LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE FÉVRIER

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

UN NOUVEAU PARCOURS

Jusqu’au 29 mars

Musée Réattu à Arles


À Arles, les surprises sont une tradition locale. Après Luma, Van Gogh, Lee Ufan et les Rencontres de la photographie, le musée Réattu se refait une beauté — intérieure surtout. Fermé deux mois à l’automne 2025, il rouvre avec un tout nouveau parcours qui abandonne la chronologie sage pour une promenade thématique, curieuse et vivante. Ici, près de 100 artistes et 300 œuvres dialoguent sans tenir compte des siècles ni des hiérarchies. L’art ancien croise la photographie, la vidéo, le sonore, la sculpture ou la peinture moderne. Réattu, pionnier de la photographie en musée, assume pleinement cette hybridation joyeuse. Cinq thèmes structurent la visite — Histoire, Portrait, Corps, Paysage, Image — autant de portes d’entrée pour faire se répondre un anonyme barbu façon Tintoret, Virginia Woolf par Gisèle Freund ou une Gueule d’Antique d’Hervé Hôte. Certaines salles deviennent de véritables expériences : une chambre d’écoute électro-acoustique inspirée du Rhône, des nus scannés grandeur nature, des colonnes-cargaisons en céramique dialoguant avec les maîtres anciens. Moment fort : la redécouverte d’un grand tableau restauré de Jacques Réattu, montré pour la première fois depuis plus de 80 ans. Un parcours foisonnant, sensible et audacieux. Réattu joue clairement dans la cour des grands — comme sa ville.


Ouvert du mardi au dimanche 10h-17h

Plein tarif : 8 € - Réduit : 6 €

Gratuité sur justificatifs

Billet couplé musée Réattu + Fondation Vincent van Gogh : 12 €

Contact 04 90 49 37 58


Musée Réattu

10 rue du Grand Prieuré, Arles

Untitled Nudes et Arlésiennes

Exposition Katerina Jebb

Jusqu’au 29 mars

Musée Réattu à Arles


Avec Réattu Réinventé, le Musée Réattu poursuit son dialogue fertile entre art ancien et création contemporaine. Invitée à inaugurer la Galerie gothique, nouvel espace dédié aux projets photographiques, Katerina Jebb y présente sa série Untitled Nudes, accompagnée, au deuxième étage, des portraits des Arlésiennes récemment entrés dans les collections. Ces corps recomposés, issus d’un long processus de scan, évoquent autant la peinture classique que la froide précision technologique. Exposées sans verre, à taille réelle, les œuvres imposent une présence physique troublante et dialoguent finement avec les antiques comme avec les salles voisines consacrées au corps. Le fragment, la lenteur, le temps long de la fabrication remplacent ici l’instant décisif de la photographie. Une proposition exigeante, subtilement mise en scène, qui confirme la cohérence et l’ambition du nouveau parcours du Réattu.


Une rencontre privilégiée avec Katerina Jebb au Musée Réattu est annoncée pour le jeudi 26 mars 2026 à 18h30.

Sur réservation uniquement auprès du Musée


Musée Réattu

10 rue du Grand Prieuré, Arles

Immersion Urbaine

Jusqu’au 1er mars

Galerie Parcelle473 à Montpellier


À Montpellier, Immersion Urbaine fait du recyclage un terrain de jeu artistique. Parcelle473 se transforme en laboratoire d’art contemporain où 19 artistes détournent matériaux récupérés et objets urbains en sculptures et installations poétiques. L’exposition se visite comme une déambulation immersive : la ville y est déconstruite, réassemblée, rêvée autrement. Béton, métal, fragments du quotidien deviennent formes sensibles, parfois ludiques, parfois critiques. Particularité bienvenue, le parcours évolue au fil des mois, avec de nouvelles œuvres venant régulièrement bousculer le regard. Présentée dans le cadre du Réveillon 2025 à Montpellier, Immersion Urbaine brouille les frontières entre musée, friche et espace d’expérimentation. Les œuvres, toutes proposées à l’acquisition, prolongent l’expérience au-delà de la visite. Une exposition vivante, inventive et résolument urbaine, où le rebut se fait ressource et l’imaginaire prend le dessus.


Ouvert du mardi au samedi 11h-18h

Dimanche 14h-18h

Contact 06 66 02 69 29


Galerie Parcelle473 

425 avenue des Frères Buhler, Montpellier

Exposition Sol #3 !

Jusqu’au 3 mai

La Panacée à Montpellier


Avec Sol #3, la Biennale du Territoire explore les strates de la création en Occitanie. Présentée du 31 janvier au 3 mai à La Panacée, et déployée également au MO.CO. et au musée Fabre, l’exposition propose un parcours pluridisciplinaire qui met en regard héritage académique et pratiques contemporaines. Peintures et sculptures d’artistes locaux et régionaux composent un panorama vivant, où se croisent filiations, ruptures et expérimentations. La figure de l’atelier, la question de la transmission et les hybridations entre disciplines structurent l’ensemble, dessinant une histoire en mouvement plutôt qu’un récit figé. Loin de toute nostalgie, Sol #3 interroge ce que l’École des beaux-arts a transmis — et ce que les artistes en font aujourd’hui. Une exposition ouverte, curieuse et ancrée dans son territoire, à l’image de la scène montpelliéraine qu’elle met en lumière.


Ouvert du mardi au dimanche 11h-18h

Billetterie MO.CO. Panacée


MO.CO. Panacée

14 rue de l'École de Pharmacie, Montpellier

FINALE DU TROPHÉE GEORGES BRASSENS 2026

Vendredi 27 février à 20h au Conservatoire Manitas de Plata

Venus des quatre coins de la francophonie, les finalistes monteront sur la scène sétoise pour défendre leurs créations originales. Ils devront convaincre un jury composé de professionnels de l’industrie musicale, mais aussi séduire un public toujours plus nombreux et passionné. Pour marquer ce dixième anniversaire, Benjamin Biolay a accepté de parrainer cette édition anniversaire.

Tarif unique : 20 €

Réservation obligatoire

Télécharger le programme 2026

Site officiel du Club Georges Brassens : clubgeorgesbrassens.fr

Expo Photo :  Regard sur la Femme

Jusqu’au 21 mars

Domaine Départemental Pierresvives à Montpellier


Avec Regard sur la Femme, Nathalie Palacin propose une exploration sensible du corps et de l’identité féminine à travers dix photographies issues de séances de bodypainting. Présentée du 3 au 21 mars 2026 à la Médiathèque de Montpellier, au Domaine de Pierresvives, l’exposition transforme la peinture corporelle en langage visuel. Chaque image joue avec les matières, les couleurs et le mouvement pour célébrer une beauté plurielle, loin des normes figées. Les corps deviennent surfaces d’expression, affirmations intimes autant que poétiques. Plus qu’un simple travail esthétique, l’accrochage met en lumière la relation de confiance entre l’artiste et ses modèles, toutes issues de son entourage. L’ensemble invite à une immersion douce et engagée, où l’image ne capture pas seulement des formes, mais des présences. Une exposition à taille humaine, attentive et profondément incarnée.


Ouvert du mardi au samedi 10h-19h

Contact 04 67 67 30 00


Domaine Départemental Pierresvives

907 rue du Professeur Blayac, Montpellier

Conférence Loïc Robinot

Concert Chœur Brassens
Dimanche 15 février à 15h

Espace Georges Brassens à Sète


À Sète, l’Espace Georges Brassens déroule de janvier à mars une programmation aussi généreuse que fidèle à l’esprit du poète. Conférences, concerts, visites commentées et ateliers familiaux composent un cycle vivant, placé sous le signe de la transmission et du plaisir des mots. Le parcours s’ouvre avec une conférence de Loïc Robinot consacrée à Brassens façonneur de mots, se poursuit par une plongée dans sa bibliothèque singulière et s’enrichit de concerts, dont celui de la chorale Chœur Brassens, joyeuse et fédératrice. Le jeune public n’est pas oublié, invité à jouer avec les textes du chanteur lors d’ateliers créatifs. Visites guidées, chansons post-folk, manuscrits commentés : la programmation explore les multiples héritages littéraires et musicaux de Brassens. Un rendez-vous convivial et sensible, à l’image de l’artiste et de sa ville.


En partenariat avec l’association Cap Brassens.

Réservations obligatoires : reservationbrassens@ville-sete.fr

Plus d’infos : ville-sete.fr

Contact 04 99 04 76 26


Espace Georges Brassens

67 boulevard Camille Blanc, Sète

Exposition Spectre du visible d’Yves Gallard

Jusqu’au 18 avril

Le Spot à Nîmes


À Nîmes, le Spot accueille Spectre du visible, une exposition d’Yves Gallard consacrée à la couleur comme expérience sensible. Entre peintures murales et travaux d’atelier, l’artiste explore les jeux de lumière, de vibration et de perception, invitant le regard à se déplacer et à s’ajuster. Nourrie par l’observation du quotidien — reflets, ombres, lignes mouvantes — sa peinture glisse vers une abstraction géométrique précise, héritée à la fois du graffiti et des outils de l’architecte. Transparences, superpositions et effets optiques transforment les surfaces en champs actifs, presque vivants. Installé à Bruxelles, Gallard mène aussi des projets collectifs dans l’espace public, où la couleur devient outil de dialogue et de convivialité. Au Spot, cette recherche se déploie librement, dans un parcours ouvert et immersif, où l’œil devient le véritable protagoniste.


Ouvert jeudi, vendredi, samedi 14h-21h

Contact 04 66 36 85 64

Plus d’infos : lespot-nimes.fr


Le Spot

8 rue de l'Enclos Rey, Nîmes

Songes du large

Expo photo Sandrine Manière

Jusqu’au 15 février

Open Space à Sète


La galerie Open Space à Sète accueille Songes du large, une odyssée photographique signée Sandrine Manière. Après treize années d’itinérance, l’artiste y déploie un univers envoûtant, où chaque image capture des fragments fugaces du réel avec son smartphone, unique outil choisi pour sa spontanéité et sa proximité. Entre rives et dérives, ses compositions superposent instants et détails imperceptibles, créant des images où la force des éléments côtoie la sérénité intérieure. L’approche intuitive de Manière mêle hasard et maîtrise, donnant naissance à une poésie visuelle où le temps semble suspendu et chaque cliché devient invitation au voyage et à la contemplation. Dans ce lieu d’échange qu’est Open Space, les visiteurs sont invités à se laisser porter, dialoguer avec les œuvres et s’immerger dans cette expérience intime et onirique.


Ouvert du lundi au samedi 10h-18h
Dimanche 15h-18h
Les horaires peuvent varier en fonction des expositions et des événements organisés

Contact 06 42 75 01 26 / openspacesete@gmail.com

Plus d’infos : www.openspacesete.com


Open Space

8 rue Garenne, Sète

Sculptures dans la ville - La Genèse

Exposition de sculptures

Jusqu’au 29 mars

Cœur de ville d’Agde


20 sculpteurs et 30 sculptures réunis par la ville d’Agde et Art Lab City autour d’un parcours qui vous emmène du platinage côté pont Maréchaux jusqu’aux remparts d’Agde en passant par les rues Honoré Muratet, Louis Bages et Jean Roger sans oublier bien sûr la Promenade. Un dialogue artistique avec les bâtiments historiques et les maisons en pierres de basalte typiques d’Agde. À côté de ces sculptures monumentales qui prendront place pour une année dans les rues de la cité agathoise, l’espace Molière accueillera une exposition d’œuvres de petites échelles. Des sculptures de petits et moyens formats qui vous permettront d’appréhender le travail créatif des artistes sous un autre angle.

Les artistes : Catherine Arniac • Christian Armandy • Valérie Billet • François Canart • Jean Canivet • Peter Castro • Ariel Elizondo • Dominique Gardey • Olivier Giroud • Francis Guerrier • Marie Guerrier • Paul Kovacs • Lionel Laussedat • Antoine Leclercq • Gilles Libert • Véronique Roland • Jean-Charles Stora • Florian Streit • Arancha Tejedor • YZO


Entrée libre

Du mardi au samedi 10h-12h30 et 14h-18h

Contact 04 67 94 65 80

Plus d’infos : www.artlabcity.eu


Espace Molière

Place Molière, Agde

Daniel Dezeuze

Œuvres récentes : 2000-2025
Jusqu’au 8 mars

Musée Paul Valéry à Sète


Jusqu’au 8 mars 2026, le Musée Paul Valéry à Sète accueille une traversée de la création contemporaine de Daniel Dezeuze sur les deux premières décennies du XXIᵉ siècle. Sous le commissariat de Camille Bertrand‑Hardy, l’exposition réunit peintures et assemblages récemment montrés à la galerie Templon et dans la rétrospective du Musée de Grenoble (2017‑2018), offrant un panorama des séries emblématiques et expérimentales de l’artiste. 

Dezeuze, figure historique de Supports/Surfaces, interroge ici les limites de la peinture, ses matériaux et sa perception. Entre objets détournés, bois, osier, treillis et skis, ses œuvres explorent la fragilité, le décentrement et la poésie des gestes simples. Les Peintures qui perlent, légères et ludiques, créent des « distances sonores » imaginaires, tandis que les Tableaux sur panneaux extensibles et Échelles chinoises révèlent un jeu subtil entre coulure, ascension et rythme vital inspiré de la Kabbale. Les séries Blasons, Boucliers et Icônes dialoguent avec l’histoire et le sacré, mêlant rigueur et humour, mémoire médiévale et contemporain.

Parallèlement, ses travaux récents s’inspirent de voyages et de cultures, comme les Souffles des peuples – suite maya, explorant la densité chromatique de la forêt tropicale et l’architecture des cités anciennes, tandis que les Grandes calligraphies détournent skis et planches en signes abstraits, à la frontière de la peinture et de l’écriture.

Dans ce parcours, Dezeuze transforme matériaux modestes et gestes quotidiens en œuvres sensibles et poétiques, invitant le visiteur à un dialogue attentif entre analyse, expérience sensible et contemplation, et à partager le goût pour une expérimentation picturale toujours renouvelée.


Ouvert du mardi au dimanche 10h-18h

Contact : 04 99 04 76 16 / museepaulvalery@ville-sete.fr


Musée Paul Valéry

148 rue François Desnoyer, Sète

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
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