LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Les Journées Paul Valéry

Paul Valéry et la génération surréaliste
13e édition 5 et 6 octobre 2024

Musée Paul Valéry à Sète


«Ai-je été assez dada !» s’exclamait le poète, moins classique, plus transgressif qu’il n’y paraît. C’est l’objet d’une conférence parmi d’autres, sur celui qui fascina le jeune André Breton, âgé de 18 ans quand il le rencontra. Son “Rimbaud” avait tourné le dos à la muse poétique depuis plus de vingt ans avant de le trahir pour une Jeune Parque


Téléchargez le programme des conférences, discussions, lectures musicales, expositions


Musée Paul Valéry

148 rue François Desnoyer, Sète

Tisser l’imaginaire

Du 19 octobre au 9 mars

Musée de Lodève


Le musée de Lodève a su tisser des liens serrés avec sa voisine, la Savonnerie, unique annexe de la Manufacture nationale de tapis. L’exposition explore la notion d’Imaginaires dans l’art de la tapisserie. De Charles Lebrun (XVIIe siècle) aux contemporains Roberto Matta, Jana Sterback, Nathalie Junod-Ponsard en passant par André Masson (photo), Derain, Léger, Lurçat… l’imaginaire prend la forme tissée de contes, récits mythologiques, paysages oniriques, abstractions énigmatiques.


Ouvert tous les jours sauf le lundi

10h30-13h et 14h-18h

Billetterie en ligne


Musée de Lodève

Square Georges Auric

Exposition Ludovic Murano

Jusqu’au 7 octobre

La Cave à Manger à Sète


Un Morano profite de se faire un prénom pour récupérer un nom écorché par l’état-civil de son arrière grand-père. Sous son nom d’artiste Vinny Murano, Ludovic, fils du peintre sétois Eddie Morano, entre de plein-pied sur la scène artistique sétoise avec des œuvres accrochées à la Cave à Manger, un caviste expert en vin biodynamique. Ça tombe bien, ses tableaux sont comme des bouteilles à la mer, reflétant des souvenirs de toutes natures. Une expression entre art brute et figuration libre, tantôt expressionniste, toujours sincère. In Murano Veritas…


La Cave à Manger

4 rue Gaston Escarguel, Sète

Balades vigneronnes

Samedis 5 et 12 octobre

Mas de Daumas Gassac à Aniane


Le Mas de Daumas Gassac renouvèle cette année les traditionnelles balades vigneronnes de son vignoble et ouvre ses portes pour offrir une communion entre nature, découverte et convivialité. L’occasion de (re)découvrir un trésor de la vallée du Gassac. Un rendez-vous pour les amateurs de vins qui s’achèvera par un déjeuner accompagné de grands crus. Places limitées ! Début à 9h30 pour une fin de déjeuner assis vers 14h30.


Billetterie en ligne

Contact : 07 85 97 71 20 / communication@daumas-gassac.com

www.daumas-gassac.com


Mas de Daumas Gassac

Haute Vallée du Gassac, Aniane

Journées des Ateliers d’Artistes d’Occitanie

Samedi 19 et dimanche 20 octobre

279 communes d’Occitanie


Découvrez les Journées des Ateliers d’Artistes d’Occitanie, organisées par la Région. Pour la 7e année consécutive, plasticiens, sculpteurs, peintres, dessinateurs, vidéastes, photographes, graffeurs ouvrent les portes de leurs ateliers pour dévoiler leur métier et leurs univers.


Entrée libre et gratuite

688 artistes participent à l’édition 2024

565 ateliers et résidences d’artistes sont à découvrir

279 communes accueillent l’opération


Découvrez les artistes participants à l’édition 2024

Concert Halloween
Jeudi 31 octobre à 17h

Dark Halloween – What the Fest ?! 

Jeudi 31 octobre à 20h

Opéra Comédie à Montpellier


Une flopée de tubes classiques pour tous les goûts déferlent pour ce Concert Halloween. Les sorcières d’Harry Potter vous invitent à venir déguisés, accompagnées du Docteur Faust et du Diable en personne. Psychose garantie…

Les éditions 2022 et 2023 du Dark Halloween s’étaient produites à guichet cadenassé. 2024 s’annonce forcément vampirique. Les créatures de la nuit offriront aux moins perclus dégustations d’insectes, philtres et potions magiques.


Prévoir d'arriver au moins 30 mn avant le début des pétoches

Billetterie Opéra Comédie : place de la Comédie

du mardi au samedi 10h-13h et 14h-18h

Billetterie en ligne


Opéra Comédie

Place de la Comédie, Montpellier

Sur le chemin des glaces

Du 9 au 16 octobre

Théâtre des 13 Vents à Montpellier


En 1974, du 23 novembre au 14 décembre, le cinéaste allemand Werner Herzog, 82 ans aujourd’hui, s’en alla à pied de Munich à Paris. Il se rendait le plus simplement au chevet de Lotte Eisner, la grande historienne et critique de cinéma française d’origine berlinoise, qui avait fui les persécutions nazies en 1933. Craignant de la trouver au plus mal dans un hôpital parisien, Herzog marchait pour conjurer le sort, affirmant qu'il ne peut y avoir de cinéma allemand sans elle. Eisner guérit et vivra encore neuf ans. Herzog a publié le journal de son voyage en 1978 sous le titre Sur le chemin des glaces. Cinquante ans après, le metteur en scène Bruno Geslin fit de même en hiver 2023, pour un spectacle immersif de ce périple explorateur.


Mercredi 9 octobre à 20h

Jeudi 10 octobre à 19h suivi d’une rencontre avec l’équipe artistique

Vendredi 11 octobre à 20h

Mardi 15 octobre à 20h

Mercredi 16 octobre à 20h

Durée 1h30 sous réserve

Réservations


Théâtre des 13 Vents 

Avenue Albert Einstein, Montpellier

Hommage à Joseph-Pascal Repetto

Jusqu’au 3 novembre

Musée de la Mer à Sète


Une exposition exceptionnelle de la collection privée de la famille Repetto. Construites par le maître charpentier de marine Joseph-Pascal Repetto (1886-1982), ces maquettes de bateaux furent primées au concours des Meilleurs Ouvriers de france en 1936, 1939 et 1949. Les Amis du Musée de la Mer de Sète présentent la collection d’un ancien charpentier de marine bien connu dans le quartier de la Plagette et au-delà de nos frontières. Précurseur et inventeur de génie, il construisit en 1922 un canot de sauvetage amphibie. Puis un système de berceau pour tirer les bateaux à terre, dont il fit profiter ses collègues charpentiers de marine.


Du lundi au dimanche 10h-18h

Fermé le mardi

Contact 04 99 04 70 00


Musée de la Mer

1 rue Jean Vilar, Sète

Ma vigne en musique

Jusqu’au 12 octobre

Narbonne et alentours


Après une première partie en juin, place à l’acte II du 8e Festival Ma Vigne en Musique avec une programmation de haute qualité à vivre sur le territoire narbonnais.


Vendredi 11 octobre : Alice au pays des merveilles, avec Florent Nagel (compositeur en résidence) et Bona Song, tous deux au piano, et le comédien Yves Penay

Samedi 12 octobre : soirée de clôture avec l’Orchestre de Chambre de Toulouse (direction Gilles Colliard), Cyril Guillotin et Florent Nagel au piano. Au programme, la création mondiale de l’œuvre commandée à Florent Nagel pour piano et orchestre.


Contact 07 63 18 52 45

narbonne-classic-festival.fr

Jean-Luc Favéro Supernature

Jusqu’au 1er décembre

Maison des Consuls aux Matelles


Après avoir eu vent de la catastrophe de Fukushima et croisé un cerf mort lors d’une promenade forestière, Jean-Luc Favéro se pose la question, somme toute partagée, d’une nature altérée. Mais cet examen de conscience sera, pour lui, fécond et créatif, à force de dessins au brou de noix et à la cambrousse. Il conjure le sort et redonne vie à son cher cerf en le transfigurant : l’œuvre fera forte impression à l’Espace culturel Louis Vuitton en 2014. Elle occupe, à la Maison des Consuls, un espace entièrement dédié. Cuirassée de métal grillagé, elle projette à la fois grandeur, grâce et délicatesse. Nature et peintures animent un second espace, exposant ses portraits d’arbres nervurés et ses vues du pic Saint-Loup. La troisième partie ne vient pas contredire l’amour de l’artiste pour les animaux, avec ces chevaux blancs sur fond noir et une monumentale sculpture martelée sur de la tôle de récupération.


Tous les jours d’août 10h-13h et 14h-19h

À partir de septembre du mercredi au dimanche 14h-17h

Contact 04 99 63 25 46


Maison des Consuls

Rue des Consul, Les Matelles

Photo : lancement d’un voilier au chantier Scotto & Repetto de la Plagette

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
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