LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JANVIER
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Lectrice, lecteur, réjouissons-nous !

Votre Bulletin Culturel franchit aujourd’hui le cap des trois années de publication. Amère concomitance, une lueur maternelle s’éteint. Mais Noël nous rappelle inlassablement cet événement constant et capital : le début d'une nouvelle vie. De nombreux projets d’édition sont apparus en 2024, portés par L’An Demain et Audasud qui clôture l’année avec un splendide portfolio dédié aux joutes sétoises et régionales de la première moitié du XXe siècle. L’année à venir s’annonce tout aussi prolifique, poussée par une obsession de donner à voir, à lire… à partager !

D’ici là, bien du bonheur chez vous, et que la nouvelle année vous soit capiteuse.

Jean-Renaud Cuaz

MARIANO FORTUNY Y MARSAL

Visions d’Orient

Musée Goya à Castres

Jusqu'au 9 mars 2025


Les 150 ans de la disparition de l’artiste espagnol Mariano Fortuny y Marsal (1838-1874) nous offrent à voir quatre-vingts des œuvres de ce grand virtuose de l’aquarelle. Sa peinture, marquée par le goût d'une époque éprise de bric-à-brac et de morceaux de bravoure, n'est jamais indifférente. Après des séjours au Maroc et à Paris, il retourne en Italie, où il avait eu le Prix de Rome, pour y mourir à l'âge de 36 ans, le 21 novembre 1874 du paludisme, contracté l'été précédent alors qu'il peignait en plein air à Naples et Portici. Il fut l'un des peintres espagnols les plus admirés par ses contemporains, en Espagne mais aussi en Europe et aux États-Unis.


Du mardi au dimanche de 10h à 17h

Contact : 05 63 71 59 30

goya@ville-castres.fr

museegoya.fr

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Musée Goya

Rue de Hôtel de ville, Castres

Toute l’histoire de la peinture, en moins de deux

Samedi 11 janvier à 20h30

Le Corum Salle Berlioz à Montpellier


Voici une belle promesse tenue par Hector Obalk. L’historien et critique d’art présente un spectacle sous forme de stand-up en musique et en images sur l’histoire de la peinture occidentale, accompagné de ses musiciens et d’un écran géant projetant des détails époustouflants. Une présentation complète, visuellement sophistiquée, rythmée et drôle d’un expert original, passionné et pédagogue. Pour tout public, de 9 à 99 ans. Sur la trame d’un mur de 1000 images, chaque représentation propose de visiter toute l’Histoire de la peinture, de Giotto à Yves Klein, et au-delà…


Tarifs : 25 € / 55 €

Réserver

adamconcerts.com


Le Corum Salle Berlioz

Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier

Soliste en lumière : Chloé Dufossez

Dimanche 12 janvier à 16h

Théâtre Molière à Sète


En prélude, la flûtiste Chloé Dufossez visite une commande de l’Orchestre mondial pour la paix, Three Paths to Peace de la Britannique Roxanna Panufnik (née en 1968) qui entrecroise les inspirations bibliques, toraniques et coraniques, pour les faire converger vers une harmonie homogène et réjouissante. Elle est la soliste du romantique Concerto pour flûte en ré majeur opus 283 de Carl Reinecke (1824-1910), dernier concerto avant la mort du compositeur romantique en 1910. La plus mozartienne des neuf symphonies de Ludwig van Beethoven (1770-1827), la Symphonie n° 2 en ré majeur opus 36 visitera en conclusion différents styles tout en prenant un malin plaisir à les déjouer.


Durée : ±1h30 avec entracte

Direction Eduardo Strausser, Flûte Chloé Dufossez

Orchestre national Montpellier Occitanie

Réserver

Informations


Théâtre Molière - Scène nationale Archipel de Thau

Avenue Victor Hugo, Sète

Traversées

Ravel, Barber, Tchaïkovski

Vendredi 31 janvier à 20h

Le Corum Opéra Berlioz à Montpellier


La Pavane pour une infante défunte est à l'origine une pièce pour piano de Maurice Ravel (1875-1937) composée en 1899 et dédiée à la princesse de Polignac. Cette œuvre douce et mélancolique, qui fut toujours bien accueillie par le public, fait partie des compositions emblématiques de Ravel. Première symphonie d’un compositeur américain à avoir été interprétée en 1937 au festival de Salzbourg, la Symphonie n° 1 de Samuel Barber (1910-1981) est un trait d’union entre l’Europe et l’Amérique : composée à Roquebrune dans les Alpes françaises, elle est dédiée à son compagnon, le compositeur italien Gian Carlo Menotti. Quant à la Symphonie n° 4, elle inaugure une période de reconnaissance du talent de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) comme personnalité musicale de premier plan. De grandes pages voient le jour à sa proximité, notamment le Concerto n° 1 pour piano, Le Lac des cygnes, Eugène Onéguine et le Concerto pour violon. Trois uniques symphonies sur les pupitres de l’Orchestre national Montpellier Occitanie et sous la baguette de son directeur musical Roderick Cox.


Prélude au concert : 19h

Durée : ±1h50 avec entracte

Tarifs : de 25€ à 45€

Réservation à la billetterie de l’Opéra Comédie

Par tél. 04 67 60 19 99 du mardi au samedi 10h-13h et 14h-18h

Réserver en ligne

Informations

L’Agnus Dei de l'Adagio for Strings sur YouTube (désolé pour la pub en plein milieu… sacrilège) par le Rotterdam Symphony Chorus


Le Corum Opéra Berlioz

Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier

Festival  Flamenco

Du 9 au 18 janvier

Théâtre B. Lafont et Odéon à Nîmes


La folie flamenca sera nîmoise en ce début 2025. Comme chaque année, diront les aficionados. Les raclettes vont avoir le goût de pata negra pendant 9 jours de festivité et un duende nourri de pas moins de 20 programmes dans une ciudad qui célèbre cette année les 35 ans d'un festival incontournable.


Plus d’information et réservation : theatredenimes.com

Contact : 04 66 36 65 00 / contact@theatredenimes.com

Télécharger le programme

Billetterie

Accueil du public du mardi au samedi 11h-13h et 14h-18h

Par téléphone du mardi au samedi 14h30-18h 

Contact : 04 66 36 65 10 / billetterie@theatredenimes.com

Billetterie en ligne : theatredenimes.com 


Théâtre Bernadette Lafont, 1 place de la Calade 

Odéon, 7 rue Pierre Semard

Jazz à Bayssan : Lionel Suarez & Friends
Hommage à Sylvain Luc et Marcel Azzola

Vendredi 31 janvier à 20h

Domaine de Bayssan à Béziers


Le temps d’un week-end, le festival Jazz à Bayssan insuffle la note jazz au cœur du Domaine de Bayssan, le théâtre Michel Galabru.

Vendredi 31 janvier, le festival donne carte blanche au grand accordéoniste Lionel Suarez pour un hommage aux deux grands noms du jazz : Sylvain Luc et Marcel Azzola. 

Samedi 1er février, une ambiance sud-américaine avec d’abord PulciPerla, quarter iconoclaste et énergique venu de Toulouse associé à un trio féminin de Bogota. Puis Flavia Coelho viendra présenter son dernier album, Ginga.

Dimanche 2 février, la voix magnétique et envoûtante de Dafne Kritharas fera voyager vers les mélodies grecques, bosniaques et arméniennes. Enfin, le trio composé du clarinettiste Yom et des frères Ceccaldi, au violon et violoncelle insuffleront leurs Rythmes du silence. En conclusion, un duo mêlant jazz et magie, un ciné-concert dédié à Buster Keaton, une masterclass, une jazz balade, des apéros-jazz…


Plein tarif : 28 €

Contact : 04 67 28 37 32

scene-de-bayssan.herault.fr


Domaine de Bayssan
Route de Vendres, Béziers

De Renoir à Van Dongen

Jusqu’au 5 mai

Musée de Bagnole-Sur-Cèze

Musée de Pont-Saint-Esprit


Si le musée laïque d’art sacré du Gard, à Pont-Saint-Esprit, est riche d’objets religieux de toute époque, qui a connaissance des œuvres de Renoir ou de Valtat conservées en ses murs ? Ayant bénéficié d’importantes donations, l’histoire de cet établissement s’inscrit dans la continuité de celle du musée Albert-André de Bagnole-Sur-Cèze qui, avec l’arrivée du peintre éponyme à sa tête en 1917, s’enrichissait d’un fonds exceptionnel : Marquet, Signac, Matisse, Bonnard ou Van Dongen sont parmi les quelques artistes ayant offert des œuvres à leur ami, alors Conservateur du lieu. L’exposition proposée, conçue en deux parties, et présentée dans chacun des musées, retracera l’histoire extraordinaire de ces donations successives et permettra de découvrir l’incroyable richesse de ces collections.


Vendredi 3 janvier, à 10h30, visite guidée au musée d’art sacré de Pont-Saint-Esprit, puis à 14h30, atelier Peinture impressionnante, à partir des œuvres de l’exposition (à partir de 6 ans, gratuit dans la limite des places disponibles, 04 66 3917 61).

Visites guidées suivantes : le 3 janvier, les 21 et 28 février (10h30) pour le musée laïque d’art sacré ; les 18 et 25 février (10h30) au musée Albert-André.


Musée laïque d'art sacré du Gard

2 rue Saint-Jacques, Pont-Saint-Esprit

Musée Albert-André

Place Auguste Mallet, Bagnols-sur-Cèze

La Haute note jaune

Jusqu’au 2 février

Fondation Van Gogh à Arles


Nombre d’artistes, Asger Jorn pour n’en citer qu’un, ne sont toujours pas revenus de cette fascination pour une couleur chère à van Gogh. Le jaune. Une couleur et un mot qui apparaît une centaine de fois dans sa correspondance avec Théo au cours de la seule année 1888. Le peintre des Tournesols y voyait, plus qu’une couleur, un idéal artistique, une quête de l’expression maximale, un sommet à atteindre. La recherche de sa « haute note jaune » était une exploration profonde de ses propres émotions. L’exposition propose d’explorer cette notion insaisissable à travers les œuvres de 22 artistes :

Richard Artschwager, Paul Blanchet dit le Sauvage, Louise Bourgeois, Vittorio Brodmann, Claude Cahun, Nina Childress, Martin Disler, Valie Export, Markus Gadient, Bruno Jakob, Asger Jorn, Martha Jungwirth, Karen Kilimnik, Verena Loewensberg, Albert Oehlen, Thomias Radin, Pipilotti Rist, Klaudia Schifferle, Pierre Schwerzmann, Hyun-Sook Song, Vincent van Gogh, Dominique White.


Du mardi au dimanche 10h-18h

dernière entrée à 17h15

Plein tarif 10€ 

Tarif étudiant 3€ 

Tarif Réduit 8€

Gratuit moins de 18 ans

Billetterie


Fondation Vincent Van Gogh

35 rue du Dr Fanton, Arles

Gisèle Freund

Jusqu’au 9 février

Pavillon populaire à Montpellier


Immanquablement réduite à son étourdissante galerie de portraits issus de l’art et de la littérature, l’œuvre de Gisèle Freund (1908-2000) est avant tout multiforme. La photo-journaliste d’origine allemande entretenait un rapport complexe à la photographie, au cœur duquel se trouve l’écriture. Sociologue de formation devenue historienne de la photographie, et autrice de nombreux ouvrages, dont l‘incontournable Photographie et Société (1974), Gisèle Freund occupe une position à part, celle d’une créatrice d’images qui n’a eu de cesse de réfléchir à leur sens et leur impact sur notre manière de percevoir le monde.


Entrée gratuite du mardi au dimanche 10h-13h et 14h-18h


Pavillon populaire

Esplanade Charles-de-Gaulle, Montpellier

Jean-Michel Othoniel
Jusqu’au 5 janvier

Musée Ingres Bourdelle à Montauban


Le Sétois Desnoyer y est né. Deux autres Montalbanais y ont poussé leur premier cri, non des moindres, Ingres et Bourdelle. Il n’en fallait pas plus pour attirer Jean-Michel Othoniel, un artiste connu en île singulière pour ses interventions place Victor Hugo : la décoration de la fontaine, et à venir, l’aménagement des bains douches. À Montauban, c’est la salle du Prince Noir qui accueille une de ses œuvres des plus énigmatiques, Sur les ruines du Prince Noir. Une structure XXL toute en briques de verre et inox. Comme à son habitude, l’artiste privilégie les matériaux aux propriétés poétiques et sensibles. Parfaitement insérés dans un espace et une architecture chargés d’histoire.


Ouvert du mardi au vendredi 10h-17h30

Samedi & dimanche 10h-19h

Plein tarif 10€

Tarif réduit 5€

Billetterie

Contact 05 63 22 12 91


Musée Ingres Bourdelle

19 rue de l'Hôtel de ville, Montauban

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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Ce bulletin culturel est publié par Audasud

8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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