LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE DÉCEMBRE
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

LE GRAND LIVRE DES JOUTES

de  1900 à  1951

Les palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux

Portfolio commémoratif de la 280e édition de la Saint-Louis


Un écrin noir aux silhouettes de jouteurs vernies renfermant un livre de 68 pages, 16 feuillets A4 (297x210mm) et 2 feuillets 3-volets A4 (581x210mm), fabriqué en édition limitée.


En 1960, peu après la mort du grand jouteur Vincent Cianni, Clémenceau Terme, appariteur-chef de la mairie de Sète, offrait à Nicolas Cianni, son fils, ses sublimes registres personnels. Ils furent légués plus tard à Jean-Louis Cianni, petit-fils de l’homme aux 100 victoires. Ces annales des joutes de 1900 à 1951 étaient consignées avec une dévotion et une graphie magistrales.   Ce projet éditorial a immédiatement suscité un réel enthousiasme du Maire François Commeinhes, qui dans sa jeunesse avait foulé la tintaine, et de l’éditeur Jean-Renaud Cuaz, également président de la SEHSSER (Société d’études historiques et scientifiques de Sète et sa région).

Ces 4 volumes ne pouvant être intégralement reproduits—une dizaine de pages par registre figurent dans le livre—il a été décidé de les offrir en accès libre sur Internet, afin qu’ils soient partagés avec tous ceux qui aiment Sète et ses joutes.


Les 4 grands registres à feuilleter sur la plateforme Calaméo d’Audasud

Téléchargez le Bon de Commande

Commandez le Grand Livre des Joutes sur Audasud.fr

280e Saint-Louis, le film

Jeudi 12 décembre à 18h30

Cinéma le Palace à Sète


Refaire cette finale des Lourds déchirante qui voit l’ultime trophée nous échapper… Mais revoir aussi sur grand écran une 280e édition homérique, une rétrospective envoûtante à ne pas manquer. Cette sélection des moments forts de la Saint-Louis 2024, entre parades et affrontements, est ouverte à tous. En avant partout ! Mais prenez garde, l’accès se fera dans la limite des places disponibles. Arrivez tôt pour vous garantir le moelleux d’un fauteuil face à l’embrasement du Cadre Royal.


Cinéma Le Palace

24 avenue Victor Hugo, Sète

A Thousand Ways: An Assembly

600 Highwaymen

Vendredi 6 décembre

Mairie de Murviel-lès-Montpellier


Le New York Times itself s’esbaudit dans sa rubrique culturelle : Splendide, drôle, doux et inattendu dans la façon dont cette expérience nous touche, et parle d’une création qui interpelle, une création humaine et profondément tendre. Au fil de l’heure, elle nous défait de notre armure qui nous fait traverser nos journées en étant brusques, indifférents et hostiles. Le pitch : 16 membres du public qui ne se connaissent ni d’Adam, ni de Lodève, vont se rassembler pour une heure sur une scène dubitative. À l’aide d’un scénario écrit avec précision, ils vont construire une histoire qui évoque la persévérance. Une œuvre de théâtre unique et d’une grande actualité.


De 19h à 20h30

Tous publics, à partir de 16 ans

Billetterie

Informations

www.600highwaymen.org


Mairie

5 rue des Lavoirs, Murviel-lès-Montpellier

Séance dédicace et exposition Ceci n’est pas une pipe

Livre de Alice Lugand, illustré par Topolino

Du samedi 14 au mardi 17 décembre

Espace Félix à Sète


Un goéland fureteur a trouvé son prête-plume en la personne d’Alice Lugand. Avec ce volatile, qu’on nomme gabian en île singulière, elle ne pouvait pas mieux tomber. Essentiellement côtier et omnivore comme le Sétois qu’il survole, le gabian ne pêche pas, il escamote d’un coup d’aile sa becquée quotidienne. Alice a donc suivi ce fouinard dans sa quête d’un usage à ce curieux objet qu’un poète-chanteur laissait pendre sous sa moustache. Et s’il lui fallait un complice pour appuyer son propos, Alice le trouva avec Topolino, pour notre plus grand bonheur. Le peintre-dessinateur, répondant au nom de Mickey Mouse en italien, est connu pour réinventer à sa main la ligne claire de la BD, l’épaissir ou l’affiner, la débrider pour la laisser libre courir dans ses innombrables carnets. À peine un diplôme d’histoire contemporaine en poche, qu’il en sortait un feutre pour ne plus le lever de la page, et une palette de couleurs à faire pâlir les rouges-gorges.


Samedi 14 décembre, à 19h, rencontrez la conteuse Alice Lugand et Topolino pour des dédicaces illustrées.

Exposition jusqu’au mardi 17 décembre, suivie d’un accrochage des Topoks du chroniqueur feutré Topolino, qui à son habitude, croque tous ceux qui bougent…


Espace Félix

2 quai Général Durand, Sète

En regard : Brigitte Aubignac / Nazanin Pouyandeh

Du 14 décembre au 2 mars

Musée Paul Valéry à Sète


Mises en regard par leur approche figurative, les expositions de deux femmes peintres, Brigitte Aubignac et Nazanin Pouyandeh, sont traversées par des questionnements sur le masculin-féminin et le réalisme dans la peinture. Un dialogue à leur corps défendant, des autoportraits sans fard affirmant une exigence de vérité sans concession. Étrangères l’une à l’autre, les deux artistes partagent néanmoins des questions inhérentes à la pratique de la représentation. Brigitte Aubignac sollicite l’histoire de l’art, tandis que Nazanin Pouyandeh assigne l’art de l’histoire, de la religion et du symbolisme.


Vernissage : vendredi 13 décembre 18h30

Ouvert tous les jours 10h-18h sauf le lundi
Contact 
04 99 04 76 16

museepaulvalery@ville-sete.fr


Musée Paul Valéry

148 rue François Desnoyer, Sète

René-François Grégogna (1926-2011)
Peintre, mec créant, anartiste, aux univers multiples

Jusqu’au 10 janvier

Château Faiteau à La Livinière


En riposte aux Frac du ministère de la Culture, ces marécageux Fonds Régionaux d’Art Contemporain, un artiste piscénois allait initier ses Vrac (Volume Relief Action Couleur) et battre le rappel. Une mesure de rétorsion des plus créatives et fédératrices. René-François Grégogna accueillit une ribambelle de plasticiens alentour et s’enticha de matières à créer pas banales. Les plaques de rouille rongées par le temps. La laine tapissée pour un hommage à l’autre marginal de l’étape, Boby Lapointe. Il se disait peintre, mec créant, anartiste. Se plaisait à mettre en rogne les idées reçues, à faire sortir de leur gonds les images toutes faites. L’ami Grégo vraquait à ses occupations, baignées de naturel, de grâce et de poésie.


Entrée libre et gratuite

Lundi, jeudi, vendredi 9h30-12h30 et 14h-18h

Contact 06 23 00 45 61 

contact@chateaufaiteau.com


Château Faiteau

17 bis route des Mourgues, La Livinière

Mistral Superstar ! De Maillane à Stockholm

Jusqu’au 8 février

Domaine Pierresvives à Montpellier


Comme un pied de nez à la parlure officielle, Frédéric Mistral et 6 autres poètes lancent le Félibrige en 1854, pour défendre la langue et la culture provençales. L’Almanach provençal, publié dès l’année suivante, sera leur étendard, faisant des émules en Hérault. Une exposition, Les figures héraultaises du Félibrige, leur est consacrée. Son influence dépasse les frontières, et va même trouver un écho auprès des Italiens et des Catalans. La publication de Mireille en 1859 changera la dimension de ce petit cercle. Charles Gounod en fera un opéra en 1863. Le prix Nobel de littérature 1904 fera de Mistral une star, une dimension révélée dans sa correspondance, les demandes de photographies, d’objets ou de souvenirs du maître, comme on demande une photo dédicacée à une idole. De grandes institutions nationales se sont associées à cette exposition : le Musée du Louvre, la Bibliothèque Nationale de France, le Centre National du Costume de Scène à Moulins, le Musée des Arts Décoratifs et le Mucem (musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée).


Entrée libre et gratuite du mardi au samedi 10h-19h

Visites guidées de l'exposition les mercredis à 16h et les samedis à 11h et 16h

Contact 04 67 67 30 00


Domaine départemental Pierresvives 

907 rue du Professeur Blayac, Montpellier

Le carnaval des animaux

Samedi 14 décembre

Scène de Bayssan à Béziers


Ils ont fait allégeance à Count Basie, Duke Ellington, Thad Jones. Il y a de pires contagions. Les bouillonnants musiciens du Amazing Keystone Big Band, créé en 2010, et leur orchestre d’amis triés sur le volet expérimentent les idées neuves, tout en revisitant les perles d’un répertoire increvable. Complices depuis le Conservatoire, le pianiste Fred Nardin, le saxophoniste Jon Boutellier, le tromboniste Bastien Ballaz et le trompettiste David Enhco (Révélation aux Victoires du Jazz) assurent la direction et les arrangements de l’orchestre. Sur la scène du Baysan, les 17 trublions surdoués du Keystone vont s’emparer du classique de Saint-Saëns pour une version jazz & swing détonante. Le carnaval des animaux ne fut qu’une parenthèse dans la carrière du musicien. Sous couvert d'une description animalière, ce pastiche musical, grande fantaisie zoologique, allait voir son dompteur achever la même année sa Symphonie n°3 avec orgue, son chef-d’œuvre.


À 20h - durée 1h30

Tarifs : 14€ à 28€

Réservez

Contact : 04 67 28 37 32

scenedebayssan.fr


Théâtre Michel Galabru

Route de Vendres, Béziers

Les arbres s’émerveillent

Jusqu’au 12 janvier

Domaine Restinclières à Prades-le-Leze


Comprendre les arbres mais aussi en (re)découvrir les usages pour l’homme, l’agroforesterie. La Maison départementale de l’environnement vous embarque à travers 3 expositions. Explorez l’écrin sacré de ce domaine qui abrite des écosystèmes insoupçonnés, percez les mystères de cet ambassadeur du vivant à travers un parcours pédagogique. Ancré dans le sol par ses racines, ses feuilles suivent le rythme des saisons, il peut être urbain, montagnard. On le trouve en bord de mer ou en pleine jungle. Un trublion moustachu a même fait du chêne son copain, son alter ego. Il était du même bois, un peu rustique, un peu brut.


240 hectares d'Espaces Naturel Sensible (ENS)

Ouverture 7j/7

Parking gratuit

Aire de jeux

Aires de pique-nique

Divers sentiers de randonnées et de balades

Accès libre et gratuit à tous les équipements

Des animations toute l'année

Informations : 04 67 67 82 20

domainederestinclieres.herault.fr


Domaine du Département Restinclières

Prades-le-Lez

Voyage dans la lune

15, 17, 20 et 22 décembre

Opéra Comédie à Montpellier


Dix ans après la triomphale parution du roman De la Terre à la Lune de Jules Verne, Offenbach imagine son second opéra-féerie en quatre actes qui constitue un de ses plus beaux succès lyriques au Théâtre de la Gaîté. À une allure trépidante, l’oiseau moqueur du Second Empire déroule ses gags, quiproquos et dialogues parlés hauts en couleurs. Au passage, on s’apercevra que les péripéties qui agitaient la société au XIXe siècle sont toujours celles qui gouvernent le monde en 2024. Éclairé d’une lumière nouvelle par la mise en scène d’Olivier Fredj, ce batifolage revisité avec brio augure un Noël ébouriffant !


Dimanche 15 décembre : 17h

Mardi 17 décembre : 19h

Vendredi 20 décembre : 20h

Dimanche 22 décembre : 17h

Prévoir d'arriver 30 mn avant le spectacle

Billetterie


Opéra Comédie

1 place de la Comédie, Montpellier

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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