LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Jean Hugo, entre ciel et terre

Jusqu’au 13 octobre au musée Paul Valéry à Sète


Jean Hugo, le regard magique

Jusqu’au 13 octobre au musée Fabre à Montpellier


En toute intimité : Jean Hugo et Lunel

Jusqu’au 22 septembre au musée Médard à Lunel


Nourri dès l’enfance des trésors de la bibliothèque familiale, imprégné des œuvres de Manet, Renoir et Forain collectionnées par ses illustres aïeuls, le jeune Jean Hugo, né en 1894, se lance en autodidacte dans la peinture. Sa grand-mère, dreyfusarde, reçoit Jean Jaurès, Alexandre Kerensky, Marcel Proust, Anatole France… Mobilisé en 1914, il vivra, loin de ces ravissements, l’enfer des tranchées. Une période où l’on devient adulte en un tournemain, arrière-petit-fils de Victor Hugo ou pas. Il y forgera également son trait, dessinant frénétiquement du cœur de la bataille de la Somme à celui de Verdun. Au sortir de la guerre, il fréquente Satie, Radiguet, Picasso, Éluard, Cendrars, Poulenc, Cocteau, qui lui offre en 1926 la scénographie de sa pièce Orphée… Et Carl Theodor Dreyer qui lui confie les décors et les costumes de La Passion de Jeanne d’Arc. Ce régiment de fidèles appréciera l’hospitalité de leur ami dans son mas de Fourques, près de Lunel, où il décide de se retirer, jugeant la vie parisienne futile et vaniteuse. « Paris ne s’intéressait qu’à sa propre faune, aux entre-dévorements plus féroces que ceux des mantes religieuses », écrira-t-il dans ses Carnets (Actes Sud) avant sa disparition en 1984.


Les 3 musées se sont réparti 3 périodes de cet artiste complet. Sète organise son exposition autour d’une centaine d’œuvres représentatives de sa vision de la nature. Montpellier présente 330 œuvres des origines de sa peinture, en 1914, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Lunel montre le peintre au mas de Fourques où il vécut un demi-siècle dans une intimité presque monacale, non loin de la Camargue.


Musée Paul Valéry : 148 rue François Desnoyer, Sète

Musée Fabre : 39 boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier

Musée Médard : 71 place Martyrs de la Résistance, Lunel

Yuka Matsui – À quoi rêve le mont Saint-Clair ?

Du 1er au 13 juillet 2024

Galerie de l’Échappée belle, Sète


La librairie L’Échappée belle présente dans sa galerie de nouvelles œuvres de l’artiste japonaise Yuka Matsui issues de la série Les trente-six vues du mont Saint-Clair. Utilisant des matériaux contemporains et traditionnels (papier washi du département de Kyoto, encre de Chine, bois de shôji), la créatrice partage avec le public sa vision du mont Saint-Clair. Un sommet semblable à ceux de son pays à l’image du Fuji, à la forme singulière abritant selon elle un kami – un esprit en japonais – flottant entre mer et lagune. Un Saint-Clair qui rêve d’ailleurs sous le pinceau de la plasticienne qui poursuit son dialogue avec cette colline inspirée et inspirante. Après une précédente exposition collective ATENA à Sète, elle sera en résidence d’artiste au Madlab cet été. À L’Échappée belle, elle rencontrera le public lors de signatures de ses livres et échangera en français avec les passionnés d’art, de poésie et de Japon.


Mercredi 3 juillet, une séance de signature se tiendra de 17h30 à 19h

Les ouvrages présentés au public par l’artiste seront Eléments et Poèmes, parus aux éditions Méridianes

Entrée libre et gratuite 

Ouvert du lundi au samedi 9h30-19h, dimanche 10h-13h

Contact : 04 67 43 64 54  

Le site de l’artiste

                   

Librairie L’Échappée belle

7 rue Gambetta, Sète

Malcom de Chazal, rétrospective hommage

Du 5 au 30 juillet

Carré d’Art Louis Jeanjean à Mèze


Découverte en 1947 par le critique et éditeur Jean Paulhan, son œuvre, impossible à cataloguer, fut encensée par les surréalistes. Malcolm de Chazal (1902-1981), artiste de l’Île Maurice, était poète, écrivain et peintre. Ses questionnements le mèneront à écrire de sublimes Pensées, puis des textes de nature philosophique. Une peinture abondante, au style faussement naïf, fera écrire à ce fournisseur en gros de citations : La couleur est un corps de chair où un cœur bat. Il appliqua, par une ascèse quasi mystique—créer est le seul domaine où il faut se déposséder pour s’enrichir— tous les moyens littéraires et plastiques pour questionner les angles morts d’une réflexion que s’évertua à rendre élémentaire… mon cher Malcolm.


Mercredi 3 juillet : vernissage à 18h30

Horaires d’ouverture : jeudi, samedi, dimanche 10h-13h et 15h-18h, accès libre


Carré d’Art Louis Jeanjean

 21 rue Sadi Carnot, Mèze

Psychoses – L’expressionnisme dans l’art et le cinéma

Jusqu’au 15 septembre

Musée de Lodève


Rien de plus recommandable que des sueurs froides en été… Évoquer ces films suffit à être saisi de spasmes convulsifs jusqu’à des haut-le-corps inclusivement. Nosferatu le vampire, Metropolis, Le Cabinet du docteur Caligari… L’exposition du musée de Lodève déterre et ressuscite cet effroi somme toute légitime et sort de l’ombre les œuvres picturales et graphiques qui ont influencé le cinéma expressionniste allemand des années 1920.


28 juin à 20h30 Soirée cinéma : Nosferatu le vampire

Dans le cadre de l’exposition Psychoses, redécouvrez en grand écran au cinéma de Lodève, le film culte Nosferatu le vampire, l’un des premiers films d'horreur paru en 1922. Le film est précédé par une présentation de Sophie Clarinval, guide conférencière au musée de Lodève, pour situer le film muet.

En savoir plus sur le film 

Tarif 5 €, sans réservation, paiement sur place au cinéma

Le film est suivi d'un moment de convivialité autour d’un verre

Cinéma Luteva

Avenue Dr Joseph Maury, Lodève


28-29 juin, 2-3-4-5 juillet à 15h30 : visite guidée de l’exposition Psychoses

Laissez-vous guider dans l’univers expressionniste allemand où peinture, art graphique et cinéma entretiennent une étroite relation. Venez (re)découvrir des films célèbres et emblématiques des années 20 et plongez aux origines des films d’horreur d’aujourd’hui.

Accessible aux PMR
Tarif : 3€ par personne en plus des droits d’entrée
Durée : 45 minutes – Tout public

Réservez votre visite guidée (conseillé)

Musée de Lodève

Square Georges Auric

Festival musique et histoire

Pour un dialogue interculturel

Du 15 au 18 juillet

Abbaye de Fontfroide


Autour du maestro catalan Jordi Savall et de ses ensembles musicaux—Hespèrion XXI, la Capella Reial de Catalunya, le Concert des Nations, Orpheus 21—se réuniront de nombreux musiciens invités. Les concerts auront lieu à 17h30 et 21h30. Hespèrion XXI est aujourd’hui une référence incontournable pour comprendre l’évolution de la musique dans la période allant du Moyen Âge au Baroque. Le travail de recherche rigoureux d’une part et l’exécution exquise des interprétations d’autre part permettent au public de profiter de manière naturelle de la délicatesse esthétique et spirituelle propre aux œuvres de cette période.


Concerts à 17h30, au réfectoire ou jardins en terrasses

Lundi 15 juillet : Pythia - Vaisseaux de chair, paroles du Ciel par l’Ensemble Rini

Mardi 16 juillet : Amor mi fa cantal par INVACTVS

Mercredi 17 juillet : Les Joies des Elisées par Paolo Pandolfo et Amélie Chemin

Jeudi 18 juillet : Mozart et Eberl à Vienne par le Concerto Madrigalesco


Concerts à 21h30, dans l’église abbatiale

Lundi 15 juillet : Marco Polo, la Route de la Soie (1re partie) par Hespèrion XXI & Orpheus 21

Mardi 16 juillet : Pro Pacem par la Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations

Mercredi 17 juillet : De Profundis & Te Deum par la Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations

Jeudi 18 juillet : Maurice Ravel - Inspirations et métamorphoses par le Concert des Nations et Elionor Martinez


Musiques pour la Paix et la Concorde (1230-1930)
Conception et direction musicale :
Jordi Savall

Télécharger le programme 2024

Réservation en ligne

Réservation pass festival : uniquement par téléphone au 04 68 45 50 47, les mardis et jeudis 9h-11h
Restauration : restaurant de fontfroide (menu unique à 42€) et coin gourmand dans l’abbaye (19h-21h30 et 23h-00h)

contact : 04 68 45 50 47 – concert@fontfroide.com


Abbaye de Fontfroide

Accès A9 ou A61 Sortie Narbonne sud (n°38)

Direction Lézignan Corbière D6113 puis D613

Spiktri Odyssey
Art contemporain à Fontfroide

Jusqu’au 8 septembre

Abbaye de Fontfroide


De passage sur Terre entre la planète Skelerium, habitée de têtes de mort géantes, et les planètes Graphitium et Monatrium, l’artiste Spiktri nous livre tout de go le produit brut de coffrage de ses réflexions : « Dans l’art, ni règle ni dogme, c’est mon fer de lance quoi, c’est le seul endroit où tout est permis, du coup, no limit ! » Un concept basé sur la théorie de l’éternelle inflation, estampillée BCE. Une exploration déjantée à poursuivre dans son musée à Ferrals-les-Corbières, à 20 minutes de Fontfroide.


Exposition comprise dans le billet d’entrée de visite

Optez pour un billet couplé FONTFROIDE / MUSÉE SPIKTRI et bénéficiez d’un tarif préférentiel
Tarif adulte : 25€, 6-25 ans : 16€

Contact : 04 68 45 11 08


Abbaye de Fontfroide : RD613 Chemin de Fontfroide, Narbonne

Musée & Galerie Spiktri Street Art Universe : 25 avenue des Vignerons, Ferrals-les-Corbières

Frank Stella, Recent works

Du 5 juillet au 28 septembre

Domaine de Panéry à Pouzilhac


Dans une mise en garde aux critiques, Frank Stella (1936-2024) insistait sur le fait que “ce que vous voyez est ce que vous voyez” — une formulation devenue la devise officieuse du mouvement minimaliste. Imaginée par l’artiste disparu le 4 mai, sa dernière exposition Recent works, devenue hommage historique, rassemble une trentaine d’œuvres, peintures, sculptures, lithographies, compositions et collages, produites entre 1983 et 2024. Formaliste d'une sévérité calviniste, Stella rejetait toute tentative d'interprétation de son œuvre. Le sentiment de mystère, affirmait-il, était une question “d’ambiguïtés techniques, spatiales et picturales”.


L’hommage à chaud de Julie Chaizemartin, journaliste et critique d’art

Contact : 06 22 17 14 92


Galerie Ceysson & Bénétière

Domaine de Panéry

Route d'Uzès, Pouzilhac

La fécondité dans l’art à travers les âges et les cultures du monde

Jusqu’au 29 juillet et du 1er septembre au 31 décembre

Musée Art et fécondité à Montpellier


Les femmes enceintes et les sages femmes—si ces deux qualifications échappent encore à l’infamie à l’heure où vous recevrez ce Bulletin Culturel— bénéficient d’une visite guidée à 5 € au lieu de 10 €. Un sens du prochain pour le nouveau musée d’arts premiers de Montpellier et son exposition sur les représentations artistiques de la fécondité féminine à travers les âges et les cultures. Une collection unique et insolite d'objets trouvés aux quatre coins du monde, datant de la préhistoire à la période contemporaine.


Ouvert uniquement les lundis de 10h à 18h

Le site de l’exposition


Musée Art et fécondité

27 bis rue de la Cavalerie, Montpellier

C215 autour de l’Inguimbertine

Jusqu’au 31 octobre

Hôtel-Dieu et centre-ville à Carpantras


Le street artist C215 habille de ses pochoirs l’espace public, objets urbains—avec une prédilection pour les armoires électriques et les de plus en plus rares boîtes jaunes de levée du courrier— des grandes villes européennes et peut-être chez vous. Des portraits, le plus souvent, vaporisés selon la fantaisie C215ème. Christian Guémy répond de manière lapidaire au sempiternel pourquoi C215 ? C correspond à son prénom, et 215 au numéro de la chambre dans laquelle il a décidé ce qu'il ferait de son avenir. L’exposition se décline en deux parties. La première, dans la galerie d’honneur de l’hôtel-Dieu, présente une rétrospective de sa carrière. La seconde, déployée dans le centre-ville, est consacrée à son interprétation des œuvres de la collection permanente de l’Inguimbertine, la bibliothèque-musée de Carpantras Un écrin nommé en l’honneur de son fondateur, foisonnant de trésors littéraires et artistiques d’une richesse inestimable, des manuscrits anciens aux œuvres d’art emblématiques transférés récemment dans un Hôtel-Dieu superbement rénové.


De 10h à 18h, fermé le lundi

Tarif normal : 12€ - Tarif réduit : 8€

Billetterie

Les œuvres de C215 sur Flickr

Tél. 04 90 63 04 92

inguimbertine.carpentras.fr


Visite guidée de l’exposition C215 (1h30) : tous les samedis à 16h15 (juin-octobre), les jeudis à 16h15 (juillet-août)
Tarif : 3 € en plus du billet d’entrée / Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans, les porteurs de la carte Jeunes, les détenteurs du Pass annuel (dans la limite des places disponibles)


Bibliothèque Musée L’Inguimbertine

180 place Aristide Briand, Carpantras

53es Nuits Musicales d’Uzès

Du 18 au 30 juillet

Cours du Duché et de l’Évêché d’Uzès


La cité ducale accueille sous la céleste voûte étoilée les juillettistes Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Haendel et leurs cortèges d’amateurs éclairés. Au programme : l’opéra L’Enlèvement au Sérail de Mozart, les grandioses 7e Symphonie de Beethoven et 2e Concerto pour piano de Hummel, l’opéra baroque de John Blow Vénus et Adonis, les majestueux Fireworks et Water Music de Haendel, les Chants sacrés et traditionnels d’Arménie, Les Trios romantiques de Schubert et Brahms, le Fado incandescent de Cristina Branco et le Jazz italien de Stephano di Battista. Le tout dans les magnifiques Cours du Duché et de l’Evêché d’Uzès, ainsi qu’à L’Ombrière Pays d’Uzès.


Présentation des Nuits musicales

Le site des Nuits Musicales


Château Ducal dit le Duché : 11 rue Jacques d'Uzès

Ancien Évêché : 16 rue Saint-Julien

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz • 14 octobre 2026
1926–2026 Centenaire d’un créateur de caractères Le 14 octobre 1926 naissait à Sèvres José Mendoza y Almeida. Cent ans plus tard, ses lettres continuent de déambuler dans les livres, de composer des pages, de donner aux mots leur rythme visuel. Paradoxe du créateur de caractères : son travail est partout, mais sa signature demeure invisible au quidam. L’histoire de Mendoza est d’abord celle d’une transmission. Son père, Guillermo de Mendoza y Almeida, lui fait découvrir très tôt le dessin des lettres. Dès l’enfance, José s’intéresse à leurs formes, leurs proportions, ce qui fait qu’un caractère est reconnaissable sans cesser d’appartenir à une famille. Il ne sait pas encore que ces premières recherches annoncent une vie consacrée à l’alphabet, à ses équilibres et à ses métamorphoses. Au début des années 1950, il travaille auprès de Maximilien Vox, avant de rejoindre la Fonderie Olive, à Marseille, où il devient l’assistant de Roger Excoffon. Il y côtoie l’un des grands tempéraments de la typographie française, dans un environnement où le caractère imprimé est encore affaire de dessin, de matière et de métier. En 1959, il devient indépendant et engage une œuvre personnelle qui le conduira à collaborer avec plusieurs grandes fonderies internationales. Son premier grand caractère, le Pascal , porte la marque de cette histoire familiale. Inspiré notamment par les recherches de son père sur les formes incisées, il témoigne d’une volonté de renouer avec la tradition des lettres gravées sans se contenter de la reproduire. Mendoza ne dessine pas le passé : il cherche à lui donner un avenir. Avec le Photina , conçu pour les exigences de la photocomposition, il explore les possibilités nouvelles de la typographie de lecture. Avec l’ ITC Mendoza Roman , il développe une autre interprétation de la lettre romaine, nourrie d’une connaissance intime de ses formes humanistes, à l’instar du Messidor de Ladislas Mandel, mais en plus homogène. Ses créations témoignent d’une même recherche : trouver le point d’équilibre entre tradition et modernité, entre la personnalité du dessin et la fluidité de la lecture. Car dessiner un caractère ne consiste pas à styliser un alphabet. Il faut trouver la juste proportion entre la forme et la contre-forme, entre le noir et le blanc dans un mot, entre la singularité d’un dessin et la régularité nécessaire à la lecture. Il faut penser simultanément le détail et la page, le signe isolé et la ligne entière. Une typographie réussie est une architecture dont le lecteur éprouve l’harmonie sans nécessairement en percevoir les efforts. Mais l’œuvre de José Mendoza y Almeida ne se limite pas aux caractères qu’il a dessinés. Elle se prolonge aussi dans l’enseignement, dans la transmission d’un savoir et dans la formation de ceux qui, à leur tour, feront vivre la création typographique. Il enseigna, dans les anciens murs de l’Imprimerie nationale, rue de la Convention, à l’ANCT (Atelier national de création typographique, devenu l’ANRT) aux côtés de Ladislas Mandel. Deux personnalités, deux sensibilités réunies autour d’une même exigence : apprendre à regarder la lettre, à comprendre sa construction, son histoire et ses subtils équilibres avant de prétendre la dessiner. Et avec Peter Keller, apprendre la subtilité helvétique du graphisme typographique. Les premiers élèves à sortir de cet atelier furent notre regretté Franck Jalleau, Isabelle Durand, Ronan Le Hénaff et l’auteur de ces lignes, composées en ITC Mendoza Roman . Nous appartenions à cette première génération qui eut le privilège de recevoir cet enseignement au moment où la création typographique française s’ouvrait à de nouvelles perspectives. Au-delà des techniques et des savoir-faire, Mendoza transmettait une certaine idée du métier : la sensibilité du dessin, le respect des formes héritées, mais aussi la liberté nécessaire pour inventer celles de demain. Avec le recul, cette expérience prend une dimension particulière. On mesure mieux ce que représente la rencontre avec un maître : non pas l’apprentissage d’un style à reproduire, mais l’acquisition d’un regard. Celui qui permet de comprendre pourquoi une courbe est juste, pourquoi un espacement modifie la cadence d’un mot, pourquoi un caractère, si discret soit-il, peut changer l’éloquence et l’équilibre d’une page. La typographie est un art de la continuité que chaque génération ne cesse de réinterroger. Des caractères traversent les décennies, voire les siècles, quand plus souvent, ils n’atteignent pas l’âge adulte. À l’heure où les outils numériques permettent de produire des milliers de polices en quelques clics, cet anniversaire nous invite à retrouver le temps long du dessin typographique. Une lettre n’est jamais une forme neutre. Elle porte une mémoire, révèle une sensibilité, impose une cadence à la lecture. Elle est à la fois un objet de création et un instrument de partage. Rendre hommage à José Mendoza y Almeida, un siècle après sa naissance, c’est célébrer un artiste qui a travaillé au plus près des mots sans jamais chercher à leur voler la vedette. C’est reconnaître que le livre doit aussi sa beauté à ceux qui façonnent ses lettres, règlent ses blancs et inventent cette harmonie silencieuse. Pour ceux qui ont eu la chance de suivre son enseignement, son nom ne désigne pas seulement un créateur dont les caractères ont marqué l’histoire du livre. Il rappelle une expérience fondatrice, une manière de regarder et de penser, une exigence qui continue de nous accompagner bien après avoir quitté l’atelier.
par Jean-Renaud Cuaz • 7 octobre 2026
Quand la grande bleue, lourde et tourmentée, s’agitait au loin et qu’au-dessus, immobile et menaçant, un grain de mer orageux souillait le ciel, remontait à la surface le souvenir du naufrage de ce voilier démâté. Deux couples de plaisanciers avaient lancé un appel de détresse, rudoyés par la furie des flots. Un de ces coups de tabac qui se jouent de votre caboteur comme d’un fétu de pirogue. Il le revivait dans ces moments-là, à l’aube, quand il pensait ne pas être dérangé dans le bureau de la snsm *, au bout du môle, du moins par les visites inopinées. Il ouvrait l’armoire métallique pour en saisir le même dossier. D’où il tirait son rapport d’enquête, consigné de mots simples dépourvus d’ornements. Ses photos prises à la volée qu’il étalait sous ses yeux. Ces trois visages saisis entre deux paquets de mer hantaient ses nuits depuis ce jour. Un regard en particulier qui vient de croiser la mort, glacial, muet, qui semble vous questionner. Vous faire regretter de n’être pas arrivé plus tôt, assez tôt pour les secourir. Tous. Cette silhouette venue de nul part s’était vite aperçue qu’un des leurs manquait à bord, quand ça secouait dur, quand les drisses crissaient avant de céder. Les voiles déchirées, le moteur noyé ne présageaient rien de bon malgré la passe du port pourtant proche. Tourmentées par de violents ressacs, trois vies humaines, impuissantes à refouler les déferlements de vagues, écopaient leurs assauts en attendant le canot tous temps des sauveteurs en mer. Pour cet équipage en sursis, l’attente d’une main-forte leur jetant un cordage. Pour lui, l’espoir d’arriver sur zone au plus vite et ramener les survivants. Pour ensuite, de retour au port, consigner le quotidien du sauvetage. Il s’éloignait de son bureau et de sa radio vhs quand la mer somnolait. La plage de la Corniche lui tendait ses bras langoureux et salés. Il aimait l’arpenter de long en long, seulement détourné de son cap par une vaguelette qui lui léchait les semelles et semblait lui dire : tu vois, je sais aussi être bienveillante… Ce matin-là, dans un élan d’amertume, elle avait jeté sur le sable une forme humaine. Soudainement, dans sa tête, les ondes courtes recrachaient l’appel de détresse se mêlant à la sirène du Sémaphore. Les coups de butoir de la mer se réveillaient pour se confondre avec les martèlements de son cœur. Il sortit son portable de la poche et cliqua du pouce, parmi les favoris, le numéro du commissariat de police. « Il me faut une trousse aux morts, plage de la Baleine » . Il aimait désigner ainsi les sacs mortuaires à usage unique, à fermeture éclair. Un clin d’œil à son Hitchcock préféré, et à l’énigmatique Eva Marie Saint. Il redoutait toujours cet instant, malgré son trait d’humour noirci d’amertume… À l’issue d’une autopsie dont il devinait le résultat, il faudra contacter ce visage qui dévorait ses nuits toujours plus courtes. Le corps de son Eva va lui être rendu et pourra rejoindre les siens au cimetière des Saintes-Maries. Le ronflement d’un Canadair se rapprochant lui fit lever la tête. Il l’avait aperçu un peu plus tôt au-dessus des salins. L’appareil le survola, lui fit signe d’un battement d’ailes, puis vira à gauche vers le large pour revenir à la perpendiculaire de la côte, en direction de l’étang. En rase motte, le délicat survol soulevait le sable sur son passage, à quelques mètres des lignes à haute tension. C’était la période d’exercices des bombardiers d’eau, du remplissage de cuve dans les plans d’eau au largage sur cible. Il rendit le salut au pilote d’un battement de bras. C’était son fils qui venait de rejoindre l’escadrille du Sdis 34 **, et se préparait à affronter la saison des feux, toujours plus longue. Fierté d’un père pêcheur de vies pour un fils au destin parallèle. Seulement séparés par l’altitude, accolés quand l’avion effleure les flots de son étrave jaune et rouge. Instinctivement, comme pour évacuer une émotion qu’il ne pouvait saisir, il se mit à courir le long de la grève en attendant l’ambulance. De retour au quartier des Quilles, il gara sa voiture au parking souterrain, près du bac à sable incendie. Il y plongerait volontiers sa main si les mégots accumulés ne l’obligeaient à refouler cet instinct juvénile. Résignés à un sombre destin, ces infortunés fragments de coquillages patientent en attendant d’étouffer un départ d’incendie à coups de pelle. Un de ces mégots mal éteints, une nappe d’huile et ils rejoindront les flots, poussés vers un avaloir par de bienveillants jets d’eau. Ici-bas, ils égrènent leur chapelet, cloitrés dans leur cachot de béton en attendant le retour à la mer patrie, qui les fera à nouveau voyager au gré de ses courants et du caprice des vents. * La Société Nationale de Sauvetage en Mer, seule orga­ni­sa­tion agréée dédiée au sauve­tage en mer en France. ** Le Service Départemental d’Incendie et de Secours de l’Hérault. Photo : La Mort aux trousses (North by Northwest), Cary Grant et Eva Marie Saint
par Jean-Renaud Cuaz • 3 octobre 2026
C’ÉTAIT IA OU MOURIR Un être humain vient de publier C’était ça ou mourir , roman relatant le parcours d’un migrant haïtien qui traverse une douzaine de pays avant d’atteindre le Canada. La critique applaudit à juste titre . Les lecteurs suivirent. La télévision s’en mêla. L’éditeur imagina les bandeaux de couverture pour un prix littéraire alors que le Goncourt inscrivait le livre sur sa liste. Bref, tout était parfaitement normal dans le monde merveilleux de l’édition parisienne. Jusqu’à ce qu’une intelligence artificielle décide de mettre son grain de sel. Ou plutôt que des humains demandent à des intelligences artificielles de déterminer si un humain avait écrit son propre livre. Il fallait y penser. Depuis des siècles, la littérature avait pourtant trouvé un moyen relativement simple de juger les écrivains : on lisait leurs livres. On pouvait les trouver magnifiques, médiocres, prétentieux, bouleversants, illisibles ou géniaux. On pouvait même — luxe suprême — ne pas être d’accord. Mais nous vivons désormais à une époque où lire ne suffit plus. Il faut authentifier. Le roman fut donc passé à la machine. Puis à une autre machine. Puis à une troisième, histoire de donner à l’affaire toute la solennité scientifique nécessaire. Pangram conclut que l’intelligence artificielle avait probablement participé à l’écriture des 34 chapitres. GPTZero arriva à une conclusion similaire. Winston , lui, fut beaucoup plus nuancé, puisqu’il trouva des passages allant de 12 % à 66 % susceptibles d’être humains. La page des remerciements, en revanche, rallia les suffrages : 100 % humaine. On attend désormais avec impatience le premier prix littéraire décerné au meilleur paragraphe de remerciements. Il y a quelque chose, sinon de pourri au royaume du bookmark , du moins d’irrésistiblement comique dans cette affaire. L’auteur affirme avoir commencé son livre en 2017 et terminé un premier manuscrit en 2019. C’est-à-dire à une époque où l’intelligence artificielle générative n’avait pas encore envahi nos écrans, nos bureaux, nos écoles, nos entreprises et nos conversations. Mais peu importe. L’algorithme soupçonne. Donc l’homme doit se justifier. Bienvenue dans la littérature médico-légale. Demain, avant de publier un roman, l’auteur devra probablement déposer son manuscrit chez un laboratoire agréé. On analysera son ADN stylistique, la fréquence de ses adjectifs, la longueur moyenne de ses phrases et la proportion de ses métaphores naturellement produites par son cerveau. Un expert pourra alors déclarer : « Après analyse approfondie, nous estimons que ce paragraphe est humain à 73,4 %. » 73,4 % ! Le reste ? Mystère. Peut-être la machine. Peut-être le stagiaire. Les spécialistes reconnaissent pourtant que les détecteurs d’IA sont loin d’être infaillibles. Certains sont particulièrement fragiles lorsqu’ils analysent des textes qui ne sont pas en anglais. Le patron de Pangram avance un taux de faux positifs extraordinairement faible, tout en reconnaissant que ce taux n’a pas été confirmé par des études indépendantes. Ce qui n’empêche évidemment personne de s’en servir comme d’un détecteur de mensonges littéraire. Après tout, pourquoi faire compliqué ? Il suffit désormais de demander à une machine si une autre machine a écrit le livre d’un homme. Et si la machine dit oui, l’homme est prié de produire les preuves du contraire. On comprend que le monde de l’édition soit quelque peu nerveux. Car l’IA menace évidemment de bouleverser la profession. Les éditeurs redoutent les « livres parasites », les auteurs s’interrogent sur ce qu’ils auront encore le droit de demander à une machine, et certains songent déjà à apposer sur leurs couvertures un label garantissant une œuvre « 100 % humaine ». Ah, le merveilleux concept du 100 % humain… Il faudra donc désormais certifier l’écrivain comme on certifie un produit alimentaire. Sans IA. Sans conservateur. Sans colorant. Sans algorithme. Élevé en liberté dans un bureau à la campagne. Nourri au café. Écrit à la main entre deux crises existentielles. On pourrait même imaginer une nouvelle réglementation : pour obtenir le label, l’auteur devra signer une déclaration sur l’honneur certifiant qu’il n’a jamais demandé à une IA de trouver un synonyme, de corriger une faute, de proposer un titre ou de lui expliquer pourquoi son troisième chapitre était complètement raté. Car voilà le paradoxe : l’IA est déjà partout, mais la littérature voudrait encore croire qu’elle pourra installer une frontière hermétique entre l’homme et la machine. Bonne chance. L’affaire aura au moins révélé quelque chose de beaucoup plus intéressant que la seule question de savoir qui a écrit quoi : notre époque commence à avoir peur de ne plus savoir reconnaître l’humain. Et cette peur est peut-être plus révélatrice que les résultats des détecteurs. Car si un texte nous bouleverse, faut-il vraiment savoir si son auteur a utilisé un logiciel pour chercher un mot ? Si un roman raconte une expérience humaine, doit-on désormais vérifier la composition moléculaire de chaque phrase avant de décider si elle mérite d’être lue ? La littérature risque ainsi de devenir une discipline assez particulière : on ne demandera bientôt plus à l’auteur « Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? », mais « Pouvez-vous prouver que vous l’avez écrit ? » Et peut-être qu’un jour, au Goncourt, le jury ne lira même plus les manuscrits. Il les fera scanner. Une machine donnera son verdict. Une autre vérifiera le verdict. Une troisième certifiera que les deux premières sont bien des machines. Puis un quatrième algorithme évaluera leur degré d’humanité. Et pendant ce temps, quelque part, un écrivain écrira tranquillement une phrase. Une phrase imparfaite, inutile. Une phrase magnifique. Que personne n’aura pensé à demander à une machine de valider. Ce jour-là, peut-être, il sera définitivement trop tard. Car C’était ça ou mourir aura changé de sens. Ce n’était plus seulement l’histoire d’un homme qui devait fuir pour survivre. C’était l’histoire d’un écrivain qui devait prouver qu’il était encore vivant. Et dans le grand tintamarre de l’intelligence artificielle, il ne restera bientôt plus qu’une question à poser : Qui, de l’homme ou de la machine, aura finalement le dernier mot ? On peut toujours demander à ChatGPT . Mais attention. Il faudra d’abord vérifier qu’on est bien humain. L’autre jour, en me connectant à Doctolib , l’interface m’a demandé de cocher la case Je suis humain . Ceci afin d’éviter, sur le point de choisir une date de rendez-vous, qu’un robot souffreteux ne prenne ma place. (Illustration : Leon Tolstoï à son bureau par Ilya Repin (1891)
par Jean-Renaud Cuaz • 26 septembre 2026
Dans Gardien de Muse , Serge Neyrat transforme une fonction que l’on imagine plutôt silencieuse — surveiller les salles du Musée Ingres Bourdelle — en matière poétique. Le recueil rassemble une trentaine de poèmes nés d’une expérience très particulière : passer des journées entières face à des chefs-d’œuvre, sans toujours savoir au départ quoi en penser. Le narrateur se présente volontiers comme un gardien « sans grande culture », débarqué au milieu des toiles de Jean-Auguste-Dominique Ingres et des sculptures de Antoine Bourdelle un peu comme un promeneur entré par hasard dans un temple. Peu à peu pourtant, les œuvres d‘art cessent d’être de simples objets accrochés au mur, posés sur un piédestal : elles deviennent des compagnons de service, presque des collègues de travail. On finit par connaître leurs caprices, leurs bizarreries et leurs réputations. Les poèmes évoquent ainsi avec une ironie bon enfant quelques figures incontournables du musée. La célèbre Grande Odalisque apparaît avec ses courbes « discutables », mais sublimées par l’image en regard du poème. Tandis que l’ombre de Raphaël plane sur les ambitions d’Ingres. Du côté de la sculpture, la puissance de Héraclès archer rappelle que les muscles en bronze peuvent impressionner même un gardien pourtant habitué aux visiteurs turbulents. Mais derrière ces rencontres artistiques se glisse la vie très concrète du musée : les rondes quotidiennes, les visiteurs rêveurs ou distraits, et les longues heures où l’on finit par discuter mentalement avec les tableaux. L’humour affleure souvent, comme si l’auteur s’amusait du contraste entre la grandeur des oeuvres et la modestie du gardien chargé de veiller sur elles. Au fil du recueil, l’art finit pourtant par gagner la partie. Ce qui n’était au départ qu’un travail devient une familiarité presque affectueuse. Et lorsque vient l’heure de penser à la retraite, le gardien réalise qu’il aura passé trente ans à converser, mine de rien, avec quelques génies de l’histoire de l’art. Une chose est sûre : les muses ne sont jamais loin de leur gardien. Ce recueil est né de projets atypiques menés en partage. Celui d’un surveillant de musée qui, entouré d’œuvres d’art durant trente années, devient passeur de mémoire. Celui d’une poétesse qui découvre cet homme discret et son histoire, l’invite à faire de ses souvenirs et réflexions une matière poétique, accompagne cette démarche de son regard et de ses photographies, et qui à son tour, devient passeuse de récit. Celui, enfin, d’un éditeur qui, donnant à cette aventure son titre et une forme palpable, se réjouit de voir un Gardien de Muse cheminer jusqu’à ses lecteurs. Avec le précieux soutien de l’équipe du Musée Ingres Bourdelle, ils offrent ainsi à l’ancien palais épiscopal une destinée inattendue, recueillir des confessions d’un nouveau genre. Celui d’une poésie illustrée qui éclaire le lieu et les œuvres d’une émotion insolite, capable de toucher au-delà d’un parcours muséal. Né à Montauban en 1963, Serge Neyrat est surveillant de salle au musée Ingres Bourdelle depuis plus de trente ans. Ancien boulanger, balayeur puis ripeur, il a trouvé dans les salles du musée un écrin pour son regard et sa poésie. Fidèle compagnon des oeuvres et des visiteurs, « celui qui se déplace toujours avec une chaise » signe aujourd’hui un recueil de trente poèmes. Comme un passeur de mémoire, il nous invite à parcourir le musée de ses rêves, pour en faire le nôtre. Jean-Renaud Cuaz, Éditeur À paraître : Gardien de Muse Trente poèmes d’un Surveillant de salle du Musée Ingres Bourdelle de Montauban 68 pages | Format : 210 x 148 mm 15 € | ISBN 9-782487-131552
par Jean-Renaud Cuaz • 26 septembre 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 10 septembre 2026
La Pointe Courte (1955) La photographe Agnès Varda tourna en amateur, à l’aide d’un financement coopératif, son tout premier long métrage de fiction, La Pointe Courte , dont la minuscule péninsule tenait le rôle-titre. Elle disait avoir été fascinée par « la lumière écrasante » de ce « quartier insolite ». Le film aura une influence moins perceptible sur les Pointus que sur les cinéphiles à travers le monde, un film « libre et pur, miraculeux. Le premier son de cloche d’un immense carillon », selon la critique quasi unanime. LA NOUVELLE VAGUE , une fois déferlée, a fait émerger dans l’eau ceux qui nageaient sans maillot. De jeunes Parisiens ordinaires en quête d’amour, d’indépendance et de dialogues simples, ne s’occupant que de leurs petites affaires. Souvent oisifs et ne craignant pas d’enfreindre la loi. Sourds à la société et à la famille qu’ils voient en noir et blanc. À l’origine, le terme nouvelle vague était une expression sociétale, mais très vite, une campagne publicitaire du Centre national de la cinématographie — un fonds public qui transforme les cinéastes en fonctionnaires — lui collera une étiquette exclusivement septième art. Pour résumer l’intrigue, c’est l’histoire d’un groupe de critiques surnommés Jeunes Turcs qui, voulant devenir réalisateurs, ont profité de l’apparition de caméras et magnétophones mobiles aisés à manipuler, créant l’effet miroir du regard caméra cher à ce mouvement, sans passer par le parcours traditionnel de la profession. Submergeant le mal-être d’une jeunesse d’avant 1968 aussi déboussolée que révoltée, la Nouvelle Vague fut considérée par une partie de la critique comme un truquage, voire une escroquerie, lui reprochant de se complaire dans la « monarchie gaulliste ». “Pour les blessures de l’âme, la photographie ne suffisait pas.” Agnès Varda, à propos de La Pointe Courte Galvanisée par la cinégénie des décors et de ses occupants, les presqu’insulaires Pointus, Agnès Varda s’embarqua pour des joutes contre les scénarios littéraires et les jeux d’acteur surannés venus du théâtre. Le film fut dévoilé le 10 mai 1955 au Festival de Cannes, pour une sortie nationale le 4 janvier 1956. Avant celle-ci, il fut présenté en avant-première à Sète au cinéma le Colisée le 27 août 1955. Ce jour-là, la cinéaste avait retenu cette réflexion dans l’assistance : « Ce serait pas mal s’il n’y avait pas ces deux bourriques ! » faisant sans peine allusion à Silvia Monfort et à Philippe Noiret qui débutait au cinéma. Le saviez-vous ? C’est Francis Crouzet , ancien conseiller général, initiateur de la statue L’Ajustaïre du Cadre royal, défenseur de l’environnement et du quartier de la Pointe Courte, qui fut à l’initiative de donner le nom d’Agnès Varda à l’une de ses traverses. Demande entérinée par le maire de l’époque, Yves Marchand. Le film n’a jamais bénéficié d’une véritable distribution commerciale et sa diffusion s’est surtout faite dans les ciné-clubs. Aucune affiche n’a donc été créée en 1955, ni pour sa présentation à Cannes (10 mai), ni pour son avant-première au cinéma Le Colisée de Sète (27 août), ou pour sa sortie nationale le 4 janvier 1956. Seuls des tracts et des annonces étaient distribués ou diffusés. Les affiches du film que l’on peut voir sont donc postérieures. DISTRIBUTION Silvia Monfort elle Philippe Noiret lui Les Pointus eux-mêmes FICHE TECHNIQUE Réalisation, scénario Agnès Varda Chef opérateur Louis Stein Assistants opérateurs Paul Soulignac, Bernard Grasberg, Louis Soulanes Montage Alain Resnais, Henri Colpi Assistante montage Anne Sarraute Musique Pierre Barbaud et thèmes folkloriques locaux Conseiller technique Carlos Vilardebó Conseillère artistique Valentine Schlegel Scripte Jane Vilardebó Régisseur général Jean-Pierre Bonfils
par Jean-Renaud Cuaz • 25 août 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz • 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
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