LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET
Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

Jean Hugo, entre ciel et terre

Jusqu’au 13 octobre au musée Paul Valéry à Sète


Jean Hugo, le regard magique

Jusqu’au 13 octobre au musée Fabre à Montpellier


En toute intimité : Jean Hugo et Lunel

Jusqu’au 22 septembre au musée Médard à Lunel


Nourri dès l’enfance des trésors de la bibliothèque familiale, imprégné des œuvres de Manet, Renoir et Forain collectionnées par ses illustres aïeuls, le jeune Jean Hugo, né en 1894, se lance en autodidacte dans la peinture. Sa grand-mère, dreyfusarde, reçoit Jean Jaurès, Alexandre Kerensky, Marcel Proust, Anatole France… Mobilisé en 1914, il vivra, loin de ces ravissements, l’enfer des tranchées. Une période où l’on devient adulte en un tournemain, arrière-petit-fils de Victor Hugo ou pas. Il y forgera également son trait, dessinant frénétiquement du cœur de la bataille de la Somme à celui de Verdun. Au sortir de la guerre, il fréquente Satie, Radiguet, Picasso, Éluard, Cendrars, Poulenc, Cocteau, qui lui offre en 1926 la scénographie de sa pièce Orphée… Et Carl Theodor Dreyer qui lui confie les décors et les costumes de La Passion de Jeanne d’Arc. Ce régiment de fidèles appréciera l’hospitalité de leur ami dans son mas de Fourques, près de Lunel, où il décide de se retirer, jugeant la vie parisienne futile et vaniteuse. « Paris ne s’intéressait qu’à sa propre faune, aux entre-dévorements plus féroces que ceux des mantes religieuses », écrira-t-il dans ses Carnets (Actes Sud) avant sa disparition en 1984.


Les 3 musées se sont réparti 3 périodes de cet artiste complet. Sète organise son exposition autour d’une centaine d’œuvres représentatives de sa vision de la nature. Montpellier présente 330 œuvres des origines de sa peinture, en 1914, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Lunel montre le peintre au mas de Fourques où il vécut un demi-siècle dans une intimité presque monacale, non loin de la Camargue.


Musée Paul Valéry : 148 rue François Desnoyer, Sète

Musée Fabre : 39 boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier

Musée Médard : 71 place Martyrs de la Résistance, Lunel

Yuka Matsui – À quoi rêve le mont Saint-Clair ?

Du 1er au 13 juillet 2024

Galerie de l’Échappée belle, Sète


La librairie L’Échappée belle présente dans sa galerie de nouvelles œuvres de l’artiste japonaise Yuka Matsui issues de la série Les trente-six vues du mont Saint-Clair. Utilisant des matériaux contemporains et traditionnels (papier washi du département de Kyoto, encre de Chine, bois de shôji), la créatrice partage avec le public sa vision du mont Saint-Clair. Un sommet semblable à ceux de son pays à l’image du Fuji, à la forme singulière abritant selon elle un kami – un esprit en japonais – flottant entre mer et lagune. Un Saint-Clair qui rêve d’ailleurs sous le pinceau de la plasticienne qui poursuit son dialogue avec cette colline inspirée et inspirante. Après une précédente exposition collective ATENA à Sète, elle sera en résidence d’artiste au Madlab cet été. À L’Échappée belle, elle rencontrera le public lors de signatures de ses livres et échangera en français avec les passionnés d’art, de poésie et de Japon.


Mercredi 3 juillet, une séance de signature se tiendra de 17h30 à 19h

Les ouvrages présentés au public par l’artiste seront Eléments et Poèmes, parus aux éditions Méridianes

Entrée libre et gratuite 

Ouvert du lundi au samedi 9h30-19h, dimanche 10h-13h

Contact : 04 67 43 64 54  

Le site de l’artiste

                   

Librairie L’Échappée belle

7 rue Gambetta, Sète

Malcom de Chazal, rétrospective hommage

Du 5 au 30 juillet

Carré d’Art Louis Jeanjean à Mèze


Découverte en 1947 par le critique et éditeur Jean Paulhan, son œuvre, impossible à cataloguer, fut encensée par les surréalistes. Malcolm de Chazal (1902-1981), artiste de l’Île Maurice, était poète, écrivain et peintre. Ses questionnements le mèneront à écrire de sublimes Pensées, puis des textes de nature philosophique. Une peinture abondante, au style faussement naïf, fera écrire à ce fournisseur en gros de citations : La couleur est un corps de chair où un cœur bat. Il appliqua, par une ascèse quasi mystique—créer est le seul domaine où il faut se déposséder pour s’enrichir— tous les moyens littéraires et plastiques pour questionner les angles morts d’une réflexion que s’évertua à rendre élémentaire… mon cher Malcolm.


Mercredi 3 juillet : vernissage à 18h30

Horaires d’ouverture : jeudi, samedi, dimanche 10h-13h et 15h-18h, accès libre


Carré d’Art Louis Jeanjean

 21 rue Sadi Carnot, Mèze

Psychoses – L’expressionnisme dans l’art et le cinéma

Jusqu’au 15 septembre

Musée de Lodève


Rien de plus recommandable que des sueurs froides en été… Évoquer ces films suffit à être saisi de spasmes convulsifs jusqu’à des haut-le-corps inclusivement. Nosferatu le vampire, Metropolis, Le Cabinet du docteur Caligari… L’exposition du musée de Lodève déterre et ressuscite cet effroi somme toute légitime et sort de l’ombre les œuvres picturales et graphiques qui ont influencé le cinéma expressionniste allemand des années 1920.


28 juin à 20h30 Soirée cinéma : Nosferatu le vampire

Dans le cadre de l’exposition Psychoses, redécouvrez en grand écran au cinéma de Lodève, le film culte Nosferatu le vampire, l’un des premiers films d'horreur paru en 1922. Le film est précédé par une présentation de Sophie Clarinval, guide conférencière au musée de Lodève, pour situer le film muet.

En savoir plus sur le film 

Tarif 5 €, sans réservation, paiement sur place au cinéma

Le film est suivi d'un moment de convivialité autour d’un verre

Cinéma Luteva

Avenue Dr Joseph Maury, Lodève


28-29 juin, 2-3-4-5 juillet à 15h30 : visite guidée de l’exposition Psychoses

Laissez-vous guider dans l’univers expressionniste allemand où peinture, art graphique et cinéma entretiennent une étroite relation. Venez (re)découvrir des films célèbres et emblématiques des années 20 et plongez aux origines des films d’horreur d’aujourd’hui.

Accessible aux PMR
Tarif : 3€ par personne en plus des droits d’entrée
Durée : 45 minutes – Tout public

Réservez votre visite guidée (conseillé)

Musée de Lodève

Square Georges Auric

Festival musique et histoire

Pour un dialogue interculturel

Du 15 au 18 juillet

Abbaye de Fontfroide


Autour du maestro catalan Jordi Savall et de ses ensembles musicaux—Hespèrion XXI, la Capella Reial de Catalunya, le Concert des Nations, Orpheus 21—se réuniront de nombreux musiciens invités. Les concerts auront lieu à 17h30 et 21h30. Hespèrion XXI est aujourd’hui une référence incontournable pour comprendre l’évolution de la musique dans la période allant du Moyen Âge au Baroque. Le travail de recherche rigoureux d’une part et l’exécution exquise des interprétations d’autre part permettent au public de profiter de manière naturelle de la délicatesse esthétique et spirituelle propre aux œuvres de cette période.


Concerts à 17h30, au réfectoire ou jardins en terrasses

Lundi 15 juillet : Pythia - Vaisseaux de chair, paroles du Ciel par l’Ensemble Rini

Mardi 16 juillet : Amor mi fa cantal par INVACTVS

Mercredi 17 juillet : Les Joies des Elisées par Paolo Pandolfo et Amélie Chemin

Jeudi 18 juillet : Mozart et Eberl à Vienne par le Concerto Madrigalesco


Concerts à 21h30, dans l’église abbatiale

Lundi 15 juillet : Marco Polo, la Route de la Soie (1re partie) par Hespèrion XXI & Orpheus 21

Mardi 16 juillet : Pro Pacem par la Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations

Mercredi 17 juillet : De Profundis & Te Deum par la Capella Reial de Catalunya et le Concert des Nations

Jeudi 18 juillet : Maurice Ravel - Inspirations et métamorphoses par le Concert des Nations et Elionor Martinez


Musiques pour la Paix et la Concorde (1230-1930)
Conception et direction musicale :
Jordi Savall

Télécharger le programme 2024

Réservation en ligne

Réservation pass festival : uniquement par téléphone au 04 68 45 50 47, les mardis et jeudis 9h-11h
Restauration : restaurant de fontfroide (menu unique à 42€) et coin gourmand dans l’abbaye (19h-21h30 et 23h-00h)

contact : 04 68 45 50 47 concert@fontfroide.com


Abbaye de Fontfroide

Accès A9 ou A61 Sortie Narbonne sud (n°38)

Direction Lézignan Corbière D6113 puis D613

Spiktri Odyssey
Art contemporain à Fontfroide

Jusqu’au 8 septembre

Abbaye de Fontfroide


De passage sur Terre entre la planète Skelerium, habitée de têtes de mort géantes, et les planètes Graphitium et Monatrium, l’artiste Spiktri nous livre tout de go le produit brut de coffrage de ses réflexions : « Dans l’art, ni règle ni dogme, c’est mon fer de lance quoi, c’est le seul endroit où tout est permis, du coup, no limit ! » Un concept basé sur la théorie de l’éternelle inflation, estampillée BCE. Une exploration déjantée à poursuivre dans son musée à Ferrals-les-Corbières, à 20 minutes de Fontfroide.


Exposition comprise dans le billet d’entrée de visite

Optez pour un billet couplé FONTFROIDE / MUSÉE SPIKTRI et bénéficiez d’un tarif préférentiel
Tarif adulte : 25€, 6-25 ans : 16€

Contact : 04 68 45 11 08


Abbaye de Fontfroide : RD613 Chemin de Fontfroide, Narbonne

Musée & Galerie Spiktri Street Art Universe : 25 avenue des Vignerons, Ferrals-les-Corbières

Frank Stella, Recent works

Du 5 juillet au 28 septembre

Domaine de Panéry à Pouzilhac


Dans une mise en garde aux critiques, Frank Stella (1936-2024) insistait sur le fait que “ce que vous voyez est ce que vous voyez” — une formulation devenue la devise officieuse du mouvement minimaliste. Imaginée par l’artiste disparu le 4 mai, sa dernière exposition Recent works, devenue hommage historique, rassemble une trentaine d’œuvres, peintures, sculptures, lithographies, compositions et collages, produites entre 1983 et 2024. Formaliste d'une sévérité calviniste, Stella rejetait toute tentative d'interprétation de son œuvre. Le sentiment de mystère, affirmait-il, était une question “d’ambiguïtés techniques, spatiales et picturales”.


L’hommage à chaud de Julie Chaizemartin, journaliste et critique d’art

Contact : 06 22 17 14 92


Galerie Ceysson & Bénétière

Domaine de Panéry

Route d'Uzès, Pouzilhac

La fécondité dans l’art à travers les âges et les cultures du monde

Jusqu’au 29 juillet et du 1er septembre au 31 décembre

Musée Art et fécondité à Montpellier


Les femmes enceintes et les sages femmes—si ces deux qualifications échappent encore à l’infamie à l’heure où vous recevrez ce Bulletin Culturel— bénéficient d’une visite guidée à 5 € au lieu de 10 €. Un sens du prochain pour le nouveau musée d’arts premiers de Montpellier et son exposition sur les représentations artistiques de la fécondité féminine à travers les âges et les cultures. Une collection unique et insolite d'objets trouvés aux quatre coins du monde, datant de la préhistoire à la période contemporaine.


Ouvert uniquement les lundis de 10h à 18h

Le site de l’exposition


Musée Art et fécondité

27 bis rue de la Cavalerie, Montpellier

C215 autour de l’Inguimbertine

Jusqu’au 31 octobre

Hôtel-Dieu et centre-ville à Carpantras


Le street artist C215 habille de ses pochoirs l’espace public, objets urbains—avec une prédilection pour les armoires électriques et les de plus en plus rares boîtes jaunes de levée du courrier— des grandes villes européennes et peut-être chez vous. Des portraits, le plus souvent, vaporisés selon la fantaisie C215ème. Christian Guémy répond de manière lapidaire au sempiternel pourquoi C215 ? C correspond à son prénom, et 215 au numéro de la chambre dans laquelle il a décidé ce qu'il ferait de son avenir. L’exposition se décline en deux parties. La première, dans la galerie d’honneur de l’hôtel-Dieu, présente une rétrospective de sa carrière. La seconde, déployée dans le centre-ville, est consacrée à son interprétation des œuvres de la collection permanente de l’Inguimbertine, la bibliothèque-musée de Carpantras Un écrin nommé en l’honneur de son fondateur, foisonnant de trésors littéraires et artistiques d’une richesse inestimable, des manuscrits anciens aux œuvres d’art emblématiques transférés récemment dans un Hôtel-Dieu superbement rénové.


De 10h à 18h, fermé le lundi

Tarif normal : 12€ - Tarif réduit : 8€

Billetterie

Les œuvres de C215 sur Flickr

Tél. 04 90 63 04 92

inguimbertine.carpentras.fr


Visite guidée de l’exposition C215 (1h30) : tous les samedis à 16h15 (juin-octobre), les jeudis à 16h15 (juillet-août)
Tarif : 3 € en plus du billet d’entrée / Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans, les porteurs de la carte Jeunes, les détenteurs du Pass annuel (dans la limite des places disponibles)


Bibliothèque Musée L’Inguimbertine

180 place Aristide Briand, Carpantras

53es Nuits Musicales d’Uzès

Du 18 au 30 juillet

Cours du Duché et de l’Évêché d’Uzès


La cité ducale accueille sous la céleste voûte étoilée les juillettistes Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Haendel et leurs cortèges d’amateurs éclairés. Au programme : l’opéra L’Enlèvement au Sérail de Mozart, les grandioses 7e Symphonie de Beethoven et 2e Concerto pour piano de Hummel, l’opéra baroque de John Blow Vénus et Adonis, les majestueux Fireworks et Water Music de Haendel, les Chants sacrés et traditionnels d’Arménie, Les Trios romantiques de Schubert et Brahms, le Fado incandescent de Cristina Branco et le Jazz italien de Stephano di Battista. Le tout dans les magnifiques Cours du Duché et de l’Evêché d’Uzès, ainsi qu’à L’Ombrière Pays d’Uzès.


Présentation des Nuits musicales

Le site des Nuits Musicales


Château Ducal dit le Duché : 11 rue Jacques d'Uzès

Ancien Évêché : 16 rue Saint-Julien

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut autrefois, après des siècles d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence se cache une histoire fascinante que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kurssal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE La thérapie du corps et de l’esprit au XIXe siècle L’essor du tourisme balnéaire à partir du XXe siècle Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide 
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que Gorge, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 24 avril 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
par Jean-Renaud Cuaz 26 mars 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AVRIL Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 25 février 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MARS Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 8 février 2026
Il est des villes que l’on visite, et d’autres qui vous visitent. Sète appartient à cette seconde espèce, rare et obstinée. Elle n’entre pas par effraction : elle s’insinue. Elle attend que l’on baisse la garde, que l’on pose la valise, que l’on s’asseye un instant face à l’eau, et alors seulement elle s’avance, soyeuse, lumineuse, presque distraite, comme si elle n’était pas sûre d’être désirée. C’est souvent à cet instant que le lien se noue — à notre insu. Sète la Soyeuse n’est pas un livre sur une ville ; c’est un livre dans une ville. Il s’y promène, y flâne, y hésite. Il marche à hauteur d’homme, parfois à hauteur de colombe, parfois au ras des pavés, là où l’ombre et la lumière négocient sans cesse leurs frontières. Ici, rien de la carte postale appuyée ni du folklore empesé. La ville n’est ni décor ni sujet : elle est présence, respiration, partenaire de dialogue. Elle écoute autant qu’elle parle. Il faut accepter d’entrer dans ces pages comme on entre dans un rêve éveillé : sans chercher l’itinéraire le plus court. On y croise des figures — passantes, amicales, fugaces — des voix venues de la littérature, de la mémoire, du vent marin. On y sent la mer, bien sûr. Elle est là comme une sœur ancienne : parfois nourricière, parfois indifférente, toujours souveraine. Et surtout, il y a la lumière. Non pas celle qui flatte, mais celle qui révèle. Une lumière qui polit les façades, fatigue les corps, éclaire les visages de l’intérieur. Une lumière qui semble avoir sa propre mémoire. Ce livre avance par touches, par éclats, par stations sensibles. Il n’explique pas : il accorde. Il accorde le regard du lecteur à celui de l’auteur, comme on accorde un instrument avant de jouer. Alors seulement peut naître cette musique particulière, faite de déambulations, de souvenirs appelés sans être convoqués, de rencontres qui laissent une trace plus durable que bien des certitudes. On comprend peu à peu que Sète n’est pas ici une ville figée dans son histoire, mais un organisme vivant, traversé de couches, de contradictions, de fidélités et d’infidélités assumées. Il y a dans ces pages une tendresse sans mièvrerie, une ironie douce, une liberté de ton rare. François Mottier se permet d’aimer sans posséder, de critiquer sans régler de comptes, de douter sans se retirer. Cette position — ni conquérante ni soumise — est sans doute la seule possible face à une ville comme Sète. Elle ne se donne pas à qui la regarde de haut ; elle s’offre à qui accepte de marcher à son rythme, de se perdre un peu, d’écouter les voix râpeuses des comptoirs, le froissement discret des cimetières, les silences pleins des canaux à l’aube. Lire Sète la Soyeuse , c’est aussi accepter l’idée qu’une ville puisse devenir un état intérieur. Qu’elle puisse agir comme un révélateur, un miroir légèrement déformant, mais juste. Certains appelleront cela un attachement, d’autres un syndrome. Peu importe le mot. Ce qui compte, c’est ce mouvement intime, presque physique, qui pousse à revenir, ou du moins à ne jamais tout à fait partir. Une ville que l’on emporte avec soi, sans s’en rendre compte, dans la poche intérieure de la veste. Nul besoin ici de guider, encore moins d’interpréter. Contentons-nous d’inviter. À la lenteur, à la disponibilité, à cette attention flottante qui permet aux livres — comme aux villes — de faire leur œuvre en nous. On referme Sète la Soyeuse comme on referme une fenêtre après le passage du vent. L’air a changé. La lumière aussi. La ville n’a rien imposé : elle a effleuré, enveloppé, glissé. Et comme la soie, elle demeure, longtemps, dans la mémoire et sous la peau. N.B. : Démêler la plume ébouriffée qui accoucha d’un manuscrit reçu après le décès de l’auteur ne fut pas de tout repos. 58 pages griffonnées, raturées, amendées… Le choix du titre résistait lui aussi au moindre décryptage : LEGx11 - Une histoire de joutes sétoises . Sans aucune mention dans son roman de cette prothèse—sauf dans la note de l’auteur— ou de combats nautiques, fallait-il le conserver, seul, ou l’assortir ?… Un compromis se dessinait. Sète la Soyeuse semblait se tisser en filigrane au fil des pages d’un livre en gestation… Un supplément a été joint au roman : le blog The Goldyssey tenu par l’auteur. Écrit en 2012-2013 , il révèle un poète éperdument vagabond, et contient une sorte d’annexe au texte Une Garbo dans son dédale : Greta & Mauritz décrit une passion tumultueuse mêlant réalité et fiction qui lia, de 1924 à 1928 , la jeune Greta Garbo à Mauritz Stiller, tour à tour pygmalion et amant, metteur en scène extravagant et meurtri, l’homme qui créa littéralement la Divine un siècle avant que François Mottier n’en ait eu l’idée. Titre : Sète la Soyeuse Auteur : François Mottier 20 € | ISBN : 9-782487-131507 Format : 16,5 x 24 cm | 200 pages Date de parution : février 2026 Feuilleter le livre Commander le livre
par Jean-Renaud Cuaz 29 janvier 2026
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