ! célèbre un art du trait libre, vivant, et furieusement contemporain. De quoi redessiner, avec légèreté, notre regard sur l’Italie. Cette quatrième édition bénéficie du soutien d’un président d’honneur bardé de trophées, Éric Cantona, ancien footballeur, comédien et… grand collectionneur d’art.


Billetterie

Place de la République, tous les jours 9h30-18h

Acheter un pass toutes expositions

Infos pratiques

L’Amadeus et les éditions Audasud & L’An Demain vous accueillent durant Escale à Sète à bord de cet ancien morutier, plus vieux gréement sétois, mis à l’eau en 1913 et amarré à son port d’attache, quai de la République à Sète.

Concert Les Amis de Brassens avec Bruno Granier

Vendredi 10 avril à 20h30

Salle F. Bazille à St-Clément-de-Rivière


Vendredi 10 avril, quand l’horloge aura sonné les huit coups et demi du soir, du côté de Saint-Clément-de-Rivière, on verra débarquer un drôle d’équipage. À la barre : Bruno Granier, cousin du fameux moustachu sétois, qui n’a pas oublié de mettre dans sa valise quelques chansons du grand Georges — celles qui traînent encore dans les cafés et dans la tête des gens. Avec ses compères de trio, il les rhabille un brin, pas trop quand même — juste ce qu’il faut pour leur donner un air de swing, un peu à la manière du grand Django Reinhardt qui faisait danser les cordes comme d’autres racontent des histoires. Les guitares bavardent, la contrebasse ronronne, et les refrains, eux, se laissent reprendre par le public sans faire les difficiles. Qu’on se rassure : l’esprit du vieux Georges plane toujours au-dessus de l’affaire. Et puis, entre deux chansons connues, voilà que surgissent aussi quelques airs nouveaux, posés sur des mots tout frais, comme des clins d’œil au patron. Bref, un moment de musique à partager sans façons, entre jeunes pousses et vieux briscards, où l’on se souvient que les chansons, quand elles sont bien faites, ne prennent jamais une ride.

Avec à bord : Bruno Granier, chant et guitare rythmique ; Philippe Lafon, guitare et mandoline ; Laurent Clain, contrebasse 


Tarifs : 17 € / 15 € en prévente jusqu’au 27 mars inclus

Réduit 13 € (étudiants, demandeurs d’emploi, adhérents à l’association J’ai Rendez-vous avec vous)

Gratuit pour les moins de 18 ans

Billetterie en ligne (de préférence)

Vente OT Grand Pic Saint-Loup Parc Saint-Sauveur à Saint-Clément-de-Rivière

Sur place à partir de 19h30 par CB de préférence, chèque ou espèces

Réservation possible 07 87 93 97 26

Contact Association J’ai rendez-vous avec vous

contact@jairendezvousavecvous.fr
www.jairendezvousavecvous.fr


Salle Frédéric Bazille

Boulevard de la Colline, Saint-Clément-de-Rivière

11/Le petit s’en va, le grand vient. La paix

Photographies de Agnès L.
Jusqu’au 11 avril

Espace Rio à Montpellier


À l’Espace Rio, il ne s’agit pas simplement d’entrer dans une exposition, mais de franchir un seuil. Celui que propose Agnès L. avec 11. Le petit s’en va, le grand vient. La paix ressemble moins à une visite qu’à une initiation douce, presque murmurée. On y avance comme dans un rêve dont on reconnaîtrait les symboles sans jamais les avoir appris. L’artiste marche dans les pas d’un vieux récit que Joseph Campbell appelait le monomythe — cette trame invisible où chaque être, un jour, quitte quelque chose pour devenir autre. Ici, pas de dragons ni d’épées, mais des fragments : une carte, un bleu persistant, une trace d’enfance. Et surtout, une manière de regarder qui transforme le réel en territoire intérieur.

Les images d’Agnès L. ne documentent pas : elles transmutent. Cyanotypes, photogrammes, matières lentes — tout semble conspirer pour suspendre le temps. On croit reconnaître la Méditerranée, l’écho d’Ulysse ou l’élan d’Icare, mais ces figures ne sont que des ombres portées sur une quête plus intime. Celle d’une paix qui ne se décrète pas, mais se traverse. Il y a, dans ce travail, une fidélité à l’enfance et une lucidité d’adulte. On ressort de là un peu déplacé, comme après un long voyage sans bagages.


Ouvert du mardi au samedi 10h-12h30 et 14h-19h

Plus d’infos : art.agnesl.fr


Espace Rio

11 rue Jacques Cœur, Montpellier

Café littéraire : rencontre avec Carole Martinez

Mercredi 15 avril à 18h

Médiathèque F. Mitterrand à Sète


Dans le cadre de son Café littéraire, Tino Di Martino accueillera Carole Martinez, venue présenter son dernier roman, Dors ton sommeil de brute, publié en 2026 chez Gallimard. Depuis ses débuts, Carole Martinez tisse une œuvre singulière, entre conte et roman, où le réel se fissure pour laisser passer le merveilleux. On se souvient de Le Cœur cousu, succès porté par la ferveur des lecteurs et couronné de nombreux prix, ou encore de Du domaine des Murmures, qui lui valut le Prix Goncourt des lycéens en 2011. À chaque livre, elle convoque des voix anciennes, souvent féminines, héritées d’une mémoire intime nourrie par les récits de sa grand-mère.

Avec Dors ton sommeil de brute, son cinquième roman, l’autrice explore une veine nouvelle : une fable écologique aux accents dystopiques, où les enfants du monde deviennent les mystérieux messagers d’un désordre imminent. Sous sa plume, l’inquiétude du futur prend des allures de conte noir, traversé d’éclats poétiques.


Médiathèque F. Mitterrand

Boulevard Danielle Casanova, Sète

330 ans, la folle journée

Balade gastronomique

Dimanche 26 avril

Château de Faugergues à Montpellier


Il est des dimanches qui ont le goût des fêtes anciennes, des tables généreuses et des histoires que l’on partage en marchant. Le 26 avril, le Château de Flaugergues ouvrira ses allées pour une balade gastronomique pas comme les autres: 330 ans, la folle journée. Dans ce domaine chargé d’histoire, où les pierres murmurent encore le XVIIe siècle, les visiteurs seront invités à une déambulation gourmande, rythmée par des haltes savoureuses et des découvertes culinaires. Ici, la gastronomie devient récit : chaque plat évoque une époque, chaque saveur raconte un fragment de ces trois siècles d’existence.

Au fil des jardins et des salons, cette folle journée promet une expérience sensorielle complète, entre patrimoine et plaisirs de la table. On imagine déjà les verres qui tintent sous les arbres, les conversations qui s’animent, et les arômes qui flottent dans l’air printanier de Montpellier.

Plus qu’une simple dégustation, c’est une invitation à voyager dans le temps, à célébrer 330 ans d’élégance et de convivialité. Une parenthèse où l’histoire se savoure autant qu’elle se raconte, et où l’on repart avec, en bouche, le souvenir d’un dimanche hors du commun.


De 11h30 à 17h30

Tarifs : à partir de 75€

Voir tous les tarifs

Billetterie


Château de Flaugergues 

1744 avenue Albert Einstein, Montpellier

Exposition Sol #3 !

Jusqu’au 3 mai

La Panacée à Montpellier


Avec Sol #3, la Biennale du Territoire explore les strates de la création en Occitanie. Déployée également au MO.CO. et au musée Fabre, l’exposition propose un parcours pluridisciplinaire qui met en regard héritage académique et pratiques contemporaines. Peintures et sculptures d’artistes locaux et régionaux composent un panorama vivant, où se croisent filiations, ruptures et expérimentations. La figure de l’atelier, la question de la transmission et les hybridations entre disciplines structurent l’ensemble, dessinant une histoire en mouvement plutôt qu’un récit figé. Loin de toute nostalgie, Sol #3 ! interroge ce que l’École des beaux-arts a transmis — et ce que les artistes en font aujourd’hui. Une exposition ouverte, curieuse et ancrée dans son territoire, à l’image de la scène montpelliéraine qu’elle met en lumière.


Ouvert du mardi au dimanche 11h-18h

Billetterie MO.CO. Panacée


MO.CO. Panacée

14 rue de l'École de Pharmacie, Montpellier

Centenaire de L’Anartiste

René François Grégogna
La Pop Galerie à Sète

Médiathèque et musée Vulliod St-Germain à Pézenas


La Pop Galerie accueille L’Anartiste, une proposition singulière de René François Grégogna (1926-2011), en écho aux expositions Grégogna, 100 ans de multitudes à la Médiathèque de Pézenas et Grégogna, Escapade au Musée Vulliod Saint-Germain. Derrière ce mot-baluchon se dessine tout un manifeste : celui d’un créateur qui refuse les cadres trop étroits et revendique une liberté farouche. Chez Grégogna, l’art ne se laisse ni dompter ni définir. Il surgit là où on ne l’attend pas, mêlant formes, matières et idées dans un geste à la fois instinctif et réfléchi. Dans ces expositions, les œuvres dialoguent avec le regard du visiteur, l’invitant à abandonner ses certitudes. On y perçoit une tension fertile entre chaos et harmonie, comme si chaque pièce cherchait son propre équilibre sans jamais renoncer à sa part d’indiscipline.

Ces hommages s’inscrivent dans une tradition vivante : celle d’une région ouverte aux artistes qui osent. Un centenaire et une expérience — un pas de côté, une respiration, trois invitations à repenser ce que peut encore être l’acte de créer aujourd’hui.


Jusqu’au 11 avril : Grégonia l’Anartiste

La Pop Galerie

Contact 06 16 45 16 18
16 quai du Pavois d’Or, Sète


Jusqu’au 15 avril : Grégogna, cent ans de multitudes

Médiathèque de Pézenas

Mardi, mercredi, vendredi 9h30-12h et 14h-18h30, samedi 9h30-12h et 14h-17h. 

Contact 04 67 98 92 98 / mediatheque@agglohm.net

4 place Frédéric Mistral, Pézenas


Jusqu’au 30 mai : Grégogna, escapade au Musée

Musée Vulliod Saint-Germain

Du mardi après-midi au samedi 10h-12h30 et 14h30-18h

28 mars à 17h30 : vernissage 

Contact 04 67 98 90 59

3 rue Albert-Paul Alliès, Pézenas

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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Ce bulletin culturel est publié par Audasud

8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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