LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

SUPERBEMARCHÉ

Papiers d’agrumes & co.

Jusqu’au 8 mars 2026

MIAM à Sète


Déambulez comme au marché entre des papiers d’agrumes alléchants… Miam ! Une imagerie familière qui passe inaperçue quand nous fourrons dans le cabas un de ces imprimés avec son contenu. Quand c’est le MIAM qui les rassemble par palettes entières, la magie opère, et l’on découvre leur foisonnement créatif. Un kaléidoscope typo-graphique des plus aguicheurs. Il faut bien vendre et rendre appétissant. Un art modeste, fait de lettrages, d’imagerie populaire et cosmopolite, qui emballe vos agrumes une fois pesés pour finir à la poubelle. Ou qui emballe au point de leur offrir une seconde vie.


Ouvert tous les jours (sauf le lundi) 9h30-12h et 14h-18h


Télécharger le dossier de presse
Télécharger l’Hymne du MIAM


Contact : miam@ville-sete.fr

04 99 04 76 44

Pour les demandes de visites guidées : carnac@ville-sete.fr


MIAM - Musée international des Arts Modestes

23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny, Sète

Monet s’invite à Lunel

Jusqu’au 12 juillet

Musée Médard à Lunel


Les iris ont leur paradis sur terre meuble à Giverny. Et une parcelle au musée Médard depuis que l’institution a ouvert ses portes à l’initiative 100 œuvres qui racontent le climat du musée d’Orsay, soutenue par le ministère de la Culture. Avec Le jardin de l’artiste à Giverny (photo), Claude Monet capture la luxuriance florale de son havre normand. Ce chef-d’œuvre, exceptionnellement prêté par Orsay, s’invite à Lunel, ouvrant aux visiteurs une fenêtre sur la source d’inspiration du maître de l’impressionnisme, véritable laboratoire vivant où il observe les interactions entre les plantes, la lumière et les saisons. En écho à la présentation de ce tableau, le musée Médard propose l’exposition Le langage des fleurs, un parcours illustrant la richesse, la diversité des espèces végétales à travers les livres anciens, gravures, reliures et fers à dorer, en provenance de la bibliothèque d’Étude et du Patrimoine de Toulouse, de l’Université Lyon 1, de la bibliothèque du Carré d’Art à Nîmes et du fonds Hugo pour l’herbier de Jean Hugo.


Entrée libre

Ouvert du mercredi au vendredi 14h-18h

Samedi 10h-12h30 et 14h-18h

Information : museemedard.fr


Musée Médard

71 place Marthyrs de la Résistance, Lunel

Le dessus des cartes par Clara Castagné

Un hommage à Paul Vidal de la Blache

Du 7 mai au 14 juillet

Hôtel de Flottes de Sébasan à Pézenas


Elles côtoyaient les tableaux noirs derrière l’estrade de nos maîtres et maîtresses d’école. De gigantesques cartes murales illustrant la géographie de nos régions et au-delà. Ces représentations pédagogiques sortaient de l’imagination d’un cartographe né à Pézenas : Paul Vidal de La Blache (1845-1918). La géographie vidalienne allait s’imposer à l’aube du XXe siècle, découpant les régions sur la base d’éléments naturels mais correspondant à des réalités humaines, historiques et sociales. À l’occasion des 180 ans de sa naissance, un hommage lui est rendu par l’artiste plasticienne Clara Castagné, connue pour son travail graphique sur les cartes géographiques et les atlas, leur redonnant vie en les métamorphosant, tissant un lien entre géographie et art pictural.

Pour compléter l’hommage à Paul Vidal de La Blache, une conférence est organisée par les Amis de Pézenas sur le célèbre géographe le jeudi 15 mai au Théâtre de Pézenas.


Entrée libre

Du mardi au dimanche (sauf dimanche 1er juin) : 10h30-12h30 et 15h-19h

L’artiste est présente les dimanches (sauf dimanche 1er juin) et les jours fériés

Vernissage de l’exposition jeudi 15 mai à 18h


Hôtel de Flottes de Sébasan

11 place Gambetta, Pézenas


Théâtre de Pézenas

7 bis rue Henri Reboul, Pézenas

En bateau avec Brassens (1/2)

Chronique des jours heureux par Rémi Sautet

Jeudi 15 mai à 18h

À bord de l’Amadeus à Sète


Cap sur… Gibraltar ! Georges Brassens avait surnommé ainsi son copain du STO, devenu secrétaire, comptable et homme de confiance, pour son aptitude à le protéger, tel un roc, des assauts médiatiques. Pierre Onteniente a confié à Rémi Sautet les images et tournages de Brassens lui-même, révélant les premières années parisiennes du poète, jusqu’aux jours heureux, lorsqu’il retrouvait ses amis et son bateau à Sète. Des documents inédits… Écoutez Jeanne ponctuer sa chanson par un Vive la Bretagne ! des plus téméraires. 

Table ronde animée suivie d’un apéritif-dégustation de produits de la mer.

Le second volet de En bateau avec Brassens est programmé le jeudi suivant, le 22 mai à 18h : Chronique de l’immortalité.

En partenariat avec Azaïs-Polito et Audasud


Accès : 10€ par personne

Réservation conseillée 06 41 01 44 31

b.causse@voilier-amadeus.com

Sur helloasso


L’Amadeus est amarré au quai de la République à Sète

(entre les ponts de Tivoli et de la Victoire)

La dynastie des Roux

Témoins d’une épopée maritime et commerciale

Du 1er mai au 26 octobre

Ancien Évêché d’Uzès


Uzès, premier Duché de France, ville classée site patrimonial remarquable depuis 1965 et labellisée ville d’Art et d’Histoire depuis 2008, accueille une nouvelle exposition dans l’un des plus beaux édifices de la ville, le Palais Épiscopal, appelé aussi Ancien Évêché. Dans ce prestigieux écrin, plus de 110 œuvres sont exposées, dont 75 aquarelles de la famille Roux. une dynastie d’artistes qui tenaient boutique au port de Marseille, et qui ont fait le bonheur d’officiers de marine, capitaines de navires, armateurs de toutes nationalités pendant près de 100 ans. L’enseigne, établie au milieu du XVIIIe siècle par Joseph Roux, commercialisait des cartes maritimes, compas et boussoles, pavillons aux couleurs bigarrées. Premiers portraitistes de la marine, les Roux vont se démarquer de leurs pairs par leur extraordinaire précision technique. Ces toiles d’exception sont accompagnées de nombreux objets de la marine et de splendides maquettes de bateaux, dont une prêtée par le musée national de la Marine de Paris.


Ouvert tous les jours 10h-18h
Plein tarif : 10€

Tarif réduit : 8€

Durant toute la durée de l’exposition, Marc Stammegna, commissaire de l’exposition, proposera des visites guidées

Contact 04 66 22 68 88


Palais de l’Ancien Évêché

Place de l’Évêché, Uzès

André Cervera

Horizons mouvants
Jusqu’au 3 juillet

La Mouche à Béziers


Pour croiser sous nos tropiques des animaux-totems, des troncs bicéphales et autres figurations débridées, ce n’est pas dans une rue blafarde qu’il faut vous rendre, encore que, mais dans les galeries où ils sont mignotés. À Béziers, La Mouche accueille avec André Cervera un des fidèles représentants de ce courant d’art. À travers une rétrospective de ses réalisations les plus significatives, plusieurs séries inédites sont proposées. L’une est issue d’un voyage au Maroc. L’artiste y a découvert un climat et un univers qu’il affectionne, mythes, rituels, cérémonies. Une autre, plus dépouillée, se décline sur Vélin d’Arches où s’insèrent ses créatures ectoplasmiques. Comme dans un théâtre persan ou sortis de fables millénaires—l’empreinte d’un récent voyage à Casablanca—l’artiste donne vie sur le papier à des silhouettes qui nous font comprendre le titre choisi Horizons mouvants.


Entrée libre

Du mardi au samedi 10h-13h et 15h-19h

Contact 04 67 30 63 52

contact@lamouche-art.com


La Mouche lieu d’art contemporain

Domaine de Pradines le Bas

Route de Corneilhan, Béziers

Les Marteaux de Gellone

Fabrique de musiques médiévales #8

Du 23 mai au 1er juin

Saint-Guilhem-le-Desert


Haut lieu de la spiritualité médiévale, la cité classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO accueille régulièrement Les Marteaux de Gellone pour leur festival. Un programme riche et festoyant. Jugez-en vous-même : 5 concerts ouvrant sur des visions novatrices des musiques médiévales, 2 créations étudiantes, un colloque sur les flûtes, un atelier d'archet-lutherie, un salon d'archéo-lutherie. Et en clôture, une soirée de gala pour fêter les 10 ans du Centre International de Musiques Médiévales (CIMM).


Soirée exceptionnelle : accès libre dans la limite des places disponibles

Concerts :

Tarif normal : 20 €

Tarif réduit (adhérents, donateurs) : 12 €
Tarif étudiants, jeunes (15-27 ans) : 5 €

Créations étudiantes : accès libre dans la limite des places disponibles

Atelier d’archéo-lutherie : voir ici

Colloque : accès libre dans la limite des places disponibles

Salon : accès libre


Billetterie en ligne

Sur place, 1 heure avant chaque concert


Saint-Guilhem-le-Désert

Êtes-vous triste ?

Sophie Calle

Jusqu’au 21 septembre

MRAC à Sérignan


Sophie Calle farfouille dans les vies humaines depuis la fin des années 70. Pour en extirper des tombereaux d’émotions, des plus fortes aux plus platement ordinaires. Un matériau comme un autre au cœur de sa production artistique. Depuis un demi siècle, la voilà tour à tour artiste conceptuelle, photographe, vidéaste, détective, qui transforme tout ce qui bouge de son vécu et son intimité en œuvres d’art. Tantôt légères et drôles, tantôt sérieuses, dramatiques ou cruelles, ces histoires vraies, accompagnées d’images, livrent dans un work in progress les fragments d’une vie. Une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration sous la forme d’installations, de photographies, de vidéos et de récits dans lesquels ne manquent pas de puiser, à leur tour, les plus grands musées du monde.


Ouvert du mardi au vendredi 10-18h

et le week-end 13-18h.

Tarif normal : 5 €

Tarif réduit : 3 €

Gratuité pour tous le premier dimanche de chaque mois

Télécharger le dossier de presse

Contact 04 67 17 88 95


Musée régional d’art contemporain

Occitanie / Pyrénées-Méditerranée

146 avenue de la plage, Sérignan

Nuit européenne des musées

Samedi 17 mai

Musée Paul Valéry à Sète


Découvrez la Nuit européenne des musées, leurs entrées sont libres.


De 18h à 23h : Paul Valéry au crépuscule 1939-1945

Commémorant les 80 ans de sa mort, le musée revient sur les dernières années de Paul Valéry, assombries par la tragédie de la guerre. Une partie de la salle consacrée au poète sera revisitée dans une nouvelle muséographie. Une occasion de (re)découvrir à travers les archives et les documents du fonds du musée Paul Valéry le portrait d’un homme sensible, l’amoureux éperdu, le père de famille inquiet et l’artiste derrière le personnage officiel.


De 20h à 21h : Chefs-d’œuvre en lumière

Venez découvrir en visite guidée les collections du musée autour d’une sélection d’œuvres emblématiques. Essentiellement composées d’œuvres du XVIIe siècle à nos jours, les collections comportent un ensemble classique, académique, moderne et contemporaine. 


De 21h30 à 22h30 : Laissez parler les petits papiers ! 

Dans une atmosphère de petite guinguette, les comédiens évoluent et improvisent autour d’une carriole, seul élément de décor et source de lumière et de son. Le public mène la barque avant le début du spectacle en notant sur des petits papiers les thématiques à partir desquelles les comédiens devront improviser. Spectacle d’improvisation par la Cie Moustache avec les comédiens Marine Monteiro et Philippe Hassler.

Dans la limite des places disponibles.


Musée Paul Valéry

148 rue François Desnoyer, Sète

Festival Contes de la Grande Bleue
Vendredi 9 et samedi 10 mai

Cœur de ville à Agde


Embarquez pour un voyage à travers les contes. Laissez-vous porter au gré des mots et des histoires, faites escale de spectacle en spectacle, évadez-vous sous une tente magique et découvrez des ateliers créatifs, des jeux de plein-air et plein d’autres surprises. Vous découvrirez la fabuleuse histoire du Rei de las agraulas ou Roi des corbeaux, un spectacle bilingue français-occitan entre ombre et lumière. Pas très loin, un Conte dans les roseaux vous enchantera au milieu des grandes herbes... Une escale plus au Nord, sur les terres danoises d’Hans Christian Andersen, vous surprendra avec une Poucette inattendue, dessin sur sable évoluant en musique au gré de ses aventures. Bien d’autres escales sont prévues durant ces deux jours, entre terre et mer, mais toujours sous le signe de la découverte et du partage. 

 

Spectacles et ateliers sur réservation, places limitées


Médiathèque Agathoise

Place du Jeu de Ballon

Contact 04 67 94 67 00

www.mediatheque-agde.fr

Réservation ateliers


Théâtre Agathois

25 rue de la République

Contact 04 67 94 67 80

www.theatreagathois.fr

Billetterie en ligne

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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