LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE FÉVRIER

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

UN NOUVEAU PARCOURS

Jusqu’au 29 mars

Musée Réattu à Arles


À Arles, les surprises sont une tradition locale. Après Luma, Van Gogh, Lee Ufan et les Rencontres de la photographie, le musée Réattu se refait une beauté — intérieure surtout. Fermé deux mois à l’automne 2025, il rouvre avec un tout nouveau parcours qui abandonne la chronologie sage pour une promenade thématique, curieuse et vivante. Ici, près de 100 artistes et 300 œuvres dialoguent sans tenir compte des siècles ni des hiérarchies. L’art ancien croise la photographie, la vidéo, le sonore, la sculpture ou la peinture moderne. Réattu, pionnier de la photographie en musée, assume pleinement cette hybridation joyeuse. Cinq thèmes structurent la visite — Histoire, Portrait, Corps, Paysage, Image — autant de portes d’entrée pour faire se répondre un anonyme barbu façon Tintoret, Virginia Woolf par Gisèle Freund ou une Gueule d’Antique d’Hervé Hôte. Certaines salles deviennent de véritables expériences : une chambre d’écoute électro-acoustique inspirée du Rhône, des nus scannés grandeur nature, des colonnes-cargaisons en céramique dialoguant avec les maîtres anciens. Moment fort : la redécouverte d’un grand tableau restauré de Jacques Réattu, montré pour la première fois depuis plus de 80 ans. Un parcours foisonnant, sensible et audacieux. Réattu joue clairement dans la cour des grands — comme sa ville.


Ouvert du mardi au dimanche 10h-17h

Plein tarif : 8 € - Réduit : 6 €

Gratuité sur justificatifs

Billet couplé musée Réattu + Fondation Vincent van Gogh : 12 €

Contact 04 90 49 37 58


Musée Réattu

10 rue du Grand Prieuré, Arles

Untitled Nudes et Arlésiennes

Exposition Katerina Jebb

Jusqu’au 29 mars

Musée Réattu à Arles


Avec Réattu Réinventé, le Musée Réattu poursuit son dialogue fertile entre art ancien et création contemporaine. Invitée à inaugurer la Galerie gothique, nouvel espace dédié aux projets photographiques, Katerina Jebb y présente sa série Untitled Nudes, accompagnée, au deuxième étage, des portraits des Arlésiennes récemment entrés dans les collections. Ces corps recomposés, issus d’un long processus de scan, évoquent autant la peinture classique que la froide précision technologique. Exposées sans verre, à taille réelle, les œuvres imposent une présence physique troublante et dialoguent finement avec les antiques comme avec les salles voisines consacrées au corps. Le fragment, la lenteur, le temps long de la fabrication remplacent ici l’instant décisif de la photographie. Une proposition exigeante, subtilement mise en scène, qui confirme la cohérence et l’ambition du nouveau parcours du Réattu.


Une rencontre privilégiée avec Katerina Jebb au Musée Réattu est annoncée pour le jeudi 26 mars 2026 à 18h30.

Sur réservation uniquement auprès du Musée


Musée Réattu

10 rue du Grand Prieuré, Arles

Immersion Urbaine

Jusqu’au 1er mars

Galerie Parcelle473 à Montpellier


À Montpellier, Immersion Urbaine fait du recyclage un terrain de jeu artistique. Parcelle473 se transforme en laboratoire d’art contemporain où 19 artistes détournent matériaux récupérés et objets urbains en sculptures et installations poétiques. L’exposition se visite comme une déambulation immersive : la ville y est déconstruite, réassemblée, rêvée autrement. Béton, métal, fragments du quotidien deviennent formes sensibles, parfois ludiques, parfois critiques. Particularité bienvenue, le parcours évolue au fil des mois, avec de nouvelles œuvres venant régulièrement bousculer le regard. Présentée dans le cadre du Réveillon 2025 à Montpellier, Immersion Urbaine brouille les frontières entre musée, friche et espace d’expérimentation. Les œuvres, toutes proposées à l’acquisition, prolongent l’expérience au-delà de la visite. Une exposition vivante, inventive et résolument urbaine, où le rebut se fait ressource et l’imaginaire prend le dessus.


Ouvert du mardi au samedi 11h-18h

Dimanche 14h-18h

Contact 06 66 02 69 29


Galerie Parcelle473 

425 avenue des Frères Buhler, Montpellier

Exposition Sol #3 !

Jusqu’au 3 mai

La Panacée à Montpellier


Avec Sol #3, la Biennale du Territoire explore les strates de la création en Occitanie. Présentée du 31 janvier au 3 mai à La Panacée, et déployée également au MO.CO. et au musée Fabre, l’exposition propose un parcours pluridisciplinaire qui met en regard héritage académique et pratiques contemporaines. Peintures et sculptures d’artistes locaux et régionaux composent un panorama vivant, où se croisent filiations, ruptures et expérimentations. La figure de l’atelier, la question de la transmission et les hybridations entre disciplines structurent l’ensemble, dessinant une histoire en mouvement plutôt qu’un récit figé. Loin de toute nostalgie, Sol #3 interroge ce que l’École des beaux-arts a transmis — et ce que les artistes en font aujourd’hui. Une exposition ouverte, curieuse et ancrée dans son territoire, à l’image de la scène montpelliéraine qu’elle met en lumière.


Ouvert du mardi au dimanche 11h-18h

Billetterie MO.CO. Panacée


MO.CO. Panacée

14 rue de l'École de Pharmacie, Montpellier

FINALE DU TROPHÉE GEORGES BRASSENS 2026

Vendredi 27 février à 20h au Conservatoire Manitas de Plata

Venus des quatre coins de la francophonie, les finalistes monteront sur la scène sétoise pour défendre leurs créations originales. Ils devront convaincre un jury composé de professionnels de l’industrie musicale, mais aussi séduire un public toujours plus nombreux et passionné. Pour marquer ce dixième anniversaire, Benjamin Biolay a accepté de parrainer cette édition anniversaire.

Tarif unique : 20 €

Réservation obligatoire

Télécharger le programme 2026

Site officiel du Club Georges Brassens : clubgeorgesbrassens.fr

Expo Photo :  Regard sur la Femme

Jusqu’au 21 mars

Domaine Départemental Pierresvives à Montpellier


Avec Regard sur la Femme, Nathalie Palacin propose une exploration sensible du corps et de l’identité féminine à travers dix photographies issues de séances de bodypainting. Présentée du 3 au 21 mars 2026 à la Médiathèque de Montpellier, au Domaine de Pierresvives, l’exposition transforme la peinture corporelle en langage visuel. Chaque image joue avec les matières, les couleurs et le mouvement pour célébrer une beauté plurielle, loin des normes figées. Les corps deviennent surfaces d’expression, affirmations intimes autant que poétiques. Plus qu’un simple travail esthétique, l’accrochage met en lumière la relation de confiance entre l’artiste et ses modèles, toutes issues de son entourage. L’ensemble invite à une immersion douce et engagée, où l’image ne capture pas seulement des formes, mais des présences. Une exposition à taille humaine, attentive et profondément incarnée.


Ouvert du mardi au samedi 10h-19h

Contact 04 67 67 30 00


Domaine Départemental Pierresvives

907 rue du Professeur Blayac, Montpellier

Conférence Loïc Robinot

Concert Chœur Brassens
Dimanche 15 février à 15h

Espace Georges Brassens à Sète


À Sète, l’Espace Georges Brassens déroule de janvier à mars une programmation aussi généreuse que fidèle à l’esprit du poète. Conférences, concerts, visites commentées et ateliers familiaux composent un cycle vivant, placé sous le signe de la transmission et du plaisir des mots. Le parcours s’ouvre avec une conférence de Loïc Robinot consacrée à Brassens façonneur de mots, se poursuit par une plongée dans sa bibliothèque singulière et s’enrichit de concerts, dont celui de la chorale Chœur Brassens, joyeuse et fédératrice. Le jeune public n’est pas oublié, invité à jouer avec les textes du chanteur lors d’ateliers créatifs. Visites guidées, chansons post-folk, manuscrits commentés : la programmation explore les multiples héritages littéraires et musicaux de Brassens. Un rendez-vous convivial et sensible, à l’image de l’artiste et de sa ville.


En partenariat avec l’association Cap Brassens.

Réservations obligatoires : reservationbrassens@ville-sete.fr

Plus d’infos : ville-sete.fr

Contact 04 99 04 76 26


Espace Georges Brassens

67 boulevard Camille Blanc, Sète

Exposition Spectre du visible d’Yves Gallard

Jusqu’au 18 avril

Le Spot à Nîmes


À Nîmes, le Spot accueille Spectre du visible, une exposition d’Yves Gallard consacrée à la couleur comme expérience sensible. Entre peintures murales et travaux d’atelier, l’artiste explore les jeux de lumière, de vibration et de perception, invitant le regard à se déplacer et à s’ajuster. Nourrie par l’observation du quotidien — reflets, ombres, lignes mouvantes — sa peinture glisse vers une abstraction géométrique précise, héritée à la fois du graffiti et des outils de l’architecte. Transparences, superpositions et effets optiques transforment les surfaces en champs actifs, presque vivants. Installé à Bruxelles, Gallard mène aussi des projets collectifs dans l’espace public, où la couleur devient outil de dialogue et de convivialité. Au Spot, cette recherche se déploie librement, dans un parcours ouvert et immersif, où l’œil devient le véritable protagoniste.


Ouvert jeudi, vendredi, samedi 14h-21h

Contact 04 66 36 85 64

Plus d’infos : lespot-nimes.fr


Le Spot

8 rue de l'Enclos Rey, Nîmes

Songes du large

Expo photo Sandrine Manière

Jusqu’au 15 février

Open Space à Sète


La galerie Open Space à Sète accueille Songes du large, une odyssée photographique signée Sandrine Manière. Après treize années d’itinérance, l’artiste y déploie un univers envoûtant, où chaque image capture des fragments fugaces du réel avec son smartphone, unique outil choisi pour sa spontanéité et sa proximité. Entre rives et dérives, ses compositions superposent instants et détails imperceptibles, créant des images où la force des éléments côtoie la sérénité intérieure. L’approche intuitive de Manière mêle hasard et maîtrise, donnant naissance à une poésie visuelle où le temps semble suspendu et chaque cliché devient invitation au voyage et à la contemplation. Dans ce lieu d’échange qu’est Open Space, les visiteurs sont invités à se laisser porter, dialoguer avec les œuvres et s’immerger dans cette expérience intime et onirique.


Ouvert du lundi au samedi 10h-18h
Dimanche 15h-18h
Les horaires peuvent varier en fonction des expositions et des événements organisés

Contact 06 42 75 01 26 / openspacesete@gmail.com

Plus d’infos : www.openspacesete.com


Open Space

8 rue Garenne, Sète

Sculptures dans la ville - La Genèse

Exposition de sculptures

Jusqu’au 29 mars

Cœur de ville d’Agde


20 sculpteurs et 30 sculptures réunis par la ville d’Agde et Art Lab City autour d’un parcours qui vous emmène du platinage côté pont Maréchaux jusqu’aux remparts d’Agde en passant par les rues Honoré Muratet, Louis Bages et Jean Roger sans oublier bien sûr la Promenade. Un dialogue artistique avec les bâtiments historiques et les maisons en pierres de basalte typiques d’Agde. À côté de ces sculptures monumentales qui prendront place pour une année dans les rues de la cité agathoise, l’espace Molière accueillera une exposition d’œuvres de petites échelles. Des sculptures de petits et moyens formats qui vous permettront d’appréhender le travail créatif des artistes sous un autre angle.

Les artistes : Catherine Arniac • Christian Armandy • Valérie Billet • François Canart • Jean Canivet • Peter Castro • Ariel Elizondo • Dominique Gardey • Olivier Giroud • Francis Guerrier • Marie Guerrier • Paul Kovacs • Lionel Laussedat • Antoine Leclercq • Gilles Libert • Véronique Roland • Jean-Charles Stora • Florian Streit • Arancha Tejedor • YZO


Entrée libre

Du mardi au samedi 10h-12h30 et 14h-18h

Contact 04 67 94 65 80

Plus d’infos : www.artlabcity.eu


Espace Molière

Place Molière, Agde

Daniel Dezeuze

Œuvres récentes : 2000-2025
Jusqu’au 8 mars

Musée Paul Valéry à Sète


Jusqu’au 8 mars 2026, le Musée Paul Valéry à Sète accueille une traversée de la création contemporaine de Daniel Dezeuze sur les deux premières décennies du XXIᵉ siècle. Sous le commissariat de Camille Bertrand‑Hardy, l’exposition réunit peintures et assemblages récemment montrés à la galerie Templon et dans la rétrospective du Musée de Grenoble (2017‑2018), offrant un panorama des séries emblématiques et expérimentales de l’artiste. 

Dezeuze, figure historique de Supports/Surfaces, interroge ici les limites de la peinture, ses matériaux et sa perception. Entre objets détournés, bois, osier, treillis et skis, ses œuvres explorent la fragilité, le décentrement et la poésie des gestes simples. Les Peintures qui perlent, légères et ludiques, créent des « distances sonores » imaginaires, tandis que les Tableaux sur panneaux extensibles et Échelles chinoises révèlent un jeu subtil entre coulure, ascension et rythme vital inspiré de la Kabbale. Les séries Blasons, Boucliers et Icônes dialoguent avec l’histoire et le sacré, mêlant rigueur et humour, mémoire médiévale et contemporain.

Parallèlement, ses travaux récents s’inspirent de voyages et de cultures, comme les Souffles des peuples – suite maya, explorant la densité chromatique de la forêt tropicale et l’architecture des cités anciennes, tandis que les Grandes calligraphies détournent skis et planches en signes abstraits, à la frontière de la peinture et de l’écriture.

Dans ce parcours, Dezeuze transforme matériaux modestes et gestes quotidiens en œuvres sensibles et poétiques, invitant le visiteur à un dialogue attentif entre analyse, expérience sensible et contemplation, et à partager le goût pour une expérimentation picturale toujours renouvelée.


Ouvert du mardi au dimanche 10h-18h

Contact : 04 99 04 76 16 / museepaulvalery@ville-sete.fr


Musée Paul Valéry

148 rue François Desnoyer, Sète

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz • 29 octobre 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE NOVEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 14 octobre 2026
1926–2026 Centenaire d’un créateur de caractères Le 14 octobre 1926 naissait à Sèvres José Mendoza y Almeida. Cent ans plus tard, ses lettres continuent de déambuler dans les livres, de composer des pages, de donner aux mots leur rythme visuel. Paradoxe du créateur de caractères : son travail est partout, mais sa signature demeure invisible au quidam. L’histoire de Mendoza est d’abord celle d’une transmission. Son père, Guillermo de Mendoza y Almeida, lui fait découvrir très tôt le dessin des lettres. Dès l’enfance, José s’intéresse à leurs formes, leurs proportions, ce qui fait qu’un caractère est reconnaissable sans cesser d’appartenir à une famille. Il ne sait pas encore que ces premières recherches annoncent une vie consacrée à l’alphabet, à ses équilibres et à ses métamorphoses. Au début des années 1950, il travaille auprès de Maximilien Vox, avant de rejoindre la Fonderie Olive, à Marseille, où il devient l’assistant de Roger Excoffon. Il y côtoie l’un des grands tempéraments de la typographie française, dans un environnement où le caractère imprimé est encore affaire de dessin, de matière et de métier. En 1959, il devient indépendant et engage une œuvre personnelle qui le conduira à collaborer avec plusieurs grandes fonderies internationales. Son premier grand caractère, le Pascal , porte la marque de cette histoire familiale. Inspiré notamment par les recherches de son père sur les formes incisées, il témoigne d’une volonté de renouer avec la tradition des lettres gravées sans se contenter de la reproduire. Mendoza ne dessine pas le passé : il cherche à lui donner un avenir. Avec le Photina , conçu pour les exigences de la photocomposition, il explore les possibilités nouvelles de la typographie de lecture. Avec l’ ITC Mendoza Roman , il développe une autre interprétation de la lettre romaine, nourrie d’une connaissance intime de ses formes humanistes, à l’instar du Messidor de Ladislas Mandel, mais en plus homogène. Ses créations témoignent d’une même recherche : trouver le point d’équilibre entre tradition et modernité, entre la personnalité du dessin et la fluidité de la lecture. Car dessiner un caractère ne consiste pas à styliser un alphabet. Il faut trouver la juste proportion entre la forme et la contre-forme, entre le noir et le blanc dans un mot, entre la singularité d’un dessin et la régularité nécessaire à la lecture. Il faut penser simultanément le détail et la page, le signe isolé et la ligne entière. Une typographie réussie est une architecture dont le lecteur éprouve l’harmonie sans nécessairement en percevoir les efforts. Mais l’œuvre de José Mendoza y Almeida ne se limite pas aux caractères qu’il a dessinés. Elle se prolonge aussi dans l’enseignement, dans la transmission d’un savoir et dans la formation de ceux qui, à leur tour, feront vivre la création typographique. Il enseigna, dans les anciens murs de l’Imprimerie nationale, rue de la Convention, à l’ANCT (Atelier national de création typographique, devenu l’ANRT) aux côtés de Ladislas Mandel. Deux personnalités, deux sensibilités réunies autour d’une même exigence : apprendre à regarder la lettre, à comprendre sa construction, son histoire et ses subtils équilibres avant de prétendre la dessiner. Et avec Peter Keller, apprendre la subtilité helvétique du graphisme typographique. Les premiers élèves à sortir de cet atelier furent notre regretté Franck Jalleau, Isabelle Durand, Ronan Le Hénaff et l’auteur de ces lignes, composées en ITC Mendoza Roman . Nous appartenions à cette première génération qui eut le privilège de recevoir cet enseignement au moment où la création typographique française s’ouvrait à de nouvelles perspectives. Au-delà des techniques et des savoir-faire, Mendoza transmettait une certaine idée du métier : la sensibilité du dessin, le respect des formes héritées, mais aussi la liberté nécessaire pour inventer celles de demain. Avec le recul, cette expérience prend une dimension particulière. On mesure mieux ce que représente la rencontre avec un maître : non pas l’apprentissage d’un style à reproduire, mais l’acquisition d’un regard. Celui qui permet de comprendre pourquoi une courbe est juste, pourquoi un espacement modifie la cadence d’un mot, pourquoi un caractère, si discret soit-il, peut changer l’éloquence et l’équilibre d’une page. La typographie est un art de la continuité que chaque génération ne cesse de réinterroger. Des caractères traversent les décennies, voire les siècles, quand plus souvent, ils n’atteignent pas l’âge adulte. À l’heure où les outils numériques permettent de produire des milliers de polices en quelques clics, cet anniversaire nous invite à retrouver le temps long du dessin typographique. Une lettre n’est jamais une forme neutre. Elle porte une mémoire, révèle une sensibilité, impose une cadence à la lecture. Elle est à la fois un objet de création et un instrument de partage. Rendre hommage à José Mendoza y Almeida, un siècle après sa naissance, c’est célébrer un artiste qui a travaillé au plus près des mots sans jamais chercher à leur voler la vedette. C’est reconnaître que le livre doit aussi sa beauté à ceux qui façonnent ses lettres, règlent ses blancs et inventent cette harmonie silencieuse. Pour ceux qui ont eu la chance de suivre son enseignement, son nom ne désigne pas seulement un créateur dont les caractères ont marqué l’histoire du livre. Il rappelle une expérience fondatrice, une manière de regarder et de penser, une exigence qui continue de nous accompagner bien après avoir quitté l’atelier.
par Jean-Renaud Cuaz • 7 octobre 2026
Quand la grande bleue, lourde et tourmentée, s’agitait au loin et qu’au-dessus, immobile et menaçant, un grain de mer orageux souillait le ciel, remontait à la surface le souvenir du naufrage de ce voilier démâté. Deux couples de plaisanciers avaient lancé un appel de détresse, rudoyés par la furie des flots. Un de ces coups de tabac qui se jouent de votre caboteur comme d’un fétu de pirogue. Il le revivait dans ces moments-là, à l’aube, quand il pensait ne pas être dérangé dans le bureau de la snsm *, au bout du môle, du moins par les visites inopinées. Il ouvrait l’armoire métallique pour en saisir le même dossier. D’où il tirait son rapport d’enquête, consigné de mots simples dépourvus d’ornements. Ses photos prises à la volée qu’il étalait sous ses yeux. Ces trois visages saisis entre deux paquets de mer hantaient ses nuits depuis ce jour. Un regard en particulier qui vient de croiser la mort, glacial, muet, qui semble vous questionner. Vous faire regretter de n’être pas arrivé plus tôt, assez tôt pour les secourir. Tous. Cette silhouette venue de nul part s’était vite aperçue qu’un des leurs manquait à bord, quand ça secouait dur, quand les drisses crissaient avant de céder. Les voiles déchirées, le moteur noyé ne présageaient rien de bon malgré la passe du port pourtant proche. Tourmentées par de violents ressacs, trois vies humaines, impuissantes à refouler les déferlements de vagues, écopaient leurs assauts en attendant le canot tous temps des sauveteurs en mer. Pour cet équipage en sursis, l’attente d’une main-forte leur jetant un cordage. Pour lui, l’espoir d’arriver sur zone au plus vite et ramener les survivants. Pour ensuite, de retour au port, consigner le quotidien du sauvetage. Il s’éloignait de son bureau et de sa radio vhs quand la mer somnolait. La plage de la Corniche lui tendait ses bras langoureux et salés. Il aimait l’arpenter de long en long, seulement détourné de son cap par une vaguelette qui lui léchait les semelles et semblait lui dire : tu vois, je sais aussi être bienveillante… Ce matin-là, dans un élan d’amertume, elle avait jeté sur le sable une forme humaine. Soudainement, dans sa tête, les ondes courtes recrachaient l’appel de détresse se mêlant à la sirène du Sémaphore. Les coups de butoir de la mer se réveillaient pour se confondre avec les martèlements de son cœur. Il sortit son portable de la poche et cliqua du pouce, parmi les favoris, le numéro du commissariat de police. « Il me faut une trousse aux morts, plage de la Baleine » . Il aimait désigner ainsi les sacs mortuaires à usage unique, à fermeture éclair. Un clin d’œil à son Hitchcock préféré, et à l’énigmatique Eva Marie Saint. Il redoutait toujours cet instant, malgré son trait d’humour noirci d’amertume… À l’issue d’une autopsie dont il devinait le résultat, il faudra contacter ce visage qui dévorait ses nuits toujours plus courtes. Le corps de son Eva va lui être rendu et pourra rejoindre les siens au cimetière des Saintes-Maries. Le ronflement d’un Canadair se rapprochant lui fit lever la tête. Il l’avait aperçu un peu plus tôt au-dessus des salins. L’appareil le survola, lui fit signe d’un battement d’ailes, puis vira à gauche vers le large pour revenir à la perpendiculaire de la côte, en direction de l’étang. En rase motte, le délicat survol soulevait le sable sur son passage, à quelques mètres des lignes à haute tension. C’était la période d’exercices des bombardiers d’eau, du remplissage de cuve dans les plans d’eau au largage sur cible. Il rendit le salut au pilote d’un battement de bras. C’était son fils qui venait de rejoindre l’escadrille du Sdis 34 **, et se préparait à affronter la saison des feux, toujours plus longue. Fierté d’un père pêcheur de vies pour un fils au destin parallèle. Seulement séparés par l’altitude, accolés quand l’avion effleure les flots de son étrave jaune et rouge. Instinctivement, comme pour évacuer une émotion qu’il ne pouvait saisir, il se mit à courir le long de la grève en attendant l’ambulance. De retour au quartier des Quilles, il gara sa voiture au parking souterrain, près du bac à sable incendie. Il y plongerait volontiers sa main si les mégots accumulés ne l’obligeaient à refouler cet instinct juvénile. Résignés à un sombre destin, ces infortunés fragments de coquillages patientent en attendant d’étouffer un départ d’incendie à coups de pelle. Un de ces mégots mal éteints, une nappe d’huile et ils rejoindront les flots, poussés vers un avaloir par de bienveillants jets d’eau. Ici-bas, ils égrènent leur chapelet, cloitrés dans leur cachot de béton en attendant le retour à la mer patrie, qui les fera à nouveau voyager au gré de ses courants et du caprice des vents. * La Société Nationale de Sauvetage en Mer, seule orga­ni­sa­tion agréée dédiée au sauve­tage en mer en France. ** Le Service Départemental d’Incendie et de Secours de l’Hérault. Photo : La Mort aux trousses (North by Northwest), Cary Grant et Eva Marie Saint
par Jean-Renaud Cuaz • 3 octobre 2026
C’ÉTAIT IA OU MOURIR Un être humain vient de publier C’était ça ou mourir , roman relatant le parcours d’un migrant haïtien qui traverse une douzaine de pays avant d’atteindre le Canada. La critique applaudit à juste titre . Les lecteurs suivirent. La télévision s’en mêla. L’éditeur imagina les bandeaux de couverture pour un prix littéraire alors que le Goncourt inscrivait le livre sur sa liste. Bref, tout était parfaitement normal dans le monde merveilleux de l’édition parisienne. Jusqu’à ce qu’une intelligence artificielle décide de mettre son grain de sel. Ou plutôt que des humains demandent à des intelligences artificielles de déterminer si un humain avait écrit son propre livre. Il fallait y penser. Depuis des siècles, la littérature avait pourtant trouvé un moyen relativement simple de juger les écrivains : on lisait leurs livres. On pouvait les trouver magnifiques, médiocres, prétentieux, bouleversants, illisibles ou géniaux. On pouvait même — luxe suprême — ne pas être d’accord. Mais nous vivons désormais à une époque où lire ne suffit plus. Il faut authentifier. Le roman fut donc passé à la machine. Puis à une autre machine. Puis à une troisième, histoire de donner à l’affaire toute la solennité scientifique nécessaire. Pangram conclut que l’intelligence artificielle avait probablement participé à l’écriture des 34 chapitres. GPTZero arriva à une conclusion similaire. Winston , lui, fut beaucoup plus nuancé, puisqu’il trouva des passages allant de 12 % à 66 % susceptibles d’être humains. La page des remerciements, en revanche, rallia les suffrages : 100 % humaine. On attend désormais avec impatience le premier prix littéraire décerné au meilleur paragraphe de remerciements. Il y a quelque chose, sinon de pourri au royaume du bookmark , du moins d’irrésistiblement comique dans cette affaire. L’auteur affirme avoir commencé son livre en 2017 et terminé un premier manuscrit en 2019. C’est-à-dire à une époque où l’intelligence artificielle générative n’avait pas encore envahi nos écrans, nos bureaux, nos écoles, nos entreprises et nos conversations. Mais peu importe. L’algorithme soupçonne. Donc l’homme doit se justifier. Bienvenue dans la littérature médico-légale. Demain, avant de publier un roman, l’auteur devra probablement déposer son manuscrit chez un laboratoire agréé. On analysera son ADN stylistique, la fréquence de ses adjectifs, la longueur moyenne de ses phrases et la proportion de ses métaphores naturellement produites par son cerveau. Un expert pourra alors déclarer : « Après analyse approfondie, nous estimons que ce paragraphe est humain à 73,4 %. » 73,4 % ! Le reste ? Mystère. Peut-être la machine. Peut-être le stagiaire. Les spécialistes reconnaissent pourtant que les détecteurs d’IA sont loin d’être infaillibles. Certains sont particulièrement fragiles lorsqu’ils analysent des textes qui ne sont pas en anglais. Le patron de Pangram avance un taux de faux positifs extraordinairement faible, tout en reconnaissant que ce taux n’a pas été confirmé par des études indépendantes. Ce qui n’empêche évidemment personne de s’en servir comme d’un détecteur de mensonges littéraire. Après tout, pourquoi faire compliqué ? Il suffit désormais de demander à une machine si une autre machine a écrit le livre d’un homme. Et si la machine dit oui, l’homme est prié de produire les preuves du contraire. On comprend que le monde de l’édition soit quelque peu nerveux. Car l’IA menace évidemment de bouleverser la profession. Les éditeurs redoutent les « livres parasites », les auteurs s’interrogent sur ce qu’ils auront encore le droit de demander à une machine, et certains songent déjà à apposer sur leurs couvertures un label garantissant une œuvre « 100 % humaine ». Ah, le merveilleux concept du 100 % humain… Il faudra donc désormais certifier l’écrivain comme on certifie un produit alimentaire. Sans IA. Sans conservateur. Sans colorant. Sans algorithme. Élevé en liberté dans un bureau à la campagne. Nourri au café. Écrit à la main entre deux crises existentielles. On pourrait même imaginer une nouvelle réglementation : pour obtenir le label, l’auteur devra signer une déclaration sur l’honneur certifiant qu’il n’a jamais demandé à une IA de trouver un synonyme, de corriger une faute, de proposer un titre ou de lui expliquer pourquoi son troisième chapitre était complètement raté. Car voilà le paradoxe : l’IA est déjà partout, mais la littérature voudrait encore croire qu’elle pourra installer une frontière hermétique entre l’homme et la machine. Bonne chance. L’affaire aura au moins révélé quelque chose de beaucoup plus intéressant que la seule question de savoir qui a écrit quoi : notre époque commence à avoir peur de ne plus savoir reconnaître l’humain. Et cette peur est peut-être plus révélatrice que les résultats des détecteurs. Car si un texte nous bouleverse, faut-il vraiment savoir si son auteur a utilisé un logiciel pour chercher un mot ? Si un roman raconte une expérience humaine, doit-on désormais vérifier la composition moléculaire de chaque phrase avant de décider si elle mérite d’être lue ? La littérature risque ainsi de devenir une discipline assez particulière : on ne demandera bientôt plus à l’auteur « Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? », mais « Pouvez-vous prouver que vous l’avez écrit ? » Et peut-être qu’un jour, au Goncourt, le jury ne lira même plus les manuscrits. Il les fera scanner. Une machine donnera son verdict. Une autre vérifiera le verdict. Une troisième certifiera que les deux premières sont bien des machines. Puis un quatrième algorithme évaluera leur degré d’humanité. Et pendant ce temps, quelque part, un écrivain écrira tranquillement une phrase. Une phrase imparfaite, inutile. Une phrase magnifique. Que personne n’aura pensé à demander à une machine de valider. Ce jour-là, peut-être, il sera définitivement trop tard. Car C’était ça ou mourir aura changé de sens. Ce n’était plus seulement l’histoire d’un homme qui devait fuir pour survivre. C’était l’histoire d’un écrivain qui devait prouver qu’il était encore vivant. Et dans le grand tintamarre de l’intelligence artificielle, il ne restera bientôt plus qu’une question à poser : Qui, de l’homme ou de la machine, aura finalement le dernier mot ? On peut toujours demander à ChatGPT . Mais attention. Il faudra d’abord vérifier qu’on est bien humain. L’autre jour, en me connectant à Doctolib , l’interface m’a demandé de cocher la case Je suis humain . Ceci afin d’éviter, sur le point de choisir une date de rendez-vous, qu’un robot souffreteux ne prenne ma place. (Illustration : Leon Tolstoï à son bureau par Ilya Repin (1891)
par Jean-Renaud Cuaz • 26 septembre 2026
Dans Gardien de Muse , Serge Neyrat transforme une fonction que l’on imagine plutôt silencieuse — surveiller les salles du Musée Ingres Bourdelle — en matière poétique. Le recueil rassemble une trentaine de poèmes nés d’une expérience très particulière : passer des journées entières face à des chefs-d’œuvre, sans toujours savoir au départ quoi en penser. Le narrateur se présente volontiers comme un gardien « sans grande culture », débarqué au milieu des toiles de Jean-Auguste-Dominique Ingres et des sculptures de Antoine Bourdelle un peu comme un promeneur entré par hasard dans un temple. Peu à peu pourtant, les œuvres d‘art cessent d’être de simples objets accrochés au mur, posés sur un piédestal : elles deviennent des compagnons de service, presque des collègues de travail. On finit par connaître leurs caprices, leurs bizarreries et leurs réputations. Les poèmes évoquent ainsi avec une ironie bon enfant quelques figures incontournables du musée. La célèbre Grande Odalisque apparaît avec ses courbes « discutables », mais sublimées par l’image en regard du poème. Tandis que l’ombre de Raphaël plane sur les ambitions d’Ingres. Du côté de la sculpture, la puissance de Héraclès archer rappelle que les muscles en bronze peuvent impressionner même un gardien pourtant habitué aux visiteurs turbulents. Mais derrière ces rencontres artistiques se glisse la vie très concrète du musée : les rondes quotidiennes, les visiteurs rêveurs ou distraits, et les longues heures où l’on finit par discuter mentalement avec les tableaux. L’humour affleure souvent, comme si l’auteur s’amusait du contraste entre la grandeur des oeuvres et la modestie du gardien chargé de veiller sur elles. Au fil du recueil, l’art finit pourtant par gagner la partie. Ce qui n’était au départ qu’un travail devient une familiarité presque affectueuse. Et lorsque vient l’heure de penser à la retraite, le gardien réalise qu’il aura passé trente ans à converser, mine de rien, avec quelques génies de l’histoire de l’art. Une chose est sûre : les muses ne sont jamais loin de leur gardien. Ce recueil est né de projets atypiques menés en partage. Celui d’un surveillant de musée qui, entouré d’œuvres d’art durant trente années, devient passeur de mémoire. Celui d’une poétesse qui découvre cet homme discret et son histoire, l’invite à faire de ses souvenirs et réflexions une matière poétique, accompagne cette démarche de son regard et de ses photographies, et qui à son tour, devient passeuse de récit. Celui, enfin, d’un éditeur qui, donnant à cette aventure son titre et une forme palpable, se réjouit de voir un Gardien de Muse cheminer jusqu’à ses lecteurs. Avec le précieux soutien de l’équipe du Musée Ingres Bourdelle, ils offrent ainsi à l’ancien palais épiscopal une destinée inattendue, recueillir des confessions d’un nouveau genre. Celui d’une poésie illustrée qui éclaire le lieu et les œuvres d’une émotion insolite, capable de toucher au-delà d’un parcours muséal. Né à Montauban en 1963, Serge Neyrat est surveillant de salle au musée Ingres Bourdelle depuis plus de trente ans. Ancien boulanger, balayeur puis ripeur, il a trouvé dans les salles du musée un écrin pour son regard et sa poésie. Fidèle compagnon des oeuvres et des visiteurs, « celui qui se déplace toujours avec une chaise » signe aujourd’hui un recueil de trente poèmes. Comme un passeur de mémoire, il nous invite à parcourir le musée de ses rêves, pour en faire le nôtre. Jean-Renaud Cuaz, Éditeur À paraître : Gardien de Muse Trente poèmes d’un Surveillant de salle du Musée Ingres Bourdelle de Montauban 68 pages | Format : 210 x 148 mm 15 € | ISBN 9-782487-131552
par Jean-Renaud Cuaz • 26 septembre 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 10 septembre 2026
La Pointe Courte (1955) La photographe Agnès Varda tourna en amateur, à l’aide d’un financement coopératif, son tout premier long métrage de fiction, La Pointe Courte , dont la minuscule péninsule tenait le rôle-titre. Elle disait avoir été fascinée par « la lumière écrasante » de ce « quartier insolite ». Le film aura une influence moins perceptible sur les Pointus que sur les cinéphiles à travers le monde, un film « libre et pur, miraculeux. Le premier son de cloche d’un immense carillon », selon la critique quasi unanime. LA NOUVELLE VAGUE , une fois déferlée, a fait émerger dans l’eau ceux qui nageaient sans maillot. De jeunes Parisiens ordinaires en quête d’amour, d’indépendance et de dialogues simples, ne s’occupant que de leurs petites affaires. Souvent oisifs et ne craignant pas d’enfreindre la loi. Sourds à la société et à la famille qu’ils voient en noir et blanc. À l’origine, le terme nouvelle vague était une expression sociétale, mais très vite, une campagne publicitaire du Centre national de la cinématographie — un fonds public qui transforme les cinéastes en fonctionnaires — lui collera une étiquette exclusivement septième art. Pour résumer l’intrigue, c’est l’histoire d’un groupe de critiques surnommés Jeunes Turcs qui, voulant devenir réalisateurs, ont profité de l’apparition de caméras et magnétophones mobiles aisés à manipuler, créant l’effet miroir du regard caméra cher à ce mouvement, sans passer par le parcours traditionnel de la profession. Submergeant le mal-être d’une jeunesse d’avant 1968 aussi déboussolée que révoltée, la Nouvelle Vague fut considérée par une partie de la critique comme un truquage, voire une escroquerie, lui reprochant de se complaire dans la « monarchie gaulliste ». “Pour les blessures de l’âme, la photographie ne suffisait pas.” Agnès Varda, à propos de La Pointe Courte Galvanisée par la cinégénie des décors et de ses occupants, les presqu’insulaires Pointus, Agnès Varda s’embarqua pour des joutes contre les scénarios littéraires et les jeux d’acteur surannés venus du théâtre. Le film fut dévoilé le 10 mai 1955 au Festival de Cannes, pour une sortie nationale le 4 janvier 1956. Avant celle-ci, il fut présenté en avant-première à Sète au cinéma le Colisée le 27 août 1955. Ce jour-là, la cinéaste avait retenu cette réflexion dans l’assistance : « Ce serait pas mal s’il n’y avait pas ces deux bourriques ! » faisant sans peine allusion à Silvia Monfort et à Philippe Noiret qui débutait au cinéma. Le saviez-vous ? C’est Francis Crouzet , ancien conseiller général, initiateur de la statue L’Ajustaïre du Cadre royal, défenseur de l’environnement et du quartier de la Pointe Courte, qui fut à l’initiative de donner le nom d’Agnès Varda à l’une de ses traverses. Demande entérinée par le maire de l’époque, Yves Marchand. Le film n’a jamais bénéficié d’une véritable distribution commerciale et sa diffusion s’est surtout faite dans les ciné-clubs. Aucune affiche n’a donc été créée en 1955, ni pour sa présentation à Cannes (10 mai), ni pour son avant-première au cinéma Le Colisée de Sète (27 août), ou pour sa sortie nationale le 4 janvier 1956. Seuls des tracts et des annonces étaient distribués ou diffusés. Les affiches du film que l’on peut voir sont donc postérieures. DISTRIBUTION Silvia Monfort elle Philippe Noiret lui Les Pointus eux-mêmes FICHE TECHNIQUE Réalisation, scénario Agnès Varda Chef opérateur Louis Stein Assistants opérateurs Paul Soulignac, Bernard Grasberg, Louis Soulanes Montage Alain Resnais, Henri Colpi Assistante montage Anne Sarraute Musique Pierre Barbaud et thèmes folkloriques locaux Conseiller technique Carlos Vilardebó Conseillère artistique Valentine Schlegel Scripte Jane Vilardebó Régisseur général Jean-Pierre Bonfils
par Jean-Renaud Cuaz • 25 août 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz • 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
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