PONS DE L’HÉRAULT (André puis Marat-Lepelletier Pons dit) officier de marine, commandant d’artillerie, révolutionnaire, préfet, ingénieur, historiographe — que Napoléon aurait surnommé le couteau suisse de l’île d’Elbe si l’outil multi-tâche avait existé en son temps — né voici 250 ans, le 11 juin 1772. L’administration municipale de Cette où il vit le jour décida en 1793 de se rebaptiser Sète. Une hardiesse qui restera lettre morte pendant 135 ans. Pons fut sans doute à l’origine de cette initiative, alors qu’il décidait, durant la Convention, de se nommer Marat-Lepelletier Pons, en hommage aux 2 martyrs de la Révolution.

Fils d’un pauvre aubergiste d’origine espagnole qui le destinait à la prêtrise, Pons était le second de 4 frères. L’ainé restera dans sa ville natale pour s’échiner dans un chantier naval, un autre deviendra capitaine de navire, le plus jeune prendra en Espagne l’habit religieux qu’André avait refusé. Celui-ci commença pourtant ses études primaires chez les picpusiens cettois, une congrégation vouée principalement à la formation de séminaristes. Mais il ne put développer longtemps des qualités de potache laborieux, doté d’une vaillante mémoire. Par bonheur, l’instinct du périple et la maîtrise maritime, flattés par l’indigence familiale, s’éveillèrent à tire-d’aile. À 10 ans, il s’embarquait comme mousse sur un bâtiment marchand ; à 17 ans, il était officier en second sur son navire.

Cette carrière maritime qui s’annonçait si prometteuse fut vite interrompue par les événements. Quand à la monarchie constitutionnelle succède la République, Pons se pique de républicanisme. Lors du siège de Toulon occupé par les Anglais en 1792, il est nommé commandant des canonniers et de l’artillerie de Bandol. Bonaparte le désigne alors pour le commandement de l’infanterie. Pons fit évader 32 citoyens accusés de fédéralisme et promis à la guillotine par un tribunal révolutionnaire zélé, si l’on admet ce pléonasme. Cet acte héroïque remonta jusqu’à Robespierre. Son retour de Toulon à Cette fut glorieux et célébré. En 1794, la Société populaire locale en fit son président. À ce titre, il prononça un retentissant discours « pour la fête de l’abolition de l’esclavage ».

* Pons signait de son prénom Marat-Lepelletier et non comme il aurait dû Marat-Lepeletier (un seul l à Lepeletier), en hommage à Louis-Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau. 

Le régime républicain de la Convention nationale, entre 1792 et 1795, vit une folie anthroponymique s’emparer des révolutionnaires et de leurs partisans. Après avoir pondu dans un poulailler des Tuileries un calendrier fermier à l’usage du citadin, nombre d’entre eux s’en prirent, dans les registres de naissance, à leurs propres fiches patronymiques ou à celles de leurs descendances. Pendant la Terreur ou après la mort de Robespierre, période durant laquelle les particules nobiliaires devenaient toxiques, une solution fut trouvée pour se donner l’apparence de révolutionnaire bon teint : les prénoms traditionnels raturés, on prenait les noms des martyrs de la Révolution. 


Pons lui-même, fervent républicain et trouvant André peu ragoûtant, s’octroya pour prénom les patronymes Marat et Lepelletier avant de prendre le sobriquet Pons de l’Hérault, sans doute pour éviter une confusion avec un homonyme, Pons de Verdun, député de la Meuse et secrétaire de la Convention. Car l’origine du choix d’un prénom ou d’un nouveau patronyme, outre le calendrier légumier et floral, pouvait être une ville, un canton, une province. Quasi exclusivité de l’aristocratie, en décidant de s’emparer de ses privilèges à partir de 1790, les révolutionnaires et leurs ouailles ne firent que singer ceux qu’ils combattaient.

Il se marie le 5 juin 1802 avec Catherine Bouilhon, qui donnera naissance à 2 filles, Hermine et Cécile. Une faveur maçonnique du comte de Lacépède le propulse, fin 1809, directeur des mines de fer de l’île d’Elbe, propriété de la Légion d’honneur dont le naturaliste était le grand chancelier. Aux premières loges du coup de pouce, fut-il aristocratique, se trouve souvent la franc-maçonnerie, discrète agence d’emploi pour initié, fut-il républicain, en mal de carrière.


L'île d'Elbe fut allouée à Napoléon, souverain déchu, en pied-à-terre perpétuel. Pons servit d’agent immobilier quand le nouveau propriétaire, débarquant le 4 mai 1814 dans son impérial asile, le trouva peu meublé et bas de plafond. L’avant-dernier acte du drame napoléonien s’ouvrait petitement devant un hôte qui allait néanmoins se découvrir une vocation littéraire. Pons deviendra l’historiographe de l’empereur à la demande de celui-ci. Il se formera la plus haute opinion de son devoir, s’imaginant porteur d’un sacerdoce quasi divin. Mais cette mission, dépeinte dans 2 ouvrages (lire encadré ci-dessous), ne le troubla pas. Pons offre ce singulier exemple d’historien à la fois républicain et napoléoniste, comme il aimait à dire, témoin à décharge plutôt que défenseur.


Pourtant, le républicain robespierriste et opposant farouche de l’empereur allait être assez vite embabouiné par le génie et le magnétisme de son sujet. Durant plus de 300 jours, Pons allait tenir le journal de l’empereur dans sa Principauté et en faire le plus authentique portrait : ses faiblesses et ses affectations seigneuriales, ses vanités théâtrales, avec une désinvolture que ses opinions républicaines n’ont certainement pas entravée. Un souverain tantôt majestueux, tantôt enragé, tour à tour bonhomme et fourbe, optimiste et désabusé. Des intimités si fouillées, une richesse d’expressions si précises et sûres — loin des représentations condescendantes et hautaines qui tapissent les murs de nos palais républicains — qu’il nous est aisé d’être convaincus avec Pons que « ce n’est qu’à l’île d’Elbe qu’on a pu réellement étudier et connaître Napoléon ».


L’empereur logeait à l’hôtel de ville qu’il avait fait surmonter d’un drapeau de sa composition. L’étendard — une bande oblique rouge sur fond blanc, ornée de 3 abeilles d’or — fut également hissé sur le point culminant de l’île où il rencontra un tel succès que les pirates barbares le saluaient en passant, y voyant le symbole de leur héros guerrier. L’inspection détaillée de sa « petite bicoque » et de ses forts, la prise de possession des îlots voisins, ses dernières conquêtes, lui avaient ouvert l’appétit. Pons l’invita dans sa maison à déguster sa fameuse bouillabaisse, que l’officier Bonaparte avait déjà appréciée à Bandol en remerciement du rapide avancement militaire de son hôte.


Napoléon s’en était souvenu. La comparaison entre la bouillabaisse marseillaise et la sétoise ne manqua pas d’alimenter la conversation. Et lorsque l’empereur lui dit de la Marseillaise qu’« elle valait une armée », parlait-il de la bouillabaisse ou de l’hymne national ? Car du côté de la Canebière comme de l’île singulière, on ne prend pas ce plat emblématique à la légère, qui peut à lui seul soulever des légions d’éloges. Après les compliments de rigueur, l’invité, qui n'avait pas négligé d’inspecter la demeure de son hôte, la trouva également à son goût. Sitôt la pèche Elba avalée, il convia son aide de camp à le lever pour s’y installer en moins de temps qui lui en fallait pour lever une armée. Celle qu’il leva peu avant de rompre le bail de son rocher pour motif légitimiste et sérieux — un peu moins de 700 soldats — allait se révéler suffisante pour reconquérir son domaine impérial.


Pons avait noté chez Napoléon un manque d’intérêt grandissant pour l’embellissement de son pré carré. Aussi lui offrit-il une nouvelle bouillabaisse lors d’une partie de pêche au cap Stella. Il se doutait bien que l’empereur mijotait de son côté un en-cas à emporter qui allait laisser des arêtes dans la gorge de nombreux républicains. Quand celui-ci lui annonça « vous venez avec moi et vous ne me quitterez plus », Pons s’aperçut que sa bourride avait une nouvelle fois déridé son convive et constatait surtout le renforcement de l’organisation militaire de l’île. Missionné pour préparer le retour de l’empereur, il le suivra dans le dernier acte du drame napoléonien.

Léon-Gabriel Pélissier (1863-1912) historien et doyen de l’Université de Montpellier publia 2 ouvrages à partir des liasses de notes historiques de Pons de l’Hérault. Ils sont accessibles sur la plateforme Gallica de la BnF. 

Dans ses introductions et ses nombreuses notes de bas de page, Pélissier ne masque nullement sa sympathie pour le personnage, quitte parfois à manquer de distance. 

Ses 2 ouvrages sont :

Souvenirs et anecdotes de l’île d’Elbe par Pons de l’Hérault (Librairie Plon - 1897) publiés d’après le manuscrit original et accompagnés d’un portrait en héliogravure de Pons.

Napoléon souverain de l’île d’Elbe – Mémoires de Pons de l’Hérault (Librairie Plon - 1934)

Pons signa ses mémoires : Un compagnon d’infortune de l’empereur Napoléon.


Pons de l’Hérault débordait d’énergie littéraire au point de coucher sur le papier, outre ses mémoires, des Rêves politiques et militaires, des Idées sur le gouvernement de la Toscane, des Journaux de voyage en Italie, des Comédies rimées, des Poésies en français et en languedocien, le Début d’une étude comparée du Directoire avec le régime impérial

Les Cent-Jours commencèrent avec le débarquement à Vallauris le 1er mars 1815 et la marche de plus en plus triomphale vers Paris, période surnommée le vol de l'Aigle. L’expression ne cessera d’écarteler les historiens, sur la signification du mot vol, entre envol et effraction. 


Nommé commissaire pour les départements méridionaux, Pons était chargé de paver la route impériale en mettant dans sa poche les derniers royalistes récalcitrants. Du côté de Marseille, ceux-ci furent peu convaincus par ses qualités de négociateur et le jetèrent au cachot comme un brigand. Condamné à être raccourci, Pons ne sauva sa tête que par l’ancienne amitié qui le liait au puissant franc-maçon Masséna, maréchal d’Empire rallié aux Bourbons… Lequel lui octroya un séjour protecteur à la prison du château d’If. Pons y ruminait en grillant des Montecristo mais sortit au bout de 35 jours pour rejoindre l’empereur à Paris. Après avoir refusé le ministère de la Marine, il est nommé à Lyon préfet du Rhône — une place stratégique — mais son affectation sera éphémère. Il l’inaugura pourtant par une proclamation qui fit opiner du bicorne un Napoléon captivé : « M. Pons est le seul préfet qui ait franchement dit ce qu’il fallait dire. »


De son côté, l’empereur n’aura de cesse de le consulter et de lui faire confiance. Son étalon favori allait y maintenir l’ordre comme jadis à Bandol, où il sut concilier discipline et humanité. Dix jours après Waterloo, le 28 juin 1815, il fit reconnaître à Lyon Napoléon ii, l’Aiglon proclamé successeur, dans un silence de plomb, par un père résigné. Ce fut le dernier jour napoléoniste de Pons. Mais c’était sans compter sur le retour inopiné de Louis xviii et de la Terreur Blanche. Il présida à l’entrée des Autrichiens dans Lyon, rédigea un message d’adieu aux Lyonnais, et continua à gérer les affaires courantes de la préfecture. On lui offrit de rester en fonction s’il adhérait au gouvernement royaliste. Il se retira, s’estimant lié à une cause renversée.


Pons de l’Hérault plaidera en vain auprès de Vienne l’autorisation de rejoindre Napoléon à Sainte-Hélène. Craignant des représailles de la Contre-Révolution, il regagne l’île d’Elbe où sa famille lambinait en l’attendant. Sa popularité n’eut aucun effet sur le nouveau gouverneur toscan de l’île. Devenu indésirable, il est fait prisonnier à Gênes en 1817 mais obtient que sa femme, malade, retourne en France. Elle s’installe dans le Var avec leurs filles. Lui entame une errance jusqu’à l’obtention d’un passeport familial pour Gênes en 1818. Ils y résident jusqu’en 1821 mais ses idées libérales le font expulser et il obtient un passeport pour Paris. Partout on l’accueille avec allégresse. Il n’y a qu’à Cette, où il ramène sa famille, qu’on l’ignore, arguant que toute démonstration en sa faveur pourrait chagriner le pouvoir. La ville hésitera longuement pour, en catimini et à l’ombre de son théâtre, dédier une petite rue à Pons de l’Hérault. En 1823, il s’installe à Paris et entreprend de rédiger ses mémoires, souvenirs et anecdotes comme il l’avait promis à l’empereur. Le héros de Pons avait fait d’Elbe une île aussi singulière que celle qui a vu naître son biographe. André Pons meurt à Paris le 3 mars 1853.

La trombine de Pons de l’Hérault cachait, sous une apparence de fonctionnaire plumitif, un serviteur de l’État d’une énergie et d’une puissance de travail prodigieuses. Durant les 400 jours — pour autant de coups — qui ont vu leurs destins liés, Pons ne ménagea aucun effort pour assiéger l’empereur et noter par le menu ses faits et gestes, petits et grands.

Le suffrage universel reconnaît le droit de vote à l’ensemble des citoyens, expression de la souveraineté populaire dans un régime démocratique. La Constitution de 1793    — qui ne sera pas appliquée en raison de la guerre et sera supprimée lors de la réaction thermidorienne — prévoyait pour la première fois le suffrage universel (ou plus adéquatement semi-universel car réservé aux hommes jusqu’en… 1944) et une démocratie directe.

Si le suffrage presqu’universel eut beaucoup de peine à naître, il allait en avoir bien davantage à vivre. Les diverses monarchies s’entêtaient à vouloir faire passer le plébiscite pour un suffrage universel. Ainsi, de 1815 à 1848, le peuple est totalement exclu du suffrage.

Pons, qui s'était opposé au coup d’État de Bonaparte — ce qui lui valut son éviction — finira sa vie en s’opposant à celui du neveu, en 1851, témoignant de la fidélité de ce petit fonctionnaire à ses idéaux de jeunesse. Il en fut d’ailleurs récompensé en 1848, lorsque la nouvelle République instaure pour la première fois le suffrage universel. Elle le reconnaît alors comme un de ses plus anciens ouvriers et lui offre un siège au conseil d’État. 

par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le vivre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE FÉVRIER Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 1 janvier 2026
Le Désespéré résume fichtrement l’année culturelle écoulée. L’autoportrait de Gustave Courbet, peint dans sa jeunesse vers 1843, propriété privée depuis la mort de l’artiste, fut exfiltré en 2025 entre deux contrats mirobolants de la pétromonarchie et acquis en catimini par la sœur de l’émir du Qatar, surnommée la Culture Queen . C’est surtout, de notre patrimoine culturel, un portrait faisandé à s’en arracher les cheveux. Loin de ces dérèglements rythmés par des mortiers pétaradants à s’en péter les doigts, sur une île foutrement singulière, 25 Figures d’un même tonneau se massaient en… JANVIER au bar du Plateau comme le fera un nouveau contingent ce 24 janvier 2026, dans cet estaminet du Quartier Haut. Parmi ces FS3 qu’on espère présentes, une rameuse, un néo-crooner, un couple de tiellistes, un fossoyeur, un galérien, une fripeuse, des artistes évidemment… Un micro-festival animé par Laurent Cachard, écrivain-sismographe de la sociologie sétoise. Outre-atlantique, alors qu’un ancien président graciait quasiment tout ceux auxquels il a serré la main, un nouveau leader du monde libre, encadré d’Elon et ses Musketaires, prenait place dans son bureau ovale. À l’écoute du discours inaugural, les Groenlandais se découvrent une ressource stratégique sous leurs pieds emmitouflés : une glace qui produit près de 70 % des cas de gelures dans le monde. À propos de délogement… FÉVRIER voit l’Amadeus, ancien morutier copieusement centenaire, quitter l’angle du quai du Grand Pavois pour aller s’amarrer quai de la République. Le doyen des gréements sétois et son capitaine Jean-Christophe Causse y affichent la fierté des derniers témoins de la pêche à la morue, un patrimoine culinaire bien ancré dans notre île singulière. À Paris, un chahut parlementaire s’installe dans un hémicycle forcé de calfeutrer ses persiennes pour couvrir à la manière d’un fumigène les orgues de Staline de nos banlieues. Alors qu’à l’ombre de l’ancien palais consulaire, l’écrivain-philosophe Jean-Louis Cianni faisait revivre le Dernier rêve de René Descartes à la librairie Kailash et que s’éteignait la voix de The First Time Ever I Saw Your Face , en… MARS le label culturel Audasud montrait la face cachée de Ayerbe y Aragón , village et région ibériques, publié avec le talent acharné de l’archéologue et historien local Marc Lugand. Insatiable quand il s’agit de partager notre patrimoine culturel, Audasud livre à la Sehsser et à ses membres le Bulletin de la Sehsser 2024-2025 , dernier-né d’une collection forte de plus de 300 articles sur l’histoire de Sète et sa région. Toujours à Sète, un capitaine, aussi prompt à lever l'ancre que le coude, s’apprête à inaugurer, avec le même label, les Rencontres de l’Amadeus lors d’une conférence média, programmées à partir d’… AVRIL avec en ouverture le désespéré Arthur Roques, bagnard en Guyanne ressuscité par la voix plus qu’habitée de Simone Pons et par un dessin de presse qui annonce : pas besoin de gilets de sauvetage, ici on voyage sans bouger ! Au Plateau du Quartier Haut est servi, par les Rendez-vous des Automn’Halles, la romancière Cécile Gouy-Gilbert et sa Passion d’Arcélie . Une autre passion désespérée jette dans les rues de France cortèges et contre-cortèges dont on a oublié quelle étincelle mit le feu aux mortiers. Au-dessus de ce vacarme, une fusée plus pacifique, ayant décollé du Texas, mit sur orbite un équipage historique de six célébrités féminines pour une mission de… dix minutes. Depuis ce jour, les petites filles lèvent les yeux vers le ciel en rêvant de se fiancer à Jeff Bezos, à défaut de s’imaginer recevoir en… MAI un des prix du Concours de nouvelles 2024 organisé par les Automn’Halles à la médiathèque de Mèze. Plus de 140 candidats avaient répondu à l’appel du thème Grain de mer, grain de sable . L’Amadeus accueille une expo d’Itinérance Foto pour son festival d’artistes photographes, alors que le Festival de Cannes réunissait les fonctionnaires subventionnés du très très long métrage pour parfois parler cinéma. Là où il semble manquer de fonctionnaires, ce sont les tours de contrôle des aéroports qui, année après année, défraient la chronique et donnent de froides sueurs, avec des contrôleurs hors de contrôle, en congés Maldives ou autres lieux de villégiature. À Rome, Le nouveau pontife yankee, dont le nom officiel est Bob Ier, s’engage à canoniser l’équipe entière des White Sox de Chicago qui remporta les World Series, championnat de baseball, en octobre 2005, leur premier titre en 88 ans. Alors que Rodez célèbre à sa manière, en… JUIN l’année de la mer, à un jet de mortier de la Grande bleue. Une explosion de poésie dans l’antre du Grand noir, de souvenirs épars… la plage, les cabanes, les pêcheurs… disséminés façon intime en plus de 100 images et objets. « Je suis curieuse. Point. Je trouve tout très intéressant. La vraie vie. La fausse vie… » , nous dit Agnès Varda. À Sète, les Figures singulières s’affichent en grand et en duos sur les murs d’une médiathèque transformée en promenoir pour rencontres galantes. Pendant que la Maison des Pieds-Noirs se goinfre du grand méchoui annuel qui aurait fait se dresser sur la tête de BB sa célèbre gerbe de blé grisonnante, sept bombardiers furtifs américains B-2, opérant dans le plus grand secret, décollent d’une base toute aussi furtive et, lors d'une attaque surprise qui choque le monde, larguent 14 bombes anti-bunker sur l’Iran, que Trump accuse d’abriter des dossiers compromettants sur ses torrides escapades chez Jeffrey Epstein. Loin des jardins persans, celui de notre Château d’eau fait l’objet de toutes les attentions de notre quotidien régional, en… JUILLET sous le titre Parc Simone Veil : reflet de la culture sétoise . Une double-page nourrie entre autres d’une excursion du président de la Sehsser accompagné de deux jeunes journalistes pendant que se tramaient, en toute digression, deux limogeages à la tête de la société d’études historiques de Sète. Un putsch qui fait sortir de leurs gonds nombre d’adhérents et de son chantier naval les Gréements languedociens pour disperser en l’étang les cendres du Sehsserois Dominique Potié, pourfendeur de ce complot et initiateur de l’éphémère atelier de généalogie, au grand dam de ses participants. Tournant cette sombre page, Audasud inaugure, lors du festival Voix Vives, sa collection L’An Demain Poésie avec trois recueils : Texture 6, l’anthologie poétique 2025 , par les Amis de Michel Baglin, Carte de visite sétoise de Stéphanie Goué Quitté et Des Ans Parés de Lucile Latour. En pleines festivités de la Saint-Louis, à bord de l’Amadeus en… AOÛT Audasud présente Le Concours de pêche et son auteur Loris Chavanette. Perchée sur un bout de quai, une magnifique épopée fait naître les plus belles émotions, devant laquelle le grand Hemingway aurait certainement opiné du béret. Mais l'événement le plus marquant du mois d’août, si ce n'est de tous les temps, c'est l’annonce des fiançailles de Taylor Swift avec son futur époux, qui lui offre une bague de fiançailles considérée comme le premier bijou fabriqué par l'homme visible depuis l’espace. Ce qu’aurait pu observer un astronaute des odyssées Apollo, Jim Lovell, qui rejoint ce mois-ci les étoiles sans avoir pu marcher sur la Lune. Une infortune partagée par l’auteur de La Terre à la Lune . Jules Verne, l’un de nos plus grands écrivains, était à l’honneur en… SEPTEMBRE lors du Festival du livre de Sète, avec son arrière-petit-fils Jean Verne, présent pour célébrer les 150 ans de la parution de l’Île mystérieuse et lancer le concours de nouvelles 2025 dont la clôture des candidatures fut annoncée hier à minuit par les mortiers d’artifice ici, là et là-bas. Le centenaire de la disparition du grand compositeur Erik Satie fut l’occasion d’une ouverture des Automn’Halles animée par le pianiste concertiste Jean-Pierre Armengaud. Pendant les quatre jours qui suivirent, pas moins de 24 invités ont présenté et dédicacé leurs ouvrages. Parmi eux, deux Prix Goncourt : Pascale Roze en 1996, et un futur impétrant, Laurent Mauvignier, qui sera récompensé quelques semaines plus tard. Alors qu’à Paris tombait un nouveau gouvernement, sur la place du Pouffre, lors de la journée réservée aux plumes locales, Yves Marchand était venu dédicacer, au milieu des feuilles tombées des platanes, ses propres Feuilles Mortes publiées par L’An Demain. À quelques jets de fumigène de là, au Théâtre Molière, Patrick Joubert Annibal célébrait ses 60 ans de spectacle entouré des Frenchy Girls de Johanna et de l’orchestre de Didier Lévêque. À la fin du show, l’artiste dédicaça son épaisse autobiographie Lady Bee Story , publié par L’An Demain, qui à peine… OCTOBRE arrivé, allait présenter à toutes jambes au Plateau du quartier Haut Un monde sans Murat , écrit par Laurent Cachard, l’un de ses inconditionnels. À Paris, des monte-en-l’air, à l’aide d’un monte-charge et d’une disqueuse, dérobent en plein jour au musée du Louvre les joyaux de la Couronne de France. Le musée, bénéficiant du même niveau de sécurité qu'un distributeur automatique de boissons, embarrasse profondément ses responsables par ce vol effronté. Leur humiliation ne fait que s'aggraver lorsqu’ils découvrent une autre fuite, d’eau celle-là, endommageant gravement le manuel d’instructions de sécurité pour le bâtiment. Mais les gardiens était trop occupés à prendre des selfies devant les fenêtres du musée pour s’en apercevoir. Désespéré, l’État nomme un nouveau directeur de la sécurité du Louvre en la personne de François Bayrou, afin qu’il puisse bénéficier de quelques émoluments supplémentaires. À propos de grands commis de l’État, les Rendez-vous des Automn’Halles invitent en… NOVEMBRE Nous les Guilhems de Montpellier , l’histoire d’une grande dynastie montpelliéraine racontée sous la forme d’un roman par l’écrivain Didier Amouroux au Plateau du Quartier Haut. Novembre est un mois grave, on commémore le dixième anniversaire des attentats de 2015, on se recueille, on promet plus jamais ça, tout en constatant que ça est devenu plus fréquent. L’écrivain Boualem Sansal est gracié par le dey d’Alger après avoir goûté aux geôles barbaresques. Valentine Schlegel, elle, aurait eu 100 ans ce mois-ci. Un coin de quai transformé en placette porte désormais son nom. Elle vécut en famille dans l’immeuble qui lui fait face quand elle rencontra Agnès Varda avec qui elle vécut plus tard à Paris. Bien plus qu’une simple amitié à laquelle se limite pourtant la bienséance locale. Autre ambiance à Castries, où la communauté américaine célébra Thanksgiving dans le domaine de Fondespierre, qui offre une des plus belles balades le long de l’aqueduc construit par Paul Riquet en 1676. Tout aussi fascinante, une flânerie vous invite en… DÉCEMBRE à redécouvrir le Rugby du grand AS Béziers des années 1960-1984, un quart de siècle relaté et décortiqué par son indéboulonnable n°8, le Sétois Yvan Buonomo. Son livre, À la recherche du Rugby perdu , fait moins référence au temps de son pendant proustien, qu’aux légendaires troisièmes mi-temps biterroises. Yvan retrouva quelques-uns de ses anciens coéquipiers à l’occasion d’une dédicace de son livre publié par l’An Demain, une réédition augmentée de 40 photos historiques. Le temps de se remémorer, autour d’une bière ou deux, quelques matchs d’anthologie à la brasserie La Coupole, le siège d’avant-match des supporters à un jet de pétard de l’antre du Sauclières. À Sète, la médiathèque accueillait Patrick Joubert Annibal pour une présentation de son autobiographie Lady Bee Story , accompagné de son préfacier Éric Sarner, de son postfacier l’éditeur, et d’un clip vidéo de quelques minutes, condensé de son spectacle au Théâtre Molière. Le mois se terminait avec l’exposition-dédicace Voyage en Haut Aragon avec Topolino à l’Espace Félix, un recueil du dessinateur agrémenté de textes de Marc Lugand en français et en espagnol. Ainsi s’achève l’année 2025 avec la disparition d’une icône du cinéma et de la cause animale, assignée à résidence tropézienne pour avoir hébergé une poupée hypersexualisée et pour être… trop française. Les vœux présidentiels prononcés du bout des lèvres, auxquelles étaient suspendus une poignée de téléspectateurs, finissent de nous anesthésier. À écouter d’une oreille distraite l’Astrologue en chef, ils ont pu apprendre que les enfants qui naîtront au cours de cette nouvelle année seront dodus et radieux. Doués pour la reproduction, ils feront remonter la courbe des naissances. Plus tard, ils feront baisser celle de la dette et ne manqueront pas d’exceller à saigner un peu plus le peuple, remplaçant au fur et à mesure les petits hommes gris. Dans leurs bureaux haussmanniens, leur devise s’affichera en lettres d’or, au-dessus de leurs fauteuils capitonnés : Let’s boogie!
par Jean-Renaud Cuaz 24 décembre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JANVIER Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 29 novembre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE DÉCEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 13 novembre 2025
De l’obscurité des music-halls à l’obscurantisme des mollah, des Parapluies de Cherbourg aux machettes de boucher, des Tontons flingueurs aux massacreurs du Bataclan… il n’aura fallu qu’une soixantaine d’années. Les justaucorps jacquard et chapeaux melon ont fait place aux amples cafetans et coiffures d’imam qui peinent à cacher le sang d’un islamofrérisme rampant et son faux frère, l’islamo-gauchisme. Il y a quatre-vingts ans, la guerre, lassée de tant de vacarme, s’en est allée finir ailleurs. Les ondes radiophoniques, jusque-là traumatisées par les sirènes, reprennent du service : elles décident de diffuser autre chose que des alertes. Le 26 mai 1945 , on cherche un quatuor vocal pour mettre un peu de facétie. Quatre jeunes gens se présentent, aussi dégingandés qu’enthousiastes. On leur demande leur nom : ils n’en ont pas. — Appelez-nous les Frères Quelque Chose , proposent-ils avec modestie. Un technicien, homme d’un grand sens du hasard, s’écrie Les Frères Jacques ! Et l’affaire est faite, aussi vite qu’un jeu de mots en goguette. Le nom fleure bon la chanson enfantine et la plaisanterie potache, parfait pour faire les pitres avec gravité. Ils chantent, gesticulent, font le Jacques avec l’élégance d’un sémaphore en délire. Un soir, entre deux refrains et trois nœuds papillon, ils croisent Francis Blanche, qui leur écrit des textes où l’intelligence fait des claquettes. Leur premier répertoire ? Un buffet à volonté : folklore, negro spirituals, chants religieux, le tout saupoudré de synchronisation labiale approximative. En 1948 sort leur premier 78 tours, à une époque où la musique tournait plus lentement et durait plus longtemps. Le succès vient, trébuchant mais poli, et c’est Jacques Canetti qui, tel un bon génie en complet sombre, les propulse dans la lumière des projecteurs. Les voilà chantant sur des ondes enfin réconciliées avec l’humanité. Le 3 janvier 1982, un drame national — que dis-je, cosmique — s’est joué au Théâtre de l’Ouest parisien : les Frères Jacques ont décidé d’arrêter de chanter. Les âmes sensibles ont aussitôt crié au scandale, les autres ont continué à mâcher leur cacahuète, car c’était un dimanche. À la fin du spectacle, quatre chapeaux comiques ont salué le public avant de disparaître dans les coulisses. On raconte qu’ils se sont séparés pour vaquer à leurs occupations. J’en ai interrogé un : il comptait élever des silences en batterie. Un autre envisageait d’ouvrir un magasin de chaussettes pour mains, parce que les gants, c’est surfait . Pendant ce temps, leur pianiste Pierre Philippe, brave homme à doigts multiples, a décidé en 1995 de donner son dernier concert... à Saint-Bouize. Lieu prédestiné, car Saint-Bouize, comme son nom l’indique, est la capitale mondiale du soupir discret. En 1996, au Casino de Paris, on leur rend hommage. Cinq-mille spectateurs émus, pas une seule caméra. C’est dire si la télévision sait se tenir. Elle préfère filmer des débats sur la cuisson du flan plutôt que la gloire des artistes. Les années filent ensuite comme des croches sans mesure. Jean-Denis Malclès, tailleur en habits d’humour, quitte ce monde en 2002. François Soubeyran le suit de près, sans doute pour vérifier les coutures de ses ailes. Puis les frères Bellec s’en vont, l’un après l’autre, avec une ponctualité presque suisse. Paul Tourenne, fidèle jusqu’à la dernière note, s’éclipse en 2016 à Montréal — preuve que même les Jacques ont besoin d’un peu d’exil pour mourir tranquilles. Enfin, Hubert Degex, le dernier pianiste, rend les touches en 2021, à 92 ans, après avoir sans doute trouvé une partition d’éternité en ré majeur.
 La Bibliothèque historique de la Ville de Paris conserve leurs chapeaux, leurs partitions et même leurs coupures de presse — tout ce qu’il faut pour organiser un sabbat érudit. Il ne manque que le son de leurs voix et le rire suspendu entre deux couplets. Leur répertoire, quant à lui, relève de la haute voltige intellectuelle : ils ont tout chanté, du général Castagnetas à la confiture , du Complexe de la truite (de Schubert) au derrière du peuple (voir La Digue du cul , œuvre d’intérêt public). Ils ont prouvé qu’on pouvait philosopher en collant des grimaces sur des vers de Prévert, et pleurer d’émotion tout en chantant des sottises. Ainsi s’achève cette chronique du souvenir. Les Frères Jacques ? Des poètes de velours à la boutonnière, des funambules du calembour, des anges qui savaient rimer avec dingue . Et s’ils nous entendent — là-haut, dans la stratosphère mélodique — qu’ils sachent une chose : le monde est bien triste depuis qu’il ne fait plus le Jacques.
par Jean-Renaud Cuaz 25 octobre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE NOVEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 30 septembre 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 septembre 2025
Fin septembre, les Automn’Halles lanceront leur 16e édition. Seize années qu’un pari un peu fou a pris vie : celui de faire vibrer une île singulière au rythme des mots, de la lecture, de la musique et de la peinture. Depuis quatre ans, la reconnaissance officielle du Centre National du Livre est venue confirmer ce que les Sétois savaient déjà : que ce festival a gagné sa place dans le paysage littéraire national. Des partenaires fidèles — le réseau des Médiathèques de l’Agglo, le musée Paul Valéry, les librairies, le Plateau, l’Amadeus et désormais la Maison Régionale de la Mer — apportent leurs sites, leurs énergies. Grâce à eux, la littérature s’installe partout, elle respire dans chaque recoin de la ville, elle s’offre au plus grand nombre. Durant cinq jours, les auteurs se disperseront comme autant de semeurs de songes. Dans les classes, pour éveiller les élèves à la puissance des mots. Dans les espaces de rencontre, pour échanger directement avec leurs lecteurs. Dans les dédicaces, pour ce moment simple et rare où une phrase manuscrite scelle un souvenir. Le programme est riche, multiple, ouvert. Il accueille des figures déjà consacrées, et des voix nouvelles qui montent, prometteuses et fragiles. Il fait place aux auteurs et éditeurs locaux et régionaux, car la littérature vit aussi des racines qui nourrissent son terreau. Il tend la main aux talents en herbe, avec son Concours de nouvelles. Pendant cinq jours, Sète se transforme en une île de papier et de voix, où chaque rencontre devient une aventure, chaque lecture un voyage, chaque instant une célébration. Nous dédions cette édition des Automn’Halles à un auteur que nous avons accueilli au Crac en 2022. Boualem Sansal est emprisonné depuis plus de dix mois par un pouvoir totalitaire. Condamné pour exercice illégal de… sa liberté de penser et d’écrire. En appel de sa condamnation le 24 juin dernier, l’écrivain âgé et malade lâchait devant un tribunal de façade : « La Constitution garantit la liberté d’expression et de conscience et pourtant je suis là » . Yves Izard animait la rencontre avec l’auteur de Abraham ou La Cinquième Alliance paru aux Éditions Gallimard en 2020. En charge avec une équipe des Automn’Halles des relations avec les écrivains et les éditeurs, Yves va vous dire quelques mots sur cette rencontre à laquelle certains d’entre vous ont assistée. Boualem a dû laissé une belle empreinte dans vos mémoires. Les Automn’Halles… Ce pourrait être un titre-valise inventé par Erik Satie pour une de ses mystérieuses pièces musicales. On entendrait presque dans nos halles, haranguer : mercredi je peux pas, j’ai gymnopédie ! La question que vous êtes en droit de vous poser, c’est… qu’ont donc en commun Erik Satie et la littérature? Outre le fait qu’Alfred Satie, son père, fut un temps éditeur… Noble métier, s’il en est… Je répondrai qu’après tout, nous recevons samedi Hubert Haddad, l’auteur de… la Symphonie atlantique . Pour le clou de ce festival, car Il faut toujours un clou dans un festival qui se respecte, j’hésite entre… Laurent Mauvignier, l’aspirant au Goncourt, et Michel Zambrano, le sauveteur aux ondes courtes… Lequel nous lira des inédits vendredi à bord de l’Amadeus. Laurent Mauvignier, lui, nous fera l’inventaire de la Maison vide à la Maison de la Mer lors du premier grand entretien demain. L’inventaire d’une maison vide, ça devrait être court me direz-vous… Mais comme c’est Laurent Cachard qui se charge de l’animer, vous en aurez pour votre argent, même si l’entrée est gratuite. C’est simple, les Éditions de Minuit ne jurent que par Mauvignier et ne changeraient pas un traitre-mot de leur auteur fétiche. Je rapprocherais Erik Sati de… Jules Verne, dont nous accueillons samedi l’arrière-petit-fils, Jean Verne, pour les 150 ans de la parution de l’Île mystérieuse . Erik Satie prétendait faire de la musique d’ameublement, allant jusqu’à l’assimiler à du papier peint musical. De là à parler de papier peint littéraire il n’y a qu’un lai à tourner, un pas que des érudits franchissent à propos de Jules Verne. On objectera qu’il y a des papiers peints qui font voyager. Mais je préfère laisser les exzézettes , comme on dit ici, s’exprimer. Pianiste-concertiste international et musicologue, Jean-Pierre Armengaud est également l’auteur d’une colossale biographie du compositeur de Parade , que vous pouvez vous procurer ici ou à la librairie Gavaudan. Jean-Pierre Armengaud va nous rythmer cette rencontre par des illustrations musicales de Satie jouées au piano. À ses côtés, Patrice Legay animera cette soirée. Patrice est musicien et préside l’AMA Languedoc, l’association des Musiciens Amateurs du Languedoc. L’AMA Languedoc animera ici même demain de 10h à 12h une Master Classe de Jean-Pierre Armengaud avec des œuvres de Satie jouées au piano et chantées. Puis à la Médiathèque Mitterrand… le concert Erik Satie vendredi de 18h à 19h30 et la clôture des Automn’Halles dimanche à 18h, un Clin d’œil à Satie par le groupe de jazz Les Smiles. Je terminerai par un précepte que je fais mien : « Je ne me reconnais pas le droit d’abuser des instants de mes contemporains » disait le plus littéraire des compositeurs, celui qu’Alphonse Allais appelait Esoterik Satie. Merci et belles Automn’Halles à toutes et à tous ! Jean-Renaud Cuaz Président du Festival du Livre de Sète – Les Automn’Halles
par Jean-Renaud Cuaz 29 août 2025
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
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