LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE FÉVRIER
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

LE CINÉMA INDÉPENDANT AMÉRICAIN

62e Rencontre Cinéma de Pézenas

Du 21 au 27 février

Cinéma Le Molière et Théâtre de Pézenas


Au pays de John Wayne, le cinéma indépendant nous rappelle qu’Hollywood et ses conglomérats ne sont que le côté pile du nickelodeon. Côté face, Scorsese, Lynch, les frères Cohen et leur Sundance Festival, créé en 1981 par Robert Redford. Des années 50 à nos jours, le cinéma d’auteur américain sera à l’honneur lors de la 62e édition de la Rencontre Cinéma de Pézenas, avec près de 30 films présentés par des spécialistes. Deux expositions, une rencontre littéraire avec Stan Cuesta, deux moments musicaux, un ciné-goûter complèteront ce rendez-vous incontournable.


Dans son escarcelle, notons quelques pépites dont Joan Baez : I Am A Noise. Ce documentaire revient sur la carrière d’une icône folk et militante humanitaire. Nous la suivons dans sa dernière tournée de New York à Paris. En ouvrant pour la première fois ses archives personnelles, Joan se livre sans fard sur sa renommée, son combat pour les droits civiques, sa romance déchirante avec Bob Dylan. Le film sera suivi d’une rencontre littéraire avec Stan Cuesta auteur de la biographie Joan Baez (Éd. Hoëbeke).


La bande annonce du documentaire

Télécharger le tableau des programmations


Informations 

www.RencontreCinemaPezenas.com 

06 82 98 61 05 / sarah@lafccm.org 


Cinéma Le Molière

1 place Ledru-Rollin


Théâtre de Pézenas

7 bis rue Henri Reboul

La République

par la Compagnie des Amis de Platon

Samedi 8 et vendredi 14 février

Illustre Théâtre à Pézenas


Osez Platon ! Une troupe de théâtre propose de venir dans votre cité, votre lyceum pour y affirmer l’existence, au-delà du monde sensible, d'un monde intelligible, celui des Idées. Rousseau écrivait : « Voulez-vous prendre une idée de l’éducation publique ? Lisez la République de Platon. Ce n’est point un ouvrage de politique, comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leur titre. C’est le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait ». La Compagnie des Amis de Platon est née en 1984 à l’initiative de Marie-Ange Mathieu, professeure agrégée de Philosophie. Elle a pour but de faire connaître les dialogues de Platon par le théâtre, et se donne pour mission de transmettre les textes du philosophe avec une grande rigueur et une grande jubilation.


Samedi 8 février à 20h

Vendredi 14 février à 10h / 14h30 / 20h


Tarif normal : 18€

Tarif réduit : 15€ (demandeurs d’emploi, étudiants, enfants, bénéficaires de minima sociaux)

Tarif groupe : 12€ (groupes de 10 personnes et plus)

Billetterie


Contact : 04 67 98 09 91

contact@illustretheatre.fr


Illustre Théâtre

22 avenue de la Gare du Midi, Pézenas

Geneviève Asse

Le bleu prend tout ce qui passe

Jusqu’au 18 mai

Musée Soulages à Rodez


Peintre du silence, Geneviève Asse (1923-2021) ignorait les mouvements traditionnels, le roulement des grosses caisses de la figuration libre. Son univers, vaste, se teinte d’une lumière incidente et de bleus brossés en traits ou en aplats. Les bleus Asse sont inclassables, hors des nuanciers, gagnant progressivement l’espace sur les toiles, au fil des années. Un espace à peine conquis, aussitôt divisé par une ligne absolue, qu’on devine nécessaire. Les natures mortes austères des années 40, les nébulisations de blancs et de gris ont fait leur temps, mais affleurent encore dans ce bleu-gris, azur incertain, décliné sur plus de 70 œuvres. Des peintures, quelques carnets de celle qui fut l’amie d'écrivains et de poètes comme Yves Bonnefoy, Samuel Beckett, Pierre Lecuire, Silvia Baron Supervielle, Claude Estezban…


Du mardi au vendredi : 10h-13h et 14h-18h

Samedi et dimanche : 10h-18h

Tarif normal : 12€

Tarif réduit : 8€
Gratuit pour moins de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploi et allocataires du RSA

Billetterie

Le billet d’entrée au musée Soulages donne accès également au musée Fenaille


Contact 05 65 73 82 60

museesoulages@museesoulagesrodez.fr


Musée Soulages

Jardin du Foirail, avenue Victor Hugo, Rodez

L’atelier de Jean-Claude Durand-Boguet

Du 5 février au 1er mars

La Pop Galerie à Sète


Après son quatuor Viallat-Dezeuze-Combas-Di Rosa, qu’avait épinglé Pascal Saumade, sa Pop Galerie présente L’Atelier de Jean-Claude Durand-Boguet. Plus précisément une partie de son vaste contenu, les murs de l’atelier s’étant révélés indémontables. Une sélection par l’artiste d’œuvres multiformes aux techniques rudimentaires, voire primitives, où règnent l’équivoque, l’incertitude et la double entente. Ses nombreux voyages en terre africaine et orientale y ont laissé leurs traces. Rouleaux de papier suspendus, étendus, étagères animées de figures archaïques… La symbolique d’une terre indomptée, avant que l’homme ne la souille, hante ce lieu que l’artiste déplace à un jet de truelle, le temps d’une exposition à ne pas rater.


Vernissage samedi 1er février à partir de 15h

Du mercredi au samedi 15h-19h et sur rendez-vous

La Pop Galerie

L’atelier : durand-boguet.com


La Pop Galerie

16 quai du Pavois d’Or, Sète

Quand une Figure Singulière – Mireille Toussaint – accueille son biographe – Laurent Cachard – accompagné d’une Figure Singulière – Martine Bousquet et ses chansons… C’est à 17h30 ce jeudi 30 janvier au Café Lulu.

Venez nombreux goûter ce Tome 2 des 25 Portraits de Sétois d’aujourd’hui.

Une interview-goûté suivie d’apéro et vente-dédicace des Tomes 1 et 2 des Figures Singulières

Patrick Auzet-Magri : Decameron 

Lecture musicale d’après Boccace

Jeudi 6 février à 19h

Kailash Éditions à Sète


Ceux-là ne seront pas vaincus par la mort, ou bien elle les prendra en pleine joie — Boccace, Decameron

On y apprend que, mystérieusement guéri d'un amour obsédant, le poète Boccace (1313-1375) décida de consacrer un peu de son temps aux plaisirs d'un lectorat principalement féminin. Patrick Auzet-Magri en propose une lecture musicale affriolante, accompagné de sa guitare.


Réservation conseillée, places limitées

Participation 10 €

Suivi d’un verre de l’amitié

Contact : 06 01 12 41 89


Kailash Éditions

1 quai Rhin et Danube, Sète

James Sacré et Daniel Dezeuze

Rencontre et signature
Samedi 8 février

Galerie AL/MA à Montpellier


À l’invitation de la Galerie AL/MA, les éditions Méridianes reçoivent le poète James Sacré et l’artiste plasticien Daniel Dezeuze pour une rencontre et signature de leur récent ouvrage : Rue de la Croix à Celleneuve, ses escaliers puis d’autres. Un long poème en six parties illustrées de dessins et collages. Des lieux se succèdent, on en gravit les marches l’une après l’autre, comme les pensées qu’elles engendrent. Jusqu’à former par degrés une poésie à gravir. Une écriture irrégulière, comme un dessein qui se cherche. Ses mots sont simples comme les anciennes maisons vigneronnes de ce village de Celleneuve devenu quartier de Montpellier. Vers la fin de son poème, James Sacré sollicite les séries de dessins et collages de Daniel Dezeuze. Des escaliers du même acabit, simples et rugueux, cascadant sur les pages comme en écho dans la rue de la Croix.


Mercredi au samedi 14h30-18h30
Contact
06 63 27 15 63

Télécharger le bon de commande du livre


Galerie AL/MA

5 rue du Plan du Palais, Montpellier

Les documentaires des Amis du Musée Paul Valéry

De Cézanne à Bonnard, l'atelier du Midi

Mardi 4 février à 17h

L’École de Nice

Dimanche 23 février à 15h

Médiathèque Mitterrand à Sète


De Cézanne à Bonnard, l'atelier du Midi écrit et réalisé par Florence Mauro (2013 - 60 mn)

Ce documentaire propose une fascinante déambulation à travers les œuvres impressionnistes inspirées par la Méditerranée. Explorant de riches archives personnelles, il raconte le dialogue constant entre les peintres de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, qui n’ont cessé d’échanger. Un lumineux voyage en pays méditerranéen, à la découverte d’un Midi surprenant et créatif, lieu privilégié de l’avant-garde picturale.


L’École de Nice écrit et réalisé par Christian Passuello (1998 - 52 mn)

En dépit d’une indifférence locale, l’École de Nice est le premier mouvement décentralisé de l'art moderne en France. Dans ces années 60-70 niçoises, les galeries, les institutions, les subventions et les musées sont inexistants. Malgré tout, les Nouveaux Réalistes, Fluxus, Support Surface, Groupe 70, s'exposent dans tous les lieux disponibles. L'École de Nice, qui n'a d'académique que son nom, regroupe les individualités les plus diverses.


Médiathèque F. Mitterrand

Boulevard Danielle Casanova, Sète

Vinny Murano présente…

Hueco Mundo

Du 1er au 15 février

Open Space Galerie à Sète


Hueco Mundo ou monde creux en espagnol. Vinny s’y penche et y voit un peuple fantôme, créatures errantes « dans une quête interminable de satisfaction personnelle et de sens ». La figuration libre sétoise a vu grandir Vinny. Ses parents sont passés par les beaux-arts de Perpignan. Pour Vinny, ce sera ceux d’Aix-en-Provence et des toiles néo-expressionnistes, dans lesquelles la bande dessinée reste une source d’instigation inépuisable en île singulière. Il cerne et traite ses silhouettes de biffures noires et franches pour mieux évoquer l’isolement d’une civilisation égotiste. Les cases sont là aussi pour cadenasser tout espoir d’évasion. En chimiste fureteur, Vinny dose sa palette de couleurs bien avisées, pour enfoncer le clou ou, parfois, pour un apport d’humanité.


Vernissage samedi 1er février à 18h

Du lundi au samedi 10h-12h et 14h-17h30

Dimanche 15h-18h


Contact : 07 81 88 03 14

openspacesete@gmail.com


Open Space Galerie

8 rue Garenne, Sète

Exposition Rouges Vertes Brunes

Secrets des algues marines

Du 7 février au 25 août

Musée de l’étang de Thau à Bouzigues


On ignore presque tout de cette laitue aquatique. Chez nous, elle scandalise le touriste, tourmente le pêcheur, entrave l’ostréiculteur… Les Bretons l’ont pourtant adoptée et valorisée. Le monde végétal marin offre partout une diversité unique que les amis du musée de l’étang de Thau présentent à travers cette exposition. Un alguier d’une quarantaine de planches en est à l’origine, découvert dans les réserves du musée de l’étang de Thau. Les bienfaits des algues ne sont plus à démontrer… ici comme ailleurs.


Artiste invitée : Hitomi Takeda

Vernissage mercredi 5 février à 18h30

L’artiste a eu carte blanche pour offrir aux visiteurs sa vision. Elle-même a appris à réaliser un alguier, « avec les algues ramassées à marée basse, les feuilles de bristol, un pinceau, une montagne de papier absorbant et du papier journal, et un gros caillou plat ».


Du mardi au dimanche 10h-12h et 14h-17h

Tarif adultes : 5 € 

Enfants jusqu'à 12 ans : 3.50€

Famille : 10 €


Musée de l’étang de Thau

Quai du Port, Bouzigues

Week-end lyrique
Vendredi 7 et samedi 8 février

Château de Flaugergues à Montpellier


Dîner Lyrique vendredi 7 février 2025 à 20h

Dîner lyrique d’exception ponctué d’interludes musicaux avec Chloé Chaume (soprano), Emilien Marion (ténor) et Frédéric Isoletta au piano.

Menu Bel Canto signé par la chef Léa Roque et ses équipes du restaurant Folia.

Concert + diner aux chandelles + vins du Château de Flaugergues


Apéro Opéra samedi 8 février 2025 à 18h

Les artistes lyriques en concert avec des duos d'opéra et opérette avec un apéritif servi durant l’entracte autour des vins du Château. Concert + vins du Château de Flaugergues + bouchées apéritives


Réservation et Informations


Château de Flaugergues

1744 avenue Albert Einstein

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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Ce bulletin culturel est publié par Audasud

8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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