LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE FÉVRIER

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

UN NOUVEAU PARCOURS

Jusqu’au 29 mars

Musée Réattu à Arles


À Arles, les surprises sont une tradition locale. Après Luma, Van Gogh, Lee Ufan et les Rencontres de la photographie, le musée Réattu se refait une beauté — intérieure surtout. Fermé deux mois à l’automne 2025, il rouvre avec un tout nouveau parcours qui abandonne la chronologie sage pour une promenade thématique, curieuse et vivante. Ici, près de 100 artistes et 300 œuvres dialoguent sans tenir compte des siècles ni des hiérarchies. L’art ancien croise la photographie, la vidéo, le sonore, la sculpture ou la peinture moderne. Réattu, pionnier de la photographie en musée, assume pleinement cette hybridation joyeuse. Cinq thèmes structurent la visite — Histoire, Portrait, Corps, Paysage, Image — autant de portes d’entrée pour faire se répondre un anonyme barbu façon Tintoret, Virginia Woolf par Gisèle Freund ou une Gueule d’Antique d’Hervé Hôte. Certaines salles deviennent de véritables expériences : une chambre d’écoute électro-acoustique inspirée du Rhône, des nus scannés grandeur nature, des colonnes-cargaisons en céramique dialoguant avec les maîtres anciens. Moment fort : la redécouverte d’un grand tableau restauré de Jacques Réattu, montré pour la première fois depuis plus de 80 ans. Un parcours foisonnant, sensible et audacieux. Réattu joue clairement dans la cour des grands — comme sa ville.


Ouvert du mardi au dimanche 10h-17h

Plein tarif : 8 € - Réduit : 6 €

Gratuité sur justificatifs

Billet couplé musée Réattu + Fondation Vincent van Gogh : 12 €

Contact 04 90 49 37 58


Musée Réattu

10 rue du Grand Prieuré, Arles

Untitled Nudes et Arlésiennes

Exposition Katerina Jebb

Jusqu’au 29 mars

Musée Réattu à Arles


Avec Réattu Réinventé, le Musée Réattu poursuit son dialogue fertile entre art ancien et création contemporaine. Invitée à inaugurer la Galerie gothique, nouvel espace dédié aux projets photographiques, Katerina Jebb y présente sa série Untitled Nudes, accompagnée, au deuxième étage, des portraits des Arlésiennes récemment entrés dans les collections. Ces corps recomposés, issus d’un long processus de scan, évoquent autant la peinture classique que la froide précision technologique. Exposées sans verre, à taille réelle, les œuvres imposent une présence physique troublante et dialoguent finement avec les antiques comme avec les salles voisines consacrées au corps. Le fragment, la lenteur, le temps long de la fabrication remplacent ici l’instant décisif de la photographie. Une proposition exigeante, subtilement mise en scène, qui confirme la cohérence et l’ambition du nouveau parcours du Réattu.


Une rencontre privilégiée avec Katerina Jebb au Musée Réattu est annoncée pour le jeudi 26 mars 2026 à 18h30.

Sur réservation uniquement auprès du Musée


Musée Réattu

10 rue du Grand Prieuré, Arles

Immersion Urbaine

Jusqu’au 1er mars

Galerie Parcelle473 à Montpellier


À Montpellier, Immersion Urbaine fait du recyclage un terrain de jeu artistique. Parcelle473 se transforme en laboratoire d’art contemporain où 19 artistes détournent matériaux récupérés et objets urbains en sculptures et installations poétiques. L’exposition se visite comme une déambulation immersive : la ville y est déconstruite, réassemblée, rêvée autrement. Béton, métal, fragments du quotidien deviennent formes sensibles, parfois ludiques, parfois critiques. Particularité bienvenue, le parcours évolue au fil des mois, avec de nouvelles œuvres venant régulièrement bousculer le regard. Présentée dans le cadre du Réveillon 2025 à Montpellier, Immersion Urbaine brouille les frontières entre musée, friche et espace d’expérimentation. Les œuvres, toutes proposées à l’acquisition, prolongent l’expérience au-delà de la visite. Une exposition vivante, inventive et résolument urbaine, où le rebut se fait ressource et l’imaginaire prend le dessus.


Ouvert du mardi au samedi 11h-18h

Dimanche 14h-18h

Contact 06 66 02 69 29


Galerie Parcelle473 

425 avenue des Frères Buhler, Montpellier

Exposition Sol #3 !

Jusqu’au 3 mai

La Panacée à Montpellier


Avec Sol #3, la Biennale du Territoire explore les strates de la création en Occitanie. Présentée du 31 janvier au 3 mai à La Panacée, et déployée également au MO.CO. et au musée Fabre, l’exposition propose un parcours pluridisciplinaire qui met en regard héritage académique et pratiques contemporaines. Peintures et sculptures d’artistes locaux et régionaux composent un panorama vivant, où se croisent filiations, ruptures et expérimentations. La figure de l’atelier, la question de la transmission et les hybridations entre disciplines structurent l’ensemble, dessinant une histoire en mouvement plutôt qu’un récit figé. Loin de toute nostalgie, Sol #3 interroge ce que l’École des beaux-arts a transmis — et ce que les artistes en font aujourd’hui. Une exposition ouverte, curieuse et ancrée dans son territoire, à l’image de la scène montpelliéraine qu’elle met en lumière.


Ouvert du mardi au dimanche 11h-18h

Billetterie MO.CO. Panacée


MO.CO. Panacée

14 rue de l'École de Pharmacie, Montpellier

FINALE DU TROPHÉE GEORGES BRASSENS 2026

Vendredi 27 février à 20h au Conservatoire Manitas de Plata

Venus des quatre coins de la francophonie, les finalistes monteront sur la scène sétoise pour défendre leurs créations originales. Ils devront convaincre un jury composé de professionnels de l’industrie musicale, mais aussi séduire un public toujours plus nombreux et passionné. Pour marquer ce dixième anniversaire, Benjamin Biolay a accepté de parrainer cette édition anniversaire.

Tarif unique : 20 €

Réservation obligatoire

Télécharger le programme 2026

Site officiel du Club Georges Brassens : clubgeorgesbrassens.fr

Expo Photo :  Regard sur la Femme

Jusqu’au 21 mars

Domaine Départemental Pierresvives à Montpellier


Avec Regard sur la Femme, Nathalie Palacin propose une exploration sensible du corps et de l’identité féminine à travers dix photographies issues de séances de bodypainting. Présentée du 3 au 21 mars 2026 à la Médiathèque de Montpellier, au Domaine de Pierresvives, l’exposition transforme la peinture corporelle en langage visuel. Chaque image joue avec les matières, les couleurs et le mouvement pour célébrer une beauté plurielle, loin des normes figées. Les corps deviennent surfaces d’expression, affirmations intimes autant que poétiques. Plus qu’un simple travail esthétique, l’accrochage met en lumière la relation de confiance entre l’artiste et ses modèles, toutes issues de son entourage. L’ensemble invite à une immersion douce et engagée, où l’image ne capture pas seulement des formes, mais des présences. Une exposition à taille humaine, attentive et profondément incarnée.


Ouvert du mardi au samedi 10h-19h

Contact 04 67 67 30 00


Domaine Départemental Pierresvives

907 rue du Professeur Blayac, Montpellier

Conférence Loïc Robinot

Concert Chœur Brassens
Dimanche 15 février à 15h

Espace Georges Brassens à Sète


À Sète, l’Espace Georges Brassens déroule de janvier à mars une programmation aussi généreuse que fidèle à l’esprit du poète. Conférences, concerts, visites commentées et ateliers familiaux composent un cycle vivant, placé sous le signe de la transmission et du plaisir des mots. Le parcours s’ouvre avec une conférence de Loïc Robinot consacrée à Brassens façonneur de mots, se poursuit par une plongée dans sa bibliothèque singulière et s’enrichit de concerts, dont celui de la chorale Chœur Brassens, joyeuse et fédératrice. Le jeune public n’est pas oublié, invité à jouer avec les textes du chanteur lors d’ateliers créatifs. Visites guidées, chansons post-folk, manuscrits commentés : la programmation explore les multiples héritages littéraires et musicaux de Brassens. Un rendez-vous convivial et sensible, à l’image de l’artiste et de sa ville.


En partenariat avec l’association Cap Brassens.

Réservations obligatoires : reservationbrassens@ville-sete.fr

Plus d’infos : ville-sete.fr

Contact 04 99 04 76 26


Espace Georges Brassens

67 boulevard Camille Blanc, Sète

Exposition Spectre du visible d’Yves Gallard

Jusqu’au 18 avril

Le Spot à Nîmes


À Nîmes, le Spot accueille Spectre du visible, une exposition d’Yves Gallard consacrée à la couleur comme expérience sensible. Entre peintures murales et travaux d’atelier, l’artiste explore les jeux de lumière, de vibration et de perception, invitant le regard à se déplacer et à s’ajuster. Nourrie par l’observation du quotidien — reflets, ombres, lignes mouvantes — sa peinture glisse vers une abstraction géométrique précise, héritée à la fois du graffiti et des outils de l’architecte. Transparences, superpositions et effets optiques transforment les surfaces en champs actifs, presque vivants. Installé à Bruxelles, Gallard mène aussi des projets collectifs dans l’espace public, où la couleur devient outil de dialogue et de convivialité. Au Spot, cette recherche se déploie librement, dans un parcours ouvert et immersif, où l’œil devient le véritable protagoniste.


Ouvert jeudi, vendredi, samedi 14h-21h

Contact 04 66 36 85 64

Plus d’infos : lespot-nimes.fr


Le Spot

8 rue de l'Enclos Rey, Nîmes

Songes du large

Expo photo Sandrine Manière

Jusqu’au 15 février

Open Space à Sète


La galerie Open Space à Sète accueille Songes du large, une odyssée photographique signée Sandrine Manière. Après treize années d’itinérance, l’artiste y déploie un univers envoûtant, où chaque image capture des fragments fugaces du réel avec son smartphone, unique outil choisi pour sa spontanéité et sa proximité. Entre rives et dérives, ses compositions superposent instants et détails imperceptibles, créant des images où la force des éléments côtoie la sérénité intérieure. L’approche intuitive de Manière mêle hasard et maîtrise, donnant naissance à une poésie visuelle où le temps semble suspendu et chaque cliché devient invitation au voyage et à la contemplation. Dans ce lieu d’échange qu’est Open Space, les visiteurs sont invités à se laisser porter, dialoguer avec les œuvres et s’immerger dans cette expérience intime et onirique.


Ouvert du lundi au samedi 10h-18h
Dimanche 15h-18h
Les horaires peuvent varier en fonction des expositions et des événements organisés

Contact 06 42 75 01 26 / openspacesete@gmail.com

Plus d’infos : www.openspacesete.com


Open Space

8 rue Garenne, Sète

Sculptures dans la ville - La Genèse

Exposition de sculptures

Jusqu’au 29 mars

Cœur de ville d’Agde


20 sculpteurs et 30 sculptures réunis par la ville d’Agde et Art Lab City autour d’un parcours qui vous emmène du platinage côté pont Maréchaux jusqu’aux remparts d’Agde en passant par les rues Honoré Muratet, Louis Bages et Jean Roger sans oublier bien sûr la Promenade. Un dialogue artistique avec les bâtiments historiques et les maisons en pierres de basalte typiques d’Agde. À côté de ces sculptures monumentales qui prendront place pour une année dans les rues de la cité agathoise, l’espace Molière accueillera une exposition d’œuvres de petites échelles. Des sculptures de petits et moyens formats qui vous permettront d’appréhender le travail créatif des artistes sous un autre angle.

Les artistes : Catherine Arniac • Christian Armandy • Valérie Billet • François Canart • Jean Canivet • Peter Castro • Ariel Elizondo • Dominique Gardey • Olivier Giroud • Francis Guerrier • Marie Guerrier • Paul Kovacs • Lionel Laussedat • Antoine Leclercq • Gilles Libert • Véronique Roland • Jean-Charles Stora • Florian Streit • Arancha Tejedor • YZO


Entrée libre

Du mardi au samedi 10h-12h30 et 14h-18h

Contact 04 67 94 65 80

Plus d’infos : www.artlabcity.eu


Espace Molière

Place Molière, Agde

Daniel Dezeuze

Œuvres récentes : 2000-2025
Jusqu’au 8 mars

Musée Paul Valéry à Sète


Jusqu’au 8 mars 2026, le Musée Paul Valéry à Sète accueille une traversée de la création contemporaine de Daniel Dezeuze sur les deux premières décennies du XXIᵉ siècle. Sous le commissariat de Camille Bertrand‑Hardy, l’exposition réunit peintures et assemblages récemment montrés à la galerie Templon et dans la rétrospective du Musée de Grenoble (2017‑2018), offrant un panorama des séries emblématiques et expérimentales de l’artiste. 

Dezeuze, figure historique de Supports/Surfaces, interroge ici les limites de la peinture, ses matériaux et sa perception. Entre objets détournés, bois, osier, treillis et skis, ses œuvres explorent la fragilité, le décentrement et la poésie des gestes simples. Les Peintures qui perlent, légères et ludiques, créent des « distances sonores » imaginaires, tandis que les Tableaux sur panneaux extensibles et Échelles chinoises révèlent un jeu subtil entre coulure, ascension et rythme vital inspiré de la Kabbale. Les séries Blasons, Boucliers et Icônes dialoguent avec l’histoire et le sacré, mêlant rigueur et humour, mémoire médiévale et contemporain.

Parallèlement, ses travaux récents s’inspirent de voyages et de cultures, comme les Souffles des peuples – suite maya, explorant la densité chromatique de la forêt tropicale et l’architecture des cités anciennes, tandis que les Grandes calligraphies détournent skis et planches en signes abstraits, à la frontière de la peinture et de l’écriture.

Dans ce parcours, Dezeuze transforme matériaux modestes et gestes quotidiens en œuvres sensibles et poétiques, invitant le visiteur à un dialogue attentif entre analyse, expérience sensible et contemplation, et à partager le goût pour une expérimentation picturale toujours renouvelée.


Ouvert du mardi au dimanche 10h-18h

Contact : 04 99 04 76 16 / museepaulvalery@ville-sete.fr


Musée Paul Valéry

148 rue François Desnoyer, Sète

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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Ce bulletin culturel est publié par Audasud

8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 1 janvier 2026
Le Désespéré résume fichtrement l’année culturelle écoulée. L’autoportrait de Gustave Courbet, peint dans sa jeunesse vers 1843, propriété privée depuis la mort de l’artiste, fut exfiltré en 2025 entre deux contrats mirobolants de la pétromonarchie et acquis en catimini par la sœur de l’émir du Qatar, surnommée la Culture Queen . C’est surtout, de notre patrimoine culturel, un portrait faisandé à s’en arracher les cheveux. Loin de ces dérèglements rythmés par des mortiers pétaradants à s’en péter les doigts, sur une île foutrement singulière, 25 Figures d’un même tonneau se massaient en… JANVIER au bar du Plateau comme le fera un nouveau contingent ce 24 janvier 2026, dans cet estaminet du Quartier Haut. Parmi ces FS3 qu’on espère présentes, une rameuse, un néo-crooner, un couple de tiellistes, un fossoyeur, un galérien, une fripeuse, des artistes évidemment… Un micro-festival animé par Laurent Cachard, écrivain-sismographe de la sociologie sétoise. Outre-atlantique, alors qu’un ancien président graciait quasiment tout ceux auxquels il a serré la main, un nouveau leader du monde libre, encadré d’Elon et ses Musketaires, prenait place dans son bureau ovale. À l’écoute du discours inaugural, les Groenlandais se découvrent une ressource stratégique sous leurs pieds emmitouflés : une glace qui produit près de 70 % des cas de gelures dans le monde. À propos de délogement… FÉVRIER voit l’Amadeus, ancien morutier copieusement centenaire, quitter l’angle du quai du Grand Pavois pour aller s’amarrer quai de la République. Le doyen des gréements sétois et son capitaine Jean-Christophe Causse y affichent la fierté des derniers témoins de la pêche à la morue, un patrimoine culinaire bien ancré dans notre île singulière. À Paris, un chahut parlementaire s’installe dans un hémicycle forcé de calfeutrer ses persiennes pour couvrir à la manière d’un fumigène les orgues de Staline de nos banlieues. Alors qu’à l’ombre de l’ancien palais consulaire, l’écrivain-philosophe Jean-Louis Cianni faisait revivre le Dernier rêve de René Descartes à la librairie Kailash et que s’éteignait la voix de The First Time Ever I Saw Your Face , en… MARS le label culturel Audasud montrait la face cachée de Ayerbe y Aragón , village et région ibériques, publié avec le talent acharné de l’archéologue et historien local Marc Lugand. Insatiable quand il s’agit de partager notre patrimoine culturel, Audasud livre à la Sehsser et à ses membres le Bulletin de la Sehsser 2024-2025 , dernier-né d’une collection forte de plus de 300 articles sur l’histoire de Sète et sa région. Toujours à Sète, un capitaine, aussi prompt à lever l'ancre que le coude, s’apprête à inaugurer, avec le même label, les Rencontres de l’Amadeus lors d’une conférence média, programmées à partir d’… AVRIL avec en ouverture le désespéré Arthur Roques, bagnard en Guyanne ressuscité par la voix plus qu’habitée de Simone Pons et par un dessin de presse qui annonce : pas besoin de gilets de sauvetage, ici on voyage sans bouger ! Au Plateau du Quartier Haut est servi, par les Rendez-vous des Automn’Halles, la romancière Cécile Gouy-Gilbert et sa Passion d’Arcélie . Une autre passion désespérée jette dans les rues de France cortèges et contre-cortèges dont on a oublié quelle étincelle mit le feu aux mortiers. Au-dessus de ce vacarme, une fusée plus pacifique, ayant décollé du Texas, mit sur orbite un équipage historique de six célébrités féminines pour une mission de… dix minutes. Depuis ce jour, les petites filles lèvent les yeux vers le ciel en rêvant de se fiancer à Jeff Bezos, à défaut de s’imaginer recevoir en… MAI un des prix du Concours de nouvelles 2024 organisé par les Automn’Halles à la médiathèque de Mèze. Plus de 140 candidats avaient répondu à l’appel du thème Grain de mer, grain de sable . L’Amadeus accueille une expo d’Itinérance Foto pour son festival d’artistes photographes, alors que le Festival de Cannes réunissait les fonctionnaires subventionnés du très très long métrage pour parfois parler cinéma. Là où il semble manquer de fonctionnaires, ce sont les tours de contrôle des aéroports qui, année après année, défraient la chronique et donnent de froides sueurs, avec des contrôleurs hors de contrôle, en congés Maldives ou autres lieux de villégiature. À Rome, Le nouveau pontife yankee, dont le nom officiel est Bob Ier, s’engage à canoniser l’équipe entière des White Sox de Chicago qui remporta les World Series, championnat de baseball, en octobre 2005, leur premier titre en 88 ans. Alors que Rodez célèbre à sa manière, en… JUIN l’année de la mer, à un jet de mortier de la Grande bleue. Une explosion de poésie dans l’antre du Grand noir, de souvenirs épars… la plage, les cabanes, les pêcheurs… disséminés façon intime en plus de 100 images et objets. « Je suis curieuse. Point. Je trouve tout très intéressant. La vraie vie. La fausse vie… » , nous dit Agnès Varda. À Sète, les Figures singulières s’affichent en grand et en duos sur les murs d’une médiathèque transformée en promenoir pour rencontres galantes. Pendant que la Maison des Pieds-Noirs se goinfre du grand méchoui annuel qui aurait fait se dresser sur la tête de BB sa célèbre gerbe de blé grisonnante, sept bombardiers furtifs américains B-2, opérant dans le plus grand secret, décollent d’une base toute aussi furtive et, lors d'une attaque surprise qui choque le monde, larguent 14 bombes anti-bunker sur l’Iran, que Trump accuse d’abriter des dossiers compromettants sur ses torrides escapades chez Jeffrey Epstein. Loin des jardins persans, celui de notre Château d’eau fait l’objet de toutes les attentions de notre quotidien régional, en… JUILLET sous le titre Parc Simone Veil : reflet de la culture sétoise . Une double-page nourrie entre autres d’une excursion du président de la Sehsser accompagné de deux jeunes journalistes pendant que se tramaient, en toute digression, deux limogeages à la tête de la société d’études historiques de Sète. Un putsch qui fait sortir de leurs gonds nombre d’adhérents et de son chantier naval les Gréements languedociens pour disperser en l’étang les cendres du Sehsserois Dominique Potié, pourfendeur de ce complot et initiateur de l’éphémère atelier de généalogie, au grand dam de ses participants. Tournant cette sombre page, Audasud inaugure, lors du festival Voix Vives, sa collection L’An Demain Poésie avec trois recueils : Texture 6, l’anthologie poétique 2025 , par les Amis de Michel Baglin, Carte de visite sétoise de Stéphanie Goué Quitté et Des Ans Parés de Lucile Latour. En pleines festivités de la Saint-Louis, à bord de l’Amadeus en… AOÛT Audasud présente Le Concours de pêche et son auteur Loris Chavanette. Perchée sur un bout de quai, une magnifique épopée fait naître les plus belles émotions, devant laquelle le grand Hemingway aurait certainement opiné du béret. Mais l'événement le plus marquant du mois d’août, si ce n'est de tous les temps, c'est l’annonce des fiançailles de Taylor Swift avec son futur époux, qui lui offre une bague de fiançailles considérée comme le premier bijou fabriqué par l'homme visible depuis l’espace. Ce qu’aurait pu observer un astronaute des odyssées Apollo, Jim Lovell, qui rejoint ce mois-ci les étoiles sans avoir pu marcher sur la Lune. Une infortune partagée par l’auteur de La Terre à la Lune . Jules Verne, l’un de nos plus grands écrivains, était à l’honneur en… SEPTEMBRE lors du Festival du livre de Sète, avec son arrière-petit-fils Jean Verne, présent pour célébrer les 150 ans de la parution de l’Île mystérieuse et lancer le concours de nouvelles 2025 dont la clôture des candidatures fut annoncée hier à minuit par les mortiers d’artifice ici, là et là-bas. Le centenaire de la disparition du grand compositeur Erik Satie fut l’occasion d’une ouverture des Automn’Halles animée par le pianiste concertiste Jean-Pierre Armengaud. Pendant les quatre jours qui suivirent, pas moins de 24 invités ont présenté et dédicacé leurs ouvrages. Parmi eux, deux Prix Goncourt : Pascale Roze en 1996, et un futur impétrant, Laurent Mauvignier, qui sera récompensé quelques semaines plus tard. Alors qu’à Paris tombait un nouveau gouvernement, sur la place du Pouffre, lors de la journée réservée aux plumes locales, Yves Marchand était venu dédicacer, au milieu des feuilles tombées des platanes, ses propres Feuilles Mortes publiées par L’An Demain. À quelques jets de fumigène de là, au Théâtre Molière, Patrick Joubert Annibal célébrait ses 60 ans de spectacle entouré des Frenchy Girls de Johanna et de l’orchestre de Didier Lévêque. À la fin du show, l’artiste dédicaça son épaisse autobiographie Lady Bee Story , publié par L’An Demain, qui à peine… OCTOBRE arrivé, allait présenter à toutes jambes au Plateau du quartier Haut Un monde sans Murat , écrit par Laurent Cachard, l’un de ses inconditionnels. À Paris, des monte-en-l’air, à l’aide d’un monte-charge et d’une disqueuse, dérobent en plein jour au musée du Louvre les joyaux de la Couronne de France. Le musée, bénéficiant du même niveau de sécurité qu'un distributeur automatique de boissons, embarrasse profondément ses responsables par ce vol effronté. Leur humiliation ne fait que s'aggraver lorsqu’ils découvrent une autre fuite, d’eau celle-là, endommageant gravement le manuel d’instructions de sécurité pour le bâtiment. Mais les gardiens était trop occupés à prendre des selfies devant les fenêtres du musée pour s’en apercevoir. Désespéré, l’État nomme un nouveau directeur de la sécurité du Louvre en la personne de François Bayrou, afin qu’il puisse bénéficier de quelques émoluments supplémentaires. À propos de grands commis de l’État, les Rendez-vous des Automn’Halles invitent en… NOVEMBRE Nous les Guilhems de Montpellier , l’histoire d’une grande dynastie montpelliéraine racontée sous la forme d’un roman par l’écrivain Didier Amouroux au Plateau du Quartier Haut. Novembre est un mois grave, on commémore le dixième anniversaire des attentats de 2015, on se recueille, on promet plus jamais ça, tout en constatant que ça est devenu plus fréquent. L’écrivain Boualem Sansal est gracié par le dey d’Alger après avoir goûté aux geôles barbaresques. Valentine Schlegel, elle, aurait eu 100 ans ce mois-ci. Un coin de quai transformé en placette porte désormais son nom. Elle vécut en famille dans l’immeuble qui lui fait face quand elle rencontra Agnès Varda avec qui elle vécut plus tard à Paris. Bien plus qu’une simple amitié à laquelle se limite pourtant la bienséance locale. Autre ambiance à Castries, où la communauté américaine célébra Thanksgiving dans le domaine de Fondespierre, qui offre une des plus belles balades le long de l’aqueduc construit par Paul Riquet en 1676. Tout aussi fascinante, une flânerie vous invite en… DÉCEMBRE à redécouvrir le Rugby du grand AS Béziers des années 1960-1984, un quart de siècle relaté et décortiqué par son indéboulonnable n°8, le Sétois Yvan Buonomo. Son livre, À la recherche du Rugby perdu , fait moins référence au temps de son pendant proustien, qu’aux légendaires troisièmes mi-temps biterroises. Yvan retrouva quelques-uns de ses anciens coéquipiers à l’occasion d’une dédicace de son livre publié par l’An Demain, une réédition augmentée de 40 photos historiques. Le temps de se remémorer, autour d’une bière ou deux, quelques matchs d’anthologie à la brasserie La Coupole, le siège d’avant-match des supporters à un jet de pétard de l’antre du Sauclières. À Sète, la médiathèque accueillait Patrick Joubert Annibal pour une présentation de son autobiographie Lady Bee Story , accompagné de son préfacier Éric Sarner, de son postfacier l’éditeur, et d’un clip vidéo de quelques minutes, condensé de son spectacle au Théâtre Molière. Le mois se terminait avec l’exposition-dédicace Voyage en Haut Aragon avec Topolino à l’Espace Félix, un recueil du dessinateur agrémenté de textes de Marc Lugand en français et en espagnol. Ainsi s’achève l’année 2025 avec la disparition d’une icône du cinéma et de la cause animale, assignée à résidence tropézienne pour avoir hébergé une poupée hypersexualisée et pour être… trop française. Les vœux présidentiels prononcés du bout des lèvres, auxquelles étaient suspendus une poignée de téléspectateurs, finissent de nous anesthésier. À écouter d’une oreille distraite l’Astrologue en chef, ils ont pu apprendre que les enfants qui naîtront au cours de cette nouvelle année seront dodus et radieux. Doués pour la reproduction, ils feront remonter la courbe des naissances. Plus tard, ils feront baisser celle de la dette et ne manqueront pas d’exceller à saigner un peu plus le peuple, remplaçant au fur et à mesure les petits hommes gris. Dans leurs bureaux haussmanniens, leur devise s’affichera en lettres d’or, au-dessus de leurs fauteuils capitonnés : Let’s boogie!
par Jean-Renaud Cuaz 24 décembre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JANVIER Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 29 novembre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE DÉCEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 13 novembre 2025
De l’obscurité des music-halls à l’obscurantisme des mollah, des Parapluies de Cherbourg aux machettes de boucher, des Tontons flingueurs aux massacreurs du Bataclan… il n’aura fallu qu’une soixantaine d’années. Les justaucorps jacquard et chapeaux melon ont fait place aux amples cafetans et coiffures d’imam qui peinent à cacher le sang d’un islamofrérisme rampant et son faux frère, l’islamo-gauchisme. Il y a quatre-vingts ans, la guerre, lassée de tant de vacarme, s’en est allée finir ailleurs. Les ondes radiophoniques, jusque-là traumatisées par les sirènes, reprennent du service : elles décident de diffuser autre chose que des alertes. Le 26 mai 1945 , on cherche un quatuor vocal pour mettre un peu de facétie. Quatre jeunes gens se présentent, aussi dégingandés qu’enthousiastes. On leur demande leur nom : ils n’en ont pas. — Appelez-nous les Frères Quelque Chose , proposent-ils avec modestie. Un technicien, homme d’un grand sens du hasard, s’écrie Les Frères Jacques ! Et l’affaire est faite, aussi vite qu’un jeu de mots en goguette. Le nom fleure bon la chanson enfantine et la plaisanterie potache, parfait pour faire les pitres avec gravité. Ils chantent, gesticulent, font le Jacques avec l’élégance d’un sémaphore en délire. Un soir, entre deux refrains et trois nœuds papillon, ils croisent Francis Blanche, qui leur écrit des textes où l’intelligence fait des claquettes. Leur premier répertoire ? Un buffet à volonté : folklore, negro spirituals, chants religieux, le tout saupoudré de synchronisation labiale approximative. En 1948 sort leur premier 78 tours, à une époque où la musique tournait plus lentement et durait plus longtemps. Le succès vient, trébuchant mais poli, et c’est Jacques Canetti qui, tel un bon génie en complet sombre, les propulse dans la lumière des projecteurs. Les voilà chantant sur des ondes enfin réconciliées avec l’humanité. Le 3 janvier 1982, un drame national — que dis-je, cosmique — s’est joué au Théâtre de l’Ouest parisien : les Frères Jacques ont décidé d’arrêter de chanter. Les âmes sensibles ont aussitôt crié au scandale, les autres ont continué à mâcher leur cacahuète, car c’était un dimanche. À la fin du spectacle, quatre chapeaux comiques ont salué le public avant de disparaître dans les coulisses. On raconte qu’ils se sont séparés pour vaquer à leurs occupations. J’en ai interrogé un : il comptait élever des silences en batterie. Un autre envisageait d’ouvrir un magasin de chaussettes pour mains, parce que les gants, c’est surfait . Pendant ce temps, leur pianiste Pierre Philippe, brave homme à doigts multiples, a décidé en 1995 de donner son dernier concert... à Saint-Bouize. Lieu prédestiné, car Saint-Bouize, comme son nom l’indique, est la capitale mondiale du soupir discret. En 1996, au Casino de Paris, on leur rend hommage. Cinq-mille spectateurs émus, pas une seule caméra. C’est dire si la télévision sait se tenir. Elle préfère filmer des débats sur la cuisson du flan plutôt que la gloire des artistes. Les années filent ensuite comme des croches sans mesure. Jean-Denis Malclès, tailleur en habits d’humour, quitte ce monde en 2002. François Soubeyran le suit de près, sans doute pour vérifier les coutures de ses ailes. Puis les frères Bellec s’en vont, l’un après l’autre, avec une ponctualité presque suisse. Paul Tourenne, fidèle jusqu’à la dernière note, s’éclipse en 2016 à Montréal — preuve que même les Jacques ont besoin d’un peu d’exil pour mourir tranquilles. Enfin, Hubert Degex, le dernier pianiste, rend les touches en 2021, à 92 ans, après avoir sans doute trouvé une partition d’éternité en ré majeur.
 La Bibliothèque historique de la Ville de Paris conserve leurs chapeaux, leurs partitions et même leurs coupures de presse — tout ce qu’il faut pour organiser un sabbat érudit. Il ne manque que le son de leurs voix et le rire suspendu entre deux couplets. Leur répertoire, quant à lui, relève de la haute voltige intellectuelle : ils ont tout chanté, du général Castagnetas à la confiture , du Complexe de la truite (de Schubert) au derrière du peuple (voir La Digue du cul , œuvre d’intérêt public). Ils ont prouvé qu’on pouvait philosopher en collant des grimaces sur des vers de Prévert, et pleurer d’émotion tout en chantant des sottises. Ainsi s’achève cette chronique du souvenir. Les Frères Jacques ? Des poètes de velours à la boutonnière, des funambules du calembour, des anges qui savaient rimer avec dingue . Et s’ils nous entendent — là-haut, dans la stratosphère mélodique — qu’ils sachent une chose : le monde est bien triste depuis qu’il ne fait plus le Jacques.
par Jean-Renaud Cuaz 25 octobre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE NOVEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 30 septembre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 septembre 2025
Fin septembre, les Automn’Halles lanceront leur 16e édition. Seize années qu’un pari un peu fou a pris vie : celui de faire vibrer une île singulière au rythme des mots, de la lecture, de la musique et de la peinture. Depuis quatre ans, la reconnaissance officielle du Centre National du Livre est venue confirmer ce que les Sétois savaient déjà : que ce festival a gagné sa place dans le paysage littéraire national. Des partenaires fidèles — le réseau des Médiathèques de l’Agglo, le musée Paul Valéry, les librairies, le Plateau, l’Amadeus et désormais la Maison Régionale de la Mer — apportent leurs sites, leurs énergies. Grâce à eux, la littérature s’installe partout, elle respire dans chaque recoin de la ville, elle s’offre au plus grand nombre. Durant cinq jours, les auteurs se disperseront comme autant de semeurs de songes. Dans les classes, pour éveiller les élèves à la puissance des mots. Dans les espaces de rencontre, pour échanger directement avec leurs lecteurs. Dans les dédicaces, pour ce moment simple et rare où une phrase manuscrite scelle un souvenir. Le programme est riche, multiple, ouvert. Il accueille des figures déjà consacrées, et des voix nouvelles qui montent, prometteuses et fragiles. Il fait place aux auteurs et éditeurs locaux et régionaux, car la littérature vit aussi des racines qui nourrissent son terreau. Il tend la main aux talents en herbe, avec son Concours de nouvelles. Pendant cinq jours, Sète se transforme en une île de papier et de voix, où chaque rencontre devient une aventure, chaque lecture un voyage, chaque instant une célébration. Nous dédions cette édition des Automn’Halles à un auteur que nous avons accueilli au Crac en 2022. Boualem Sansal est emprisonné depuis plus de dix mois par un pouvoir totalitaire. Condamné pour exercice illégal de… sa liberté de penser et d’écrire. En appel de sa condamnation le 24 juin dernier, l’écrivain âgé et malade lâchait devant un tribunal de façade : « La Constitution garantit la liberté d’expression et de conscience et pourtant je suis là » . Yves Izard animait la rencontre avec l’auteur de Abraham ou La Cinquième Alliance paru aux Éditions Gallimard en 2020. En charge avec une équipe des Automn’Halles des relations avec les écrivains et les éditeurs, Yves va vous dire quelques mots sur cette rencontre à laquelle certains d’entre vous ont assistée. Boualem a dû laissé une belle empreinte dans vos mémoires. Les Automn’Halles… Ce pourrait être un titre-valise inventé par Erik Satie pour une de ses mystérieuses pièces musicales. On entendrait presque dans nos halles, haranguer : mercredi je peux pas, j’ai gymnopédie ! La question que vous êtes en droit de vous poser, c’est… qu’ont donc en commun Erik Satie et la littérature? Outre le fait qu’Alfred Satie, son père, fut un temps éditeur… Noble métier, s’il en est… Je répondrai qu’après tout, nous recevons samedi Hubert Haddad, l’auteur de… la Symphonie atlantique . Pour le clou de ce festival, car Il faut toujours un clou dans un festival qui se respecte, j’hésite entre… Laurent Mauvignier, l’aspirant au Goncourt, et Michel Zambrano, le sauveteur aux ondes courtes… Lequel nous lira des inédits vendredi à bord de l’Amadeus. Laurent Mauvignier, lui, nous fera l’inventaire de la Maison vide à la Maison de la Mer lors du premier grand entretien demain. L’inventaire d’une maison vide, ça devrait être court me direz-vous… Mais comme c’est Laurent Cachard qui se charge de l’animer, vous en aurez pour votre argent, même si l’entrée est gratuite. C’est simple, les Éditions de Minuit ne jurent que par Mauvignier et ne changeraient pas un traitre-mot de leur auteur fétiche. Je rapprocherais Erik Sati de… Jules Verne, dont nous accueillons samedi l’arrière-petit-fils, Jean Verne, pour les 150 ans de la parution de l’Île mystérieuse . Erik Satie prétendait faire de la musique d’ameublement, allant jusqu’à l’assimiler à du papier peint musical. De là à parler de papier peint littéraire il n’y a qu’un lai à tourner, un pas que des érudits franchissent à propos de Jules Verne. On objectera qu’il y a des papiers peints qui font voyager. Mais je préfère laisser les exzézettes , comme on dit ici, s’exprimer. Pianiste-concertiste international et musicologue, Jean-Pierre Armengaud est également l’auteur d’une colossale biographie du compositeur de Parade , que vous pouvez vous procurer ici ou à la librairie Gavaudan. Jean-Pierre Armengaud va nous rythmer cette rencontre par des illustrations musicales de Satie jouées au piano. À ses côtés, Patrice Legay animera cette soirée. Patrice est musicien et préside l’AMA Languedoc, l’association des Musiciens Amateurs du Languedoc. L’AMA Languedoc animera ici même demain de 10h à 12h une Master Classe de Jean-Pierre Armengaud avec des œuvres de Satie jouées au piano et chantées. Puis à la Médiathèque Mitterrand… le concert Erik Satie vendredi de 18h à 19h30 et la clôture des Automn’Halles dimanche à 18h, un Clin d’œil à Satie par le groupe de jazz Les Smiles. Je terminerai par un précepte que je fais mien : « Je ne me reconnais pas le droit d’abuser des instants de mes contemporains » disait le plus littéraire des compositeurs, celui qu’Alphonse Allais appelait Esoterik Satie. Merci et belles Automn’Halles à toutes et à tous ! Jean-Renaud Cuaz Président du Festival du Livre de Sète – Les Automn’Halles
par Jean-Renaud Cuaz 29 août 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 15 août 2025
L’auteur ouvre son Concours de pêche en le dédiant à son ami Toto Neige, à l’origine de ce roman, ainsi qu’à tous ces clochards célestes sans lesquels il manquerait quelque chose au monde . Dans les premières pages, Alex, le narrateur nous invite à le suivre le long d’un quai avec son enfant Jonas qui découvre sous un palmier une dalle avec inscrit « ici a vécu Jonas le pêcheur ». Le Jonas que j’ai connu était l’homme le plus gentil du monde , lui dit-il. Je vais même te dire un secret, c’est grâce à lui si tu t’appelles Jonas . Il lui fait alors la promesse de lui raconter l’histoire de Jonas le pêcheur, plus tard, quand il sera plus grand. L’histoire d’un miracle . Mis sous pression par son boss , Alex croule sous un gros dossier, une de ces tours géantes qu’on aperçoit en atterrissant à Charles-de-Gaulle imaginées pour des gens qui y vivent. Son travail d’architecte c’est de faire en sorte qu’ils y restent le plus longtemps possible . La vie parisienne l’assomme, une vie au milieu de fantômes cravatés, les cernes tirés jusque là, éteints comme des cierges consumés . Un soir qu’il manque l’arrêt de sa station de métro et finit le trajet à pied, il surprend sa compagne à la terrasse d’un restaurant, dans les bras d’un autre, dont elle s’extirpe par un guttural « désolé Alex ! » . Il venait de casser sa tire-lire pour un gros diamant, décidé à lui faire sa demande dans le mois. Cinq années de vie commune partent en sucette et s’en vont valdinguer sur le trottoir. Il reconnaît pourtant qu’elle l’a libéré d’un cachot où il s’était enfermé lui-même à double-tour, en jetant la clé par la fenêtre . Un coup de pouce du destin qui le fera plonger dans l’alcool et enjamber son balcon d’où il tombera… du bon côté. jusqu’à trouver la rédemption auprès d’un réconfort maternel et d’un miroir qui renvoie l’image hirsute d’ un drôle de type . Un amour perdu peut mener à ça, une sorte de clandestinité vis-à-vis de soi-même . Et une résolution, avant que s’ouvre le chapitre paternel, Je vais voir la mer, là où est papa . La disparition du père, parti pêcher seul en mer, est l’occasion pour l’auteur, et pour Jack London, de nous rappeler, que l’on peut partir à la manière de Martin Eden, dans un océan de désespoir qui prend fin quelque part dans les abysses intimes et sourdes . La veille de son ultime sortie en mer, il avait emmené son fils pêcher au phare de Roquerols sur l’étang de Thau (…) Ses yeux étaient mouillés comme la coque d’un bateau flottant à la dérive . À Sète, en pleines festivités de la Saint-Louis, Alex revient loger sous un toit du quai d’Orient, avec sous les yeux le croisement des canaux et des ponts, et le douloureux rappel d’un lointain bonheur familial. À une encablure de là, à la terrasse animée du Barbu (devenu depuis quelques semaines le Bar Muge) Alex fait l’apprentissage auprès d’une autochtone de quelques leçons de savoir-vivre sétois, c’est-à-dire sans savoir-vivre du tout, sinon la gentillesse du cœur , qui, au réveil s’avèrent être tarifées. Plus tard et sans le vouloir, Alex le Parigot se retrouve au beau milieu d’une partie de pêche le long du canal , découvrant à la fois la scène et les acteurs d’une comédie dramatique à la sétoise. Il aura beau faire valoir une naissance des plus locales, Auguste et ses comparses le traiteront comme il se doit en île singulière, un estranger , trahi par le manque d’accent d’ici-bas. À force d’invectives et de fanfaronnades, voilà Auguste qui met au défi le plus vieux d’entre eux, surnommé le Turc , d’accrocher une dorade royale de 5 kilos, pas un de moins, prenant le quai de la République et ses flâneurs à témoins. Le Concours est lancé. L’Ancien sortira de sa torpeur pour une ultime bravade. Pour son Concours de pêche , Loris Chavanette en appelle à l’auteur du Vieil homme et la mer , autant que du vieil homme et l’amertume, ce fil discret comme un goût salé qui persiste et révèle des valeurs hemingwayennes : La perte et la privation . Alex vit avec une blessure d’enfance qui ne s’est jamais refermée : la disparition en mer de son père. Ce vide n’est pas seulement une douleur, c’est aussi une forme d’amertume envers le destin — un sentiment que la vie a triché, qu’elle lui a pris quelque chose de fondamental avant qu’il ait pu se construire. Cette aigreur se renforce au moment de la rupture amoureuse, comme une perte réveille les précédentes. Les affres du temps perdu. Le roman nous dépeint un homme qui, en revenant à Sète, mesure la distance entre ce qu’il aurait pu vivre et ce qu’il vit. Ce constat donne un ton désabusé, teinté d’une mélancolie que semble incarner Jonas l’Ancien, objet de toutes les attentions et de tous les superlatifs. Le concours, en apparence anodin, devient le théâtre de cette confrontation au temps qui passe — un temps qui n’a pas toujours été bien employé, ou qui a filé sans laisser de traces heureuses. L’âpreté des vies cabossées. Jonas, le sans-abri, incarne une autre forme d’amertume : celle des coups reçus par la vie et qui finissent par former une carapace. Derrière son pari du briquet en or, il y a sans doute des pertes, des humiliations, et la nostalgie d’un passé révolu. Ce personnage fait écho à Alex, comme un miroir de ce qu’il aurait pu devenir. Enfin, une amertume adoucie par la rencontre. Même si le roman laisse planer ce goût amer, il ne s’y enferme pas. Les dialogues colorés, les situations cocasses, la tendresse qui se noue entre Alex et Jonas viennent diluer cette sensation. On pourrait dire que le roman n’est pas une plongée dans l’amertume, mais une t entative de la transformer — comme si le sel de la mer pouvait devenir saveur plutôt que blessure. Le Concours de pêche Loris Chavanette Allary Éditions (21 août 2025) Loris Chavanette, historien et romancier, présentera son roman samedi 23 août à 11h, à bord de l’Amadeus, amarré, comme il se doit, quai de la République. Il est l’auteur de La Fantasia (Albin Michel, 2020), prix Méditerranée du premier roman.
par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
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